Ibn Khaldun Dans la nature innée des hommes se trouve le penchant vers la tyrannie et l opression mutuelle.

Entretien avec Salah-Eddine Sidhoum, militant des droits de l’homme en Algérie

Poste par faycal juin 29th, 2009 categorie Dossiers, Invités. Vous pouvez suivre les reponses via RSS 2.0. Vous pouvez commenter et trackbacker cet article Imprimer

Pour notre dossier consacré aux intellectuels algériens, nous invitons le Dr Salah-Eddine Sidhoum afin d’en débattre et de faire le point sur la situation. Le Dr Sidhoum est chirurgien et défenseur des droits de l’homme en Algérie; vous pouvez bien sur poser vos questions et faire vos commentaires en bas de cette même page. Nous remercions infiniment notre invité pour sa disponibilité et invitons nos lecteurs à garder les interventions à la hauteur d’un débat que nous souhaitons constructif et serein.

sidhoum-full1. Que signifie pour vous le mot  »intellectuel », et plus particulièrement comment définiriez-vous l’intellectuel algérien d’aujourd’hui ?

Avant tout, je ne vais pas m’aventurer dans des considérations philosophiques pédantes, incompréhensibles au commun de nos honorables lecteurs ni m’étaler sur des définitions alambiquées.
A mon humble avis, l’intellectuel n’est pas seulement un producteur d’idées, c’est aussi celui qui lutte sur le terrain pour les mettre en pratique et les faire aboutir. Un intellectuel est une personnalité engagée, indépendante à la fois des idéologies et du pouvoir. C’est un défenseur acharné de la dignité humaine et des libertés. C’est un tout. Ce n’est pas ce bardé de diplômes, imbu de sa personne, hautain, donneur de leçons du haut de son piédestal, méprisant envers son peuple et se mettant à plat-ventre et de manière déconcertante devant l’ignorance au pouvoir, comme nous le voyons hélas, dans notre pays. Ce n’est pas le cas de tout le monde certes, mais c’est le cas malheureusement d’une grande partie de nos « alphabètes ».

Deux définitions de l’intellectuel me viennent à l’esprit et que je fais miennes.
L’une est de l’homme politique italien, Leonardo Sciascia qui disait que « l’idée que je me fais du monde intellectuel est si large que celui-ci inclut toute personne en mesure de penser, d’avoir une intelligence de la réalité (….) et que la preuve administrée quotidiennement en est que beaucoup d’auteurs de livres ou d’articles ne sont pas le moins du monde capables de lire la réalité, de la comprendre, de la juger ».

L’autre est d’André Malraux : « un intellectuel n’est pas seulement celui à qui les livres sont nécessaires mais tout homme dont une idée, si élémentaire soit-elle, engage et ordonne la vie ».

Et le monde a connu des intellectuels qui ont défendu les principes de liberté, de justice et de démocratie. Je pense à Zola, dans l’affaire Dreyfus. Je pense également aux signataires du Manifeste des 121 durant la guerre de libération, à Mandela, à Vaclav Havel, Kundera, Geremek et tant d’autres. Ils ont défendu El Mebda (le principe), quand d’autres chez nous, sont fiers et heureux de défendre El Khobza (privilèges).
Notre civilisation a connu également des intellectuels de la trempe d’Ibn Khaldoun, Ibn Rochd, Ibn Sina dont l’autonomie de la pensée n’a pu être corrompue ni apprivoisée par les tenants du pouvoir et de l’avoir.

2-On observe un désengagement de la part des intellectuels algériens vis à vis de  la situation en Algérie. Quelles sont, à votre avis, les raisons qui expliquent ce marasme qui frappe nos élites ?

A quelle période de notre histoire contemporaine, nos  intellectuels se sont-ils engagés dans le combat politique pour pouvoir parler aujourd’hui de désengagement ? Et je crois que ce problème remonte à très longtemps. Déjà en 54, la révolution libératrice a démarré sans eux. Certains prendront le train en marche à partir de 56. Quant à la poignée d’intellectuels dignes, certains mourront les armes à la main (Amara Rachid, Benzerdjeb, Farès Yahia, Lotfi, Aït Idir, etc). D’autres enfin seront égorgés par leurs propres frères, suite aux sanglantes purges de la « bleuïte » particulièrement dans les wilayas 3 et 4.

Quant à la majorité, elle préférera suivre la guerre de loin. C’est cette majorité, postée au carrefour des vents, qui se mettra avec zèle, au lendemain de l’indépendance, au service de l’imposture au pouvoir. Nous les retrouveront, à la veille de l’indépendance à Tripoli, mettant leur science (sans conscience) au service des comploteurs des frontières, rédigeant la tristement célèbre Charte de Tripoli qui mettait fin à l’Idéal de Novembre. Nous les apercevrons également, durant l’été 62, papillonnant autour du « groupe de Tlemcen », auteur du coup d’Etat contre le GPRA. Tout comme nous les retrouverons lors du complément de Coup d’Etat de juin 65, puis à l’ère du socialisme « triomphant », de la « charte nationale », du libéralisme débridé des années 80. Ils sont toujours là à tourner et à retourner leurs vestes et à jouer aux « chaouchs » de service.

Nous connaissons tous, l’attitude honteuse d’une certaine « élite » au cours et après le Coup d’État de janvier 92 et comment elle a été abjectement utilisée par un quarteron de putschistes qui allaient plonger l’Algérie dans une mer de sang et de larmes, pour sauver leurs privilèges. Des « élites » autoproclamées « démocrates » qui s’opposeront à la volonté populaire exprimée à travers les urnes et qui venait de légitimer les trois Fronts pour diriger le pays. Des « élites » qui avaient brillé, outre par leur démocratie sélective, mais plus grave encore par leur indignation sélective quand des dizaines de milliers d’Algériens étaient torturés, exécutés sommairement ou arbitrairement condamnés par une justice d’exception. Une grande partie de l’opinion publique internationale s’en est émue, alors qu’une partie de notre « élite » applaudissait. C’est triste et ignoble !

Chez certains de nos intellectuels, le dénigrement, l’avanie et l’injure remplacent l’argument et l’idée. Et pour reprendre un ami universitaire « faute de produire, ils citent et récitent ce qu’ont dit d’autres, de préférence d’Outre-Méditerranée ».

Nous n’avons pas de classe intellectuelle au sens noble du terme. Il existe d’admirables et courageuses individualités intellectuelles, mais cela ne suffit pas. Nous ne devons pas cependant, tout rejeter sur ce système. Nos tares y sont pour beaucoup. La boulitique du régime ayant fait le reste. Il ne s’agit pas d’un marasme comme vous le dites, qui frappe nos élites. C’est beaucoup plus grave. Il s’agit d’une trahison historique et je pèse mes mots.
L’Algérie est certes, malade de son régime politique mais elle est surtout malade de ses élites.

3- Pour justifier l’absence de réactivité des intellectuels algériens, il est souvent évoqué le poids de la censure et des pressions exercées par le pouvoir. Pourtant, cela n’a pas empêché des gens comme vous de continuer à lutter. Ne pensez-vous pas qu’il s’agit, in fine, d’un alibi pour fuir leurs responsabilités ?

Absolument. On n’a pas besoin d’un cadre officiel ou d’une autorisation de son oppresseur pour lutter et se libérer de l’oppression. Vaclav Havel et ses compagnons de la Charte 77 n’avaient pas besoin d’une autorisation du régime totalitaire tchécoslovaque en place dans les années 70, pour mener le combat pour les droits de l’Homme et les libertés démocratiques et affronter par l’idée et l’écrit le « grand camarade » soviétique. Il en est de même des intellectuels Polonais. Ces intellectuels n’ont pas eu peur de perdre leur khobza et d’aller en prison pour leurs idées et leurs idéaux. Et nous savons comment Havel a pu avec ses compagnons, mener sa révolution de velours et assurer de manière pacifique la transition d’un régime totalitaire à un régime démocratique. C’est l’exemple type de l’intellectuel politisé et engagé qui est la hantise des dictatures.

Nous répétons toujours que notre liberté nous la devons aux sacrifices de notre peuple et au million et demi de martyrs. Et nous n’attendrons pas l’autorisation d’ex-sous-chefs de la police politique pour nous exprimer et nous organiser afin de reconstruire notre Algérie détruite par des imposteurs érigés en tuteurs d’un peuple. Cette Algérie appartient à toutes les Algériennes et à tous les Algériens. Et ni la répression, ni la prison, ni même les balles assassines n’arrêteront les fils et petits fils d’Abane, Ben Boulaïd, Ben M’hidi et Didouche, dans leur combat pour le parachèvement de l’œuvre du 1er novembre 54 et l’instauration de l’Etat de Droit dans une Algérie de toutes et de tous.

4-  Vos actions – l’appel du 19 mars pour un changement démocratique en Algérie entre autres- trouvent-elles sur le terrain de l’écho auprès des intellectuels algériens, que ceux-ci soient établis en Algérie ou l’étranger ?

Mais bien sûr. De nombreux véritables intellectuels, de tous bords, arabophones et francophones d’ici et de notre chère diaspora ont adhéré dès les premiers jours à cet Appel fédérateur où se sont reconnus tous les patriotes, de par les principes démocratiques et les valeurs civilisationnelles qu’il véhicule. Nos compatriotes sont impatients de participer à cette œuvre de salut public. Nous l’avons constaté à travers les débats sur l’organe d’information de l’Appel (Le Quotidien d’Algérie), le courrier que nous recevons, les contacts directs que nous avons avec nos compatriotes sur le terrain et les réunions et conférences que nous tenons. Mais comme nous leur disons, il ne faut pas brûler les étapes. Il faut aller lentement mais sûrement et dans la transparence la plus totale et surtout pas d’aventurisme. Bien sûr, et il faut avoir l’honnêteté de le dire, cet Appel au peuple n’a pas plu aux intellectuels de salon et d’officines – ces hautains donneurs de leçons – et aux politicards sans ancrage qui ont peur de l’instauration de la véritable démocratie et de l’Etat de droit. Ils n’ont comme armes que la critique stérile, l’intrigue et les gesticulations politiciennes. Non seulement ils ne produisent rien (en dehors des hurlements et de la gesticulation) mais ils essaient d’empêcher les autres de produire et d’agir.

5- Quelle est votre analyse justement sur la situation de l’opposition en Algérie aujourd’hui ?

A mon humble avis, il n’y a pas de véritable opposition. Tous les partis qui avaient un ancrage populaire ont été neutralisés. Le seul parti autonome et qui reste encore debout est le FFS et ce, malgré les campagnes de déstabilisation dont il fait l’objet depuis plus d’une décennie. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. Tout le reste n’est que folklore politique. Un ramassis de troubadours et de marionnettes politiques qu’on sort à l’occasion de carnavals électoraux pour amuser la galerie et garnir cette vitrine pseudo-démocratique dont a besoin le régime, pour essayer de leurrer (vainement) l’opinion publique internationale.
Je crois qu’à l’état actuel, la véritable opposition est à construire (ou à reconstruire).

6-  Dans vos écrits, vous faites souvent appel au rassemblement. Cependant, certains vous reprochent d’encourager le dialogue avec les islamistes, et pas qu’avec les modérés.  Qu’avez-vous à leur répondre ?

Nous disons toujours que devant cette grave crise politique qui perdure depuis 62 et qui réside dans la problématique de la LÉGITIMITÉ DU POUVOIR, ni un zaïm, ni un messie, ni un parti, ni un courant politique à lui seul ne peut résoudre ce problème si complexe. Si nous voulons constituer une véritable force politique qui pourra secouer ce régime et aboutir au véritable changement, il faut rassembler toutes les volontés intellectuelles et politiques, sans exclusion aucune. Il ne peut y avoir de solution efficiente en dehors du rassemblement de toutes les forces politiques réelles. Non seulement, nous avons encouragé le dialogue sans exclusion, mais nous avons, durant près de quatre années, avant la diffusion de l’Appel, dialogué avec des intellectuels et des politiques de tous bords, sans exclusion aucune. De quel droit et au nom de quelle « démocratie » devons-nous exclure des pans politiques qui ont un ancrage populaire ?

La véritable démocratie appelle au dialogue avec toutes les forces politiques réelles et représentatives. Au nom de quelle « démocratie », une minorité atteinte de schizophrénie politique, voudrait s’ériger en majorité et s’arroger le droit de distribuer des brevets de « démocratie » à qui elle veut et d’exclure qui elle veut ?
« Il n’y a de politique qui vaille en dehors des réalités » disait un Homme d’État. Voulons-nous construire l’Algérie de demain sur la base des réalités ou voulons-nous nous inscrire dans la stratégie du régime illégitime et continuer à construire sur du virtuel avec des pantins politiques, des partis préfabriqués et des institutions factices ? La question reste posée !

7- Mustapha Farouk Ksentini, président de la Commission Consultative pour la Promotion et la Protection des Droits de l’Homme a fait dernièrement cette déclaration pour le moins audacieuse «  L’Algérie est une démocratie à ciel ouvert, l’Algérie est devenue un véritable État démocratique ». En tant que défenseur des droits de l’homme, comment avez-vous reçu cette déclaration ?

J’aurais voulu répondre à une autre question ayant trait à l’avenir du pays, à l’État de Droit à construire demain, après la libération de l’Algérie de cette « voyoucratie« , plutôt que de commenter les inepties nauséeuses de ce fonctionnaire d’El Mouradia.

Contrairement à ce qu’il dit « l’Algérie est une prison à ciel ouvert, l’Algérie est devenue une véritable république bananière  », n’en déplaise aux larbins au service de l’ignorance au pouvoir.

8 – Que pensez-vous du troisième mandat de Bouteflika et du projet politique de son frère Saïd qui projette la création de son propre parti ?

Nous ne nous sommes jamais inscrits dans la stratégie du régime illégitime pour nous intéresser aujourd’hui à sa fuite en avant et à ses gesticulations politiciennes. Nous avons dit il y a quelques mois, lors du carnaval électoral, qu’il s’agissait d’un non-événement. Et effectivement, ce fut un non-événement comme l’a attesté l’abstention massive de la population à ce scrutin à la Kim Il Sung et à la Saddam. Et ce n’est pas la fraude et l’hypertrophie des chiffres dignes de Neagelen, qui tromperont l’opinion nationale et internationale.

Vous parlez d’un 3e mandat, mais en réalité c’est le même et unique mandat d’un système qui perdure depuis 62. Il y a seulement une alternance clanique au gré des rapports de force au sein des gangs du système. Le problème n’est pas celui de tel ou tel individu, c’est celui d’un système politique dégénéré qu’il faudra impérativement changer de manière radicale et pacifique.

Il est clair et pour reprendre le langage populaire, qu’une grande majorité de la population est dans un oued et le pouvoir et sa base sociale sont dans un autre oued. Et nous avons l’honneur et la fierté d’être dans l’oued de notre peuple, comme nous l’avons toujours été durant les moments difficiles.

Hélas, l’absence d’une réelle opposition et face à ce vide politique sidéral, le régime se retrouve seul à mener le bal sur la place. Il fait ce qu’il veut, sans pudeur, ni retenue aucunes. Et malgré qu’il soit dans sa phase descendante, terminale, il perdurera tant qu’il n’a pas en face de lui une véritable opposition représentative des forces politiques réelles et porteuse d’une alternative démocratique crédible.

9- Un mot pour conclure ?

Je tiens avant tout à vous remercier pour votre aimable invitation et à saluer mes compatriotes, lecteurs de votre site, avec lesquels, nous souhaitons enclencher un débat fraternel et serein sur l’avenir de notre pays.

Je pense à mon humble avis que le régime et ses clientèles sont pris à leur propre piège, enfermés eux aussi dans cette impasse dans laquelle ils ont poussé le pays et la société. Le pouvoir, en réalité ne maîtrise plus rien, en dehors de ses services répressifs et ce, malgré les apparences fortement trompeuses. Il se lance dans une fuite en avant extrêmement dangereuse qui peut mener le pays vers ce que nous avons appelé un tsunami populaire et qui risque, à Dieu Ne Plaise, d’emporter le pays.

Face à ce régime, il y a un vide politique sidéral, en l’absence d’une véritable opposition et qu’il faut impérativement combler.
Il existe cependant au sein de la société, un consensus manifeste sur la nécessité d’un changement radical et pacifique du système politique.
Il est de notre devoir, en tant qu’intellectuels et politiques, de présenter à notre peuple une alternative démocratique réaliste et crédible à ce régime dégénéré et moribond.

Le verrouillage politique et la répression, aussi sauvage soit-elle ne doivent pas servir d’alibi ni constituer des obstacles devant la volonté de changement des Hommes Libres.

Notre initiative sincère de rassemblement des volontés intellectuelles et politiques sans exclusion ni exclusive devient une nécessité impérieuse pour créer cette dynamique populaire de changement et redonner espoir à notre peuple el Mahgour.

Nous devons ensemble poser les vrais problèmes et nous défaire des faux clivages. Cette œuvre de salut public n’est pas facile, après tant de drames, de heurs et de malheurs. Mais elle n’est pas impossible. Nos parents en 54 étaient dans la même situation et ont pu déclencher le processus libérateur.

Nous devons impérativement sortir des palabres de chapelles et de clans pour nous investir dans un large dialogue avec la société et réfléchir avec elle sur son avenir et son devenir. Tout comme nous devons sortir de la stratégie diabolique et destructrice du régime et imposer la nôtre, pacifique et constructive.

Œuvrons ensemble sur la base de valeurs et de principes démocratiques et dans le cadre d’un compromis politique historique à rassembler les Algériennes et les Algériens, sans exclusion et sans exclusive (et nous insistons sur cela) dans un Front du Changement National (Djabhat Etaghyir El Watani) pour libérer le pays de ce régime illégitime et construire un État de Droit dans une Algérie de toutes et de tous.

Fraternelles et respectueuses salutations à toutes et à tous.

Dr Salah-Eddine Sidhoum

Entretien réalisé par Fayçal Anseur pour Algerie-Focus.com

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75 Reponses “Entretien avec Salah-Eddine Sidhoum, militant des droits de l’homme en Algérie”

  1. MEJBAR dit :

    @ RACHID , mon frère.
    Les gradés de l’armée , Boutef, Belkhadem, Ouyahia comprennent très bien ton questionnement mais même avec les vérités dérangeantes que tu évoques, ils trouveront toujours « une société civile », des « partis politiques », une « ugta », des « anciens » moudjahed , des « louisa », des « khalida » etc..etc… pour te traiter de harki, de kafer, d’ennemi de la nation etc..ect… , et tu resteras toujours ….. un algérien joue le jeu des américains et des sionistes israéliens!

  2. BABAGITASSE dit :

    Bonjour
    @rachid

    1) On est des êtres humains, et non pas des robots sur lesquels on chargerait une application informatique, et le problème est règle! quand je parlais du processus historique qui produit la civilisation occidentale d’aujourd’hui, c’est pour rappeler que ce n’est pas en décidant du jour au lendemain d’être « démocrate » qu’on le devient! Les gens comme Dr Sidhoum, participent positivement à produire une culture de liberté, de tolérance et de respect de la différence. Malheureusement, on constate amèrement des écarts même dans un espace comme celui ci.
    2) l’immigration maghrébine, aussi bien en Europe, qu’ailleurs s’intègre harmonieusement dans leurs pays d’accueil dites vous!.votre commentaire me fait sourire! Les immigrants rencontrent beaucoup plus de problèmes qu’on veuille le croire, oui ils travaillent comme ils ne le feraients jamais chez nous, oui il y a quelques réussites sociales et professionnelles par ci et par la , mais le taux de chômage chez la communauté est souvent le double que chez les « indigènes européens »!, qu’ils soient qualifiés ou non.
    C’est certain que tout le monde est plus ou moins libre de faire ce qu’il veut, mais lorsqu’on est pas sur de garder son travail le lendemain, cela enlève beaucoup de marge. A ce niveau aussi, il convient d’avoir un regard critique, et d’être prudent dans ses positions, malheureusement ce n’est pas toujours l’eldorado rêvé.

    3) Vous faites l’économie du diagnostique de notre sous développement et vous optez directement pour la solution qui semble la plus facile, celle qui est le plus à mode, cher ami, le monde est entrain de changer, et la dernière crise économique mondiale n’a fait qu’accélérer cela, et nous comme toujours on est en retard d’une guerre!

    4) À la fin, je rappelle l’importance de décoloniser notre esprit, de rester lucide, et de se rappeler que toute solution doit passer par un travail et une résistance de longue haleine.

    « Démocratiquement » votre

  3. Zineb dit :

    Ainsi selon monsieur Samir Achoubi, il y aurait eu en 1992 des parties dont les « actions ont été salutaires pour l’Algérie  » , des parties qui n’ont pas pris les armes contre la population.!!! QUELLE BRAVOURE !
    Des parties qui n’ont pas pris les armes contre la population, mais qui ont applaudi les censures, les disparitions forcées, les tombes « X », le détournements de tout genre, la prolifération des drogues dures, et bien sûr les vendetta de raïs, bentalha et d’autres et à propos desquels l’Algérie refuse toujours d’ouvrir des enquêtes.
    Dans ce contexte et s’agissant d’islamistes qui menaçaient la stabilité et la prospérité du pays, on ne pouvait pas laisser ces défenseurs des droits de l’homme, ces irraisonnés tels que le docteurs Salah eddine Sidhoum s’exprimer sur la dignité humaine, la vérité, la présomption d’innocence et les responsabilités politiques, car, et ce qu’ils n’ont pas compris, il y aurait homme et homme, et les droits de l’homme ne sauraient s’appliquer à tous de la même manière, une théorie tellement avant gardiste qu’elle fût très vite adoptée et légalisée par les plus grands défenseurs de la démocratie et des libertés individuelles, j’ai nommé les services de sécurité US et l’administration bush, ils ont ouvert Gunatalamo pour sauver le monde et nous avons agrandi nos CTRI pour sauvegarder l’Algérie !
    ET POURTANT ET POURTANT les belles théories sur les islamistes et el quaïda tombent chaque jour tel un gourbi de cartes, des centaines d’experts remettent en cause la version du 11 septembre et chez nous pas plus tard que ce matin les journaux français reprennent le témoignage d’un général toujours français sur l’implication directe des services de sécurité Algériens dans l’horrible assassinat des moines de thibhirine !

    Permettez moi également de revenir sur cette horrible tradition qui consiste à pointer des armes contre la population et que n’auraient pas pratiqué ces fameuses parties en 1992 :
    Force est d’admettre que cette lâcheté qui consiste à prendre pour cible la population Algérienne est née bien avant l’indépendance (le fis n’existait pas encore), entre autre dans les frontières du pays , et se prolonge jusqu’à nos jours (avec quelques variantes) , mais ce qui est « intéressant » et à priori paradoxale, c’est de constater l’effronterie avec laquelle les criminels de oujda et gherdimaou se sont érigés en donneurs de leçons en 1992, pointant du doigt les islamistes alors que tout le monde sait, et je ne vais essayer de disculper le fis, ni de minimiser son rôle dans les massacres, mais tout le monde sait que le gia est né dans les laboratoires du drs, que les islamistes armés n’ont pas commis tous les crimes qu’on leur attribue et que la seule lutte que le pouvoir a toujours mené est celle de la préservation des privilèges, et dans ces conditions, l’obscurantisme est son meilleur allié, obscurantisme distillé et professé aussi bien par des enturbannés que des cravatés dont tous les efforts consistent à tamiser et filtrer ce qui cadre avec les canevas et les intérêts de leurs maîtres, ainsi seuls les esprits libres qui s’accrochent à la vérité et à la sauvegarde de la dignité humaine constituent un véritable danger pour ceux qui nous commandent, ces esclavagistes qui n’aspirent qu’à formater nos esprits au point du non retour et à faire de nous des geôliers et des tortionnaires.
    Il n y a pas plus sacré que la vie et la dignité humaine, et je dénonce toutes les idéologies et tous les consensus boiteux et véreux qui essaient pitoyablement de nous justifier les génocides et les tortures, et quiFACE AUX PIRES EXACTIONS S’ENCOMBRENT HONTEUSEMENT DE l’IDENTITE DU SUPPLICIE.
    Cordialement,
    Zineb.

  4. Houcine dit :

    @Babagitasse,

    Il faudrait décapiter les têtes de certains faussaires, comme à l´époque de Jaques de Molay.

    J´ai lu et relu tes 4 points résumant tout un ouvrage de sciences politiques. Les rares occasions qui se me présentent, lisant des braves Maghrébins comme vous et Monsieur Sidhoum, elles sèment en mon âme toute une fierté qui ne fait que me motiver, m´exprimant haut au sein des autres forums germanophones qui partagent nos ambitions et nos réclamations.

    J´avais envie de répliquer à certaines insolences fournies par des Agents du Mossad qui, dans leur métier, ils ne font que parasiter et semer la zizanie, mais par respect aux exigences de ce Journal, je préfère désister. Pour autant, les rusés détracteurs qui ne cessent de mettre notre belle doctrine en cause, ils devraient comprendre que parmi 1 Milliards d´humains, il n´y pas que des abrutis et des lâches! Et demain, le soleil de la grande et noble liberté, de nouveau, il brillera sur un univers plus juste et plus solidaire.

    Avec cette crise qui ne fait que ravager notre hébété monde, des grosses Institutions comme »Banco Santander et Austria Bank«, elles ont en fin compris que tous les problèmes de l´humanité viennent de »Jérusalem« où escroc Madoff avait tellement rêvé reconstruire un autre doré temple, auquel tous chrétiens auraient été forcés á verser plus impôts. Heureusement, ce Bandit n´a pas réussi et on l´a vu encaisser 150 années et ne plus réclamer d´autres vacances. Comme lui au Maghreb, et pour continuer à parler de justice et droits de l´hommes, on devrait soumettre plusieurs faussaires à ce même sort et poursuivre les sectes secrètes, comme connu sous »Philippe le beau«, qui pour réprimer la corruption au sein des grands temples, à partir de 1307, il avait décrété décapiter la majorité des fidèles au légendaire »Sage Salomon« et á leurs têtes »le converti Jaques de Molay«.

    Quant à @Zineb, je salue son courage parlant des tortionnaires et à la fois je lui garanti que @Monsieur Sidhoum parle en connaissance de profondes causes. Bientôt les hommes de l´»opération Virus«, ils seront introduits devant un tribunal international et nous verrons quelle serait la responsabilité du »FIS« (majoritaire aux élections sabotées) et celle des amis des colonisateurs? Avec ce changement aux Etats-Unis, l´ère de la Mafia politique et des complots criminels, elle n´est plus loin de son éminente fin.

    Mes salutations / Houcine

  5. Houcine dit :

    Corriger!

    verser encore plus d´impôts……

    Merci / Houcine

  6. A notre compatriote Samir Achoubi,
    Je ne voudrais pas monopoliser la parole ni personnaliser le débat. Loin de là. Mais je souhaiterais reprendre certains points de votre dernier message, pour plus de clarté et de transparence. Et je crois que seul le dialogue serein et fraternel, argument contre argument –ce qui nous manque énormément hélas, entre Algériens – permet de dépoussiérer le terrain et de lever beaucoup de malentendus.
    Vous reconnaissez finalement que je n’ai condamné aucun militant des droits de l’homme, contrairement à ce que vous avez dit dans votre premier message. Par contre, vous ne m’avez toujours pas dit quels sont ces assassins que j’avais encensés.
    Cependant je persiste à dire et beaucoup d’observateurs l’ont également dit et l’Histoire demain le confirmera, qu’une certaine élite a eu une attitude honteuse au cours et après le Coup d’Etat du 11 janvier 92. Je ne voudrais pas revenir sur cela pour la simple raison que dans l’interview tout comme dans mes réponses aux frères Brahim et Zouheir, mes explications ont été claires et limpides quant aux raisons. Il est vrai qu’à l’époque, avec la propagande mensongère et le matraquage des services de l’action psychologique de la police politique- la frilosité (pour ne pas dire autre chose) de notre classe moyenne aidant- la passion et la peur ont pris le dessus sur la raison et la sagesse. La voyoucratie prise de panique nous assénait de manière assourdissante que le péril « vert » était en la demeure et qu’elle allait sauver la démocratie et l’Algérie. Alors qu’en réalité c’étaient les privilèges mal acquis de cette voyoucratie qu’elle voulait sauver. Et comme dit le proverbe : « quand tout le monde reprend un mensonge, il devient vérité » ! Avec le recul, nous sommes en droit de nous poser la question : qui a profité de ce drame ? Est-ce les authentiques démocrates ou les authentiques nationalistes ou islamistes ? Que non ! Ni le peuple algérien d’une manière générale. Seul le régime en a profité ainsi que la poignée de faux démocrates, de faux nationalistes et de faux islamistes. Beaucoup de mes amis, emportés par ce vent de folie et qui avaient soutenu l’acte irréfléchi de janvier 92, le reconnaissent et ont eu le courage de faire leur autocritique et c’est tout à leur honneur. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas. Tout comme beaucoup de responsables du courant islamiste reconnaissent aujourd’hui leurs erreurs et il n’est jamais trop tard pour le faire. Doit-on pour cela, condamner pour l’éternité les uns et les autres et continuer à nous regarder en chiens de faïence, faisant le jeu du régime illégitime ? La politique n’est-elle pas l’art du possible ? L’Afrique du Sud qui a subi la criminelle politique d’Apartheid avilissant tout un peuple, a fini par se réconcilier avec elle-même. Mandela n’aurait jamais pu rien faire, malgré son courage et son combat héroïques, s’il n’avait pas trouvé en face de lui un De Klerk réaliste et courageux. N’y a-t-il pas au sein de l’opposition véritable et au sein du régime des personnalités clairvoyantes du niveau de ces deux personnalités sud-africaines pour mettre un terme à cette politique suicidaire qui perdure depuis 62 ?
    Je n’ai pas saisi quand vous avez écrit « Il est vrai qu’ils ne faisaient pas partie de la même ligue, mais a-t-on besoin de faire partie d’une ligue ou d’un groupe pour être reconnu comme militant de quelque chose ? ». Personnellement, je n’ai jamais fait partie ni de la ligue authentique de mon frère et ami Si Abdenour Ali Yahia, ni de la ligue officielle suggérée par le régime au milieu des années 80. Je suis un citoyen indépendant et tout ce que j’ai fait modestement, je l’ai fait et signé de mon nom. Et comme je l’ai toujours proclamé, je ne suis pas un adepte de l’indignation sélective. La dignité humaine est une et ne dépend pas de la coloration politique ou idéologique de la victime. Ce qui n’est pas le cas d’une certaine « élite », hélas ! Elle condamne certaines atteintes aux droits de l’homme et applaudit d’autres. Ce qui est là aussi, honteux.
    Je vous remercie pour votre compassion quant à mes problèmes vécus avec les criminels de la police politique et leurs appendices. Mais je n’aime pas trop parler de cela. Car pour moi il ne s’agit que d’un Devoir, celui de servir mon pays et ses opprimés et j’assume tous les aléas que cela comporte. Je ne me suis jamais plaint de ces vicissitudes. Je remercie cependant Dieu de n’avoir pas été « retourné » dans ma cellule ni après, comme l’ont été certains dans les années 80 et qui clament depuis et à chaque coin de rue « qu’ils ont fait de la prison ». Une autre forme d’attestation communale. Hier c’était les faux moudjahidines, aujourd’hui, ce sont les faux opposants. Et notre peuple n’est pas dupe. Il sait séparer le bon grain de l’ivraie.
    Dernier point si vous me le permettez. Je ne sais ce que vous entendez par « vous étiez du bon côté de la barrière et vous avez viré de bord ». J’ignore quelle est votre définition du « bon côté ». J’ai toujours été du coté des principes (El Mebda) et pas du côté de la khobza. J’ai toujours été au côté de la majorité de notre peuple qui souffre. Je n’ai jamais été du côté de la minorité élitiste qui méprise son peuple (le ghachi, la populace, les gueux).
    Nous avons défendu la noble cause de nos frères et compatriotes de Kabylie qui se sont soulevés contre le déni identitaire de notre culture Tamazight en 80 et nous avons dénoncé l’arrestation arbitraire et la torture des détenus au cours des événements de Tizi-Ouzou. Et la majorité de ces frères qui n’ont pas été « retournés » et qui n’ont pas fait de notre question identitaire légitime un fond de commerce par la suite, peuvent en témoigner.
    Nous avons défendu nos frères du courant islamiste arrêtés en 82, suite au sit in organisé à la faculté centrale d’Alger et qui ont été horriblement torturés et arbitrairement condamnés par le tribunal d’exception de Médéa.
    Nous avons défendu nos frères militants des droits de l’homme arrêtés en 85 suite à la création de la ligue algérienne de défense des droits de l’homme, tout comme les fils de martyrs arrêtés à la même période et dont leur seul crime a été d’avoir déposé des gerbes de fleurs sur la tombe de leurs parents et nous avons dénoncé leur condamnation arbitraire par le sinistre tribunal d’exception de Médéa.
    Nous avons dénoncé la criminelle manipulation du 5 octobre 88, l’assassinat de plus de 500 adolescents, l’utilisation des balles explosives et la torture de centaines de citoyens dans les centres de la police politique. Et des dizaines de ces victimes étaient des militants du parti communiste.
    Nous avons dénoncé le coup d’Etat de janvier 92 et la guerre cachée menée contre une partie de la population. Tout comme nous avons dénoncé (documents précis à l’appui) les CRIMES CONTRE L’HUMANITE commis par régime illégitime et les groupes armés vrais ou infiltrés, se réclamant faussement de l’Islam.
    Nous avons réclamé une commission d’enquête impartiale sur tous ces crimes restés impunis. Et nous avons toujours cité comme exemples, les cas de Tahar Djaout, Youcef Fethallah, Mahfoud Boucebci, Abdelkader Hachani, Abdelouahab Benboulaïd, Mohamed Bouslimani, Redouane Sari, M’Barek Mahiou et Matoub Lounés. Nous sommes en droit de connaitre la vérité sur ces crimes impunis, parmi tant d’autres.
    N’y a-t-il pas une constance dans notre action politique dans la défense de la dignité humaine, sans verser dans l’indigne….indignation sélective ?
    Notre bord est celui qui respecte les valeurs civilisationnelles de la Nation Algérienne. C’est celui qui croit que seul le peuple souverain est en droit de choisir librement ses véritables représentants et son projet de société. C’est celui qui croit que la démocratie est le meilleur moyen de gérer politiquement la société. C’est celui qui croit que tous les Algériens, de tous bords sans exclusion aucune, ont droit de cité et de représentativité dans notre maison Algérie, non déplaise à ceux qui veulent s’ériger en tuteurs (en képi ou en col blanc) du peuple. Notre bord est celui qui respecte et défend la dignité de tous les citoyens, sans aucune discrimination, n’en déplaise aux nostalgiques des 2 collèges. C’est, en un mot, le bord de la majorité du peuple ancrée dans son Algérianité et ouverte sur l’Universel en droite ligne avec les Principes de Novembre et la Plateforme de la Soummam.
    Non, mon cher compatriote, nous ne rejetons personne. Je crois que les principes énoncés dans notre Appel du 19 mars sont fédérateurs et la preuve en est que beaucoup de nos compatriotes se sont reconnus dans ces principes en dehors, bien sûr de cette infime minorité élitiste irréductible, dépendante de certains cercles bien connus d’ici et de là-bas.
    Sans rancune aucune.
    Avec mes fraternelles et respectueuses salutations.

  7. BRAHIM dit :

    Cher Sidhoum,
    J’ai envie de faire de le philosophie avec vous, si vous me le permettez, et même si ce n’est pas mon métier et que ce n’est pas l’urgence. Je me permets de m’adressez à vous parce que d’abord s’insèrement je vous respecte. Mais aussi parce que je sens que vous êtes un intellectuel, de surcoît combattant des droits de l’homme. Je vais être un peu tranchant dans les questions que je me pose, je m’en excuse. Mon raisonnement est poussé à l’extrême délibéremment pour bien situer comment je définis la notion de démocratie et de liberté. Pour commencer, vous et moi, par exemple, n’avons pas la même philosophie de la vie mais on arrive tout de même à communiquer, à se respecter en raison de notre tolérance et surtout de notre capacité intellectuelle (donc de notre niveau culturel au sens large) . C’est ce qui nous permet de relativiser les choses et c’est très bien comme çà. De mon côté, je rêve de voir une Algérie de la cohésion et de la tolérance. Et cela ne veut pas dire que, vous et moi, nous sommes des êtres « exceptionnels », et que chacun de nous détient la vérité absolue. Mais, le « vous » et le « moi » c’est juste pour illustrer mon propos. Ainsi donc, comme vous le savez maintenant moi je suis plutôt agnostique (voir même athée) alors que vous êtes un musulman partiquant qui croit sincèrement en Dieu et au livre. Il y a beaucoup d’algériens qui sont comme vous (c’est la majorité) , mais il a aussi des algériens qui, comme moi, sont athées ou ont d’autres croyances, (une minorité). Nous avons par contre tous une « identité » commune, nous sommes tous des algériens. Quelle est la meilleure façon de concevoir une organisation sociale et politique pour que tout un chacun n’est pas peur de l’autre ? Quelle est la meilleure organisation sociale et politique pour que tout algérien se sente bien chez lui sans imposer une manière d’être ou de vivre à l’autre. A mon avis, il suffit juste que l’Etat fasse en sorte que je sois protégé par lui dans la mesure où je ne trangresse pas les lois terrestres (code civil, pénal, code de la route, etc…). Je suis saoul au volant ou sur la voix publique : il existe des lois terrestres pour çà ; je m’adonne à la prostitution : il existe des lois terrestres pour çà, je fais dans la discimination et le racisme: il existe des lois terrestres ; je fais du tapage nocture ou je provoque des nuisances sonores éxagérées par haut parleur interposé : il existe des lois terrestres ; etc…. etc…. Mais le problème c’est que ces lois terrestres peuvent être inspirées dans une larges mesures ou en totalité par des « lois divines » donc des versets coraniques avec le chapelet d’interprétations selon le lieu et le temps. Des règles de vie cadrées par des lois et de coutumes islamiques comme dans certaines républiques, est-ce vraiment un gage de paix et de démocratie ? Est-ce normal, par exemple, que je sois soumis à la vindicte populaire ou marginalisé parce que je ne suis pas musulman, Est-ce normal que je ne sois pas protégé par l’Etat parce que je ne suis pas musulman, Est-ce normal que je sois condamné par des juges, qui sont plus mollahs ou imams, à des journées de prisons au motif que je n’ai pas fait le Ramadhan, Est-ce normal que je ne sois pas un citoyen comme un autre au motif que je ne fréquente pas la mosquée, que je n’ai pas fait la Omra ou le pélérinage. Est-il possible que la culture islamique ait sa place normale dans notre société le plus normalmenet du monde et ce, sans ostracisme. Je sais l’importance de la religion pour tout être humains. Mais il y a des êtres qui peuvent s’en passé mais vivre avec intelligence avec les croyants. De même que les croyants doivent savoir vivre en intelligence avec les non croyants. C’est là où est le lien entre démocratie et liberté dans ce domaine particuliers est à faire. Moi, par exemple, je ne suis pas croyant mais mon épouse et un de mes trois enfants sont des musulmans pratiquants. Je ne fais pas le ramadhan mais je ne mange jamais devant les carémisants par respect et c’est normal. Je mange en cachette et je fume dans ma vouture, ou dans ma bureau enfermé. Je respecte la forte ambiance de ce mois sacrée très important, je fête en famille toutes les fêtes religieuses évidemment mais je n’ai à aucun moment interdit ou obliger ma femme ou ma fille à un accoutrement particuliers. C’est là un principe tacite. C’est la liberté dans le respect de l’autre. (N.B : au sujet du mois de Ramadhan, puisique j’y pense, je ne comprends comment un pays peut se lancer dans l’industrie du tourisme si on interdit à des cafés et des restaurants de fermer durant ce mois , mais bon , c’est une autre paire de manche ). Mais cette façon de concevoir la vie, est-elle possible au niveau d’un pays, d’un Etat qui se respecte ???? Je m’adresse à vous de cette façon et sous cet angle parce que d’abord je sens que vous êtes capable de me comprendre. Je me souviens que quand j’avais 20 ans (il y a déjà 40 ans, et oui) on était un petit groupe d’amis, dans une petite et très belle ville de notre beau pays, dont certains étaient « communistes », d’autres « capitalistes » et d’autres « Bennabistes ». On se cotoyait d’une manière chaleureuse même si on se taquinait mutuellement. C’était plus des joutes oratoires ou des débats d’idée mais jamais d’animosité, d’hostilité, d’insultes ou de discrédits. Au café ou au restaurant, les uns avec leur bière ou leur Omar Khyyam et les autres avec leur jus d’orange ou leur thé et cela se passait très bien. On était heureux dans notre diversité. Pourquoi on constate que tout cela s’estompe peu à peu pour déboucher sur une seule façon de vivre et de voir les choses. L’unicité de pensée et d’idéologie n’est-elle pas l’anti chambre de la décadence d’une société ou d’une civilisation???? L’islam est-il vraiment en danger dans une société à 99 % musulmane ? L’Etat a-t-il une religion ? Comment se fait-il que des algériens musulmans se sentent zène et vivent très bien leur islamité dans des sociétés occidentales judéo-chrétienne et que des algériens non pratiquant ne se sentent pas libres dans leur propre pays (sans parler de la dictature des képis !). Les minorités éthniques ou religieuses ont-elles le droit d’exister en terre musulmanes ? Ont-elles le droit d’être protégées par des lois terrestres ?? Voilà tout, cher Monsieur Sidhoum. J’espère que je ne vous ai pas importuné avec ma philosoplie de la vie. Mais, la « philosophie » çà aide aussi à construire la démocratie. La liberté et les droits de l’homme commencent aussi par ces choses qui peuvent paraître dérisoires . Ma contribution « philosophique » ne remet pas en cause,évidemment, notre priorité et l’urgence de notre combat commun : le changement de régime pour l’instauration de la démocratie. Bon courage et à bientôt sur le net !

  8. Cher frère Brahim,
    Toutes mes excuses, avant tout, pour ce retard à vous répondre.
    Nous rêvons tous de voir une Algérie de cohésion et de tolérance. C’est quoi la tolérance si ce n’est respect. Sommes-nous incapables de nous respecter ? Pourquoi en sommes-nous arrivés à cette détestable situation, à nous haïr presque, pour certains ?
    Je vais essayer de répondre avec ma franchise habituelle, à vos légitimes interrogations. Je ne suis pas là pour plaire à telle partie, tel clan ou telle région. Je ne suis pas de ceux qui « tiennent la canne par son milieu » pour reprendre une locution de notre terroir. Je parle des réalités (bonnes ou mauvaises) que nous vivons sur le terrain sociopolitique. Et la politique (dans le sens de servir la collectivité), se construit sur des réalités et non sur du virtuel ou des souhaits. Surtout pas de populisme !
    Avant tout, nous sommes des Algériens avec des langues communes, des cultures communes, une terre commune et une religion commune, du moins pour une écrasante majorité d’entre nous. Je ne comprends pas pourquoi tant de fractures et de divisions alors que d’autres Nations que tout divise, ont réussi à constituer des Etats forts et prospères.
    Votre agnosticisme ou votre athéisme n’est pas un problème pour moi, musulman. Vous avez vos convictions et j’ai les miennes. Le respect mutuel doit être de règle.
    Le problème qui se pose malheureusement chez nous, intellectuels et politiques Algériens, c’est l’effet néfaste de l’extrémisme agissant de deux bords. Il y a certains se réclamant de la laïcité, qui voudraient déconnecter l’Islam de la vie sociale des Algériens, ignorant tout des réalités socioculturelles de nos compatriotes et de la place de l’Islam dans notre société. Il suffit pour eux de calquer un modèle occidental, de préférence français, pour régler le problème algérien. Rien que cela ! Il y en a d’autres, plus radicaux qui voudraient carrément chasser l’Islam de notre vie quotidienne au nom de la « modernité » et de « l’universalité » !! Vous n’avez qu’à voir ce qui s’écrit sur certains sites extrémistes. Pour l’autre bord, il y a ceux qui voudraient nous ré-enseigner notre Islam. D’autres veulent nous excommunier, au nom de leur ignorance religieuse et nous imposer une forme d’islam qui n’a rien à voir avec….l’Islam.
    Non ! Ni les uns ni les autres, ultraminoritaires, n’imposeront à la majorité leurs idéologies d’importation d’Orient ou d’Occident. L’Islam est la religion du « juste milieu » et nous devons appartenir à ce juste milieu qui est celui de la justice, de l’équité, de la tolérance et des libertés.
    Et je crois que vous-mêmes reconnaissez la réalité algérienne lorsque vous dites : « Il y a beaucoup d’algériens qui sont comme vous (c’est la majorité), mais il a aussi des algériens qui, comme moi, sont athées ou ont d’autres croyances, (une minorité). Nous avons par contre tous une « identité » commune, nous sommes tous des algériens. ». Oui. Absolument !
    Nous avons une identité commune et c’est cela qui nous réunit.
    Je crois qu’il faudrait évacuer rapidement la question religieuse dans notre débat qui est avant tout un débat politique. La problématique n’est, à mon humble avis, ni religieuse ni identitaire. Encore une fois, ces deux dernières ont été forgées par l’Histoire et rien ne pourra les ébranler.
    L’Islam est la religion de l’écrasante majorité des Algériens. La minorité ayant d’autres convictions religieuses ou athée doit respecter la religion de cette majorité. Et cette minorité doit être respectée dans ses croyances. Et là aussi vous le dites vous-même à votre manière : « Je sais l’importance de la religion pour tout être humain. Mais il y a des êtres qui peuvent s’en passer mais vivre avec intelligence avec les croyants. De même que les croyants doivent savoir vivre en intelligence avec les non croyants. ». Oui, hélas c’est cette « intelligence » qui manque à une certaine élite. Chacun doit reconnaitre l’autre et le respecter et non l’exclure ou le mépriser.
    Je crois, encore une fois, mon cher Ami que nous ne devons pas nous tromper de cible. Tout comme nous devons nous libérer définitivement de ces faux clivages, sources de conflits stérilisants. L’Islam n’est pas en contradiction avec la démocratie. Et j’insiste sur cela. Il doit être respecté comme religion de l’écrasante majorité. Tout comme les convictions de la minorité doivent être respectées. Et nous lutterons de toutes nos forces pour ce respect mutuel car cela concerne tous les Algériens et tous les Algériens doivent se sentir chez eux, sans contrainte aucune.
    L’Etat que nous voulons construire est un Etat de Droit, démocratique et social, dans le cadre de nos valeurs civilisationnelles, tout comme dans tous les pays développés qui ont construit leurs Etats sur la base de leurs valeurs. Ce ne sera ni un Etat théocratique ni un Etat militaro-policier.
    Je ne suis pas d’accord avec certains frères quand ils parlent de minorités ethniques. Tout comme je suis scandalisé de lire sur certains sites extrémistes qu’il y a des Peuples d’Algérie ! C’est une insulte à notre Histoire et à la mémoire de celles et ceux qui se sont sacrifiés pour cette terre algérienne. Il y a un seul PEUPLE qui est ALGERIEN avec ses différentes composantes arabophones et amazighophones (chaoui, chanoui, kabyle, m’zabi, targui). Une minorité d’extrémistes a essayé d’éluder cette dimension amazighe à l’indépendance. Elle n’a pas réussi grâce au combat des Algériens pour cette culture ancestrale. Mais elle a réussi à créer une minorité extrémiste de l’autre bord qui voudrait chasser l’Islam et l’arabité de notre patrie.
    Encore une fois, il ne s’agit heureusement que d’une ultra minorité (des deux bords) qui s’agite et qui fait de ces questions un fond de commerce. Ce que n’a pas pu faire la colonisation en 132 ans, ce n’est pas cette ultra minorité qui le réussira. Il est vrai que cette ambiance malsaine de manipulation des fondements de notre Algérianité est grandement favorisée par l’illégitimité du pouvoir, l’absence d’institutions représentatives et l’absence d’espaces de débats démocratiques dans la société.
    Mais une fois l’Algérie libérée des miasmes de cette imposture au pouvoir et une fois le débat démocratique instauré dans la société, tous ces faux clivages suscités et encouragés par ce système disparaitront progressivement.
    Observons un peu nos compatriotes mozabites, qui ont pu résister malgré tout à ce vent de déliquescence sociale qui balaie le pays. En restant attachés aux fondements de leur Algérianité dans leur globalité, ils ont pu maintenir une société harmonieuse et développée. Y-a-t-il un mozabite qui renie sa langue maternelle ? Y-a-t’il un mozabite qui renie ou qui ne maîtrise pas la langue arabe ? Y-a-t’il un mozabite qui dénigre sa religion ? Et nous connaissons tous leur niveau de développement culturel, social et économique et ce, malgré la politique de désintégration que tente d’appliquer depuis un certain temps, le pouvoir dans cette région.
    Je crois, mon cher Ami, qu’il nous faudrait nous libérer de cette psychose inculquée par ce système et entretenue par les ultra minorités extrémistes de tous bords. Nous appartenons à cette société et nous vivons, comme vous au milieu de ce peuple. Je peux vous assurer que ces faux clivages n’existent nullement au sein de la population. Il ne faudrait pas être intoxiqué ou affolé par ces sirènes de la division que nous trouvons sur certains sites extrémistes. Elles ne représentent qu’elles-mêmes, même si elles sont, de temps à autre, hypertrophiées et exploitées par le pouvoir pour les besoins de la « cause ».
    Ensemble, encore une fois, et je le répète tel un leitmotiv, œuvrons à cet impératif changement du système, seule voie de salut pour sortir l’Algérie de cette impasse tragique. Construisons ensemble une Algérie de toutes et de tous, ancrée dans ses valeurs civilisationnelles et ouverte sur l’Universel. Construisons cet Etat de Droit comme toutes les Nations développées. Nous avons des richesses intellectuelles et politiques pour cela, pour peu que nous mettions de côté nos divergences, le plus souvent fausses et que nous nous réconcilions avec nous-mêmes et avec notre peuple le plus souvent trahi par une partie de ses « élites ».
    Fraternellement.

  9. BRAHIM dit :

    Merci pour votre réponse. En tout état de cause, j’ai toujours perçu en vous l’ ALGERIEN, un homme qui aime son pays, un homme qui aspire à l’Etat de droit et surtout un défenseur des droits de l’homme et ce,de quelque idéologie qu’il se réclame. Et le type d’homme et d’intellectuel de votre trempe, ce n’est pas pour vous flatter, il y en a certes dans notre pays mais cela ne se bouscule pas au portillon, malheureusement. Bon courage et à bientôt sur le net.

  10. MEDJBAR dit :

    II y a là une discussion très intéressante entre vous et l’internaute Brahim. Mais il y a juste dans votre réponse quelque chose que je ne comprends pas quand vous dîtes : « Il y a certains se réclamant de la laïcité, qui voudraient déconnecter l’Islam de la vie sociale des Algériens, ignorant tout des réalités socioculturelles de nos compatriotes et de la place de l’Islam dans notre société. » Je vous pose la question à vous intellectuel : Est-ce que la laïcité signifie vraiment pour vous « une déconnection de l’islam de la vie sociale des algériens …. et de la place de l’islam dans notre société » ? Vous êtes un intellectuel, aussi il serait intéressant que vous définissez pour les algériens ce que signifie le mot « laïcité » . Merci de répondre à ce questionnement.

  11. Ali dit :

    le mot laicité à le sens que l’on veut bien lui apporter,selon la convergence de nos intérets,c’est une formidable « roue de secours » que l’on veut déguiser en une avancée de la liberté individuelle.Elle est comme le capital,c’est celui qui le possède qui fixe les règles.

  12. A notre cher compatriote Medjbar,
    Ce n’est pas moi qui ai dit cela mais ceux-là même qui prônent cette laïcité et qui veulent enfermer l’Islam dans les mosquées.
    Personnellement, je considère la question de la laïcité comme une question de débat intellectuel au sein d’une minorité et c’est son droit d’en discuter librement. Ce n’est pas kofr, pour reprendre un terme à la mode. Mais elle n’est pas une question vitale pour la société algérienne qui vit des problèmes inextricables tant politiques que sociaux.
    Je n’ai pas la prétention ni la compétence pour me lancer dans un débat philosophique sur la laïcité. Il est vrai que chacun lui donne une signification qui arrange son idéologie. Pour certains elle est assimilée à l’athéisme, ce qui est faux. Pour d’autres, il s’agit de la solution miracle à la crise algérienne, ce qui est aussi faux.
    A ma connaissance, la question de la laïcité est née du conflit en Europe et plus particulièrement en France, entre l’Eglise et son clergé d’une part et L’Etat et ses institutions d’autre part et qui s’est accentué après la Révolution de 1789. Il est vrai que par la suite, l’interprétation de ce concept est devenue si élastique qu’on l’utilise à toutes les sauces. C’est une véritable mystification que de dire qu’il y a eu une séparation entre la religion et l’Etat. Il y a eu un retrait de l’Eglise et donc du clergé de la vie politique. Mais les sociétés occidentales tiennent toujours à leurs valeurs judéo-chrétiennes et l’Eglise en est la fidèle garante. Si cette réaction de la société française après la révolution contre l’emprise étouffante de l’Eglise est légitime, je ne vois pas pourquoi une minorité élitiste voudrait l’imposer à l’Algérie. Nous n’avons ni Eglise ni clergé, ni Etat théocratique pour vivre ces problèmes vécus par le passé en Europe.
    C’est le droit de cette minorité de discuter de la laïcité, dans le cadre d’un débat intellectuel ou politique, mais pas au point de l’imposer à la majorité de la population. Nous ne sommes plus des départements d’Outre-mer depuis le 3 juillet 62 à minuit à ce que je sache. Sommes-nous orphelins de nos valeurs civilisationnelles propres pour aller emprunter des valeurs d’ailleurs ?
    Je crois que nous avons assez souffert des concepts d’importation depuis 62, pour revivre une autre expérience vouée à l’échec sachant que le rejet de cette greffe sera inéluctable comme l’a été le fameux et fumeux socialisme soviétique qu’on nous avait enrobé d’une couche islamique pour nous pondre le « socialisme spécifique » qui a ruiné le pays. Et même en France actuellement, le modèle laïque est en crise. Je comprendrais que l’Etat français qui a érigé la laïcité en religion d’Etat, réfléchisse sur la question de la cohabitation de l’Islam avec la laïcité, du fait d’une forte communauté musulmane sur son territoire. Mais en aucun cas, je ne comprendrais pourquoi une certaine élite algérienne voudrait greffer ce concept d’importation qui concerne l’ancienne puissance coloniale à la population algérienne très majoritairement musulmane. Cette mode n’est pas spécifique d’une certaine élite nationale. Elle concerne aussi beaucoup de pays arabes.
    Je crois qu’il est temps, mes cher(e)s Ami(e)s, de démystifier ce concept. Il existe en Algérie, un courant minoritaire qui prône la laïcité. Et c’est, encore une fois, son droit le plus absolu. Et le fait de défendre cette idée ne fait pas d’eux des traîtres ou des koffars, comme le pensent certains. Mais là où je diverge avec ce courant, c’est au sujet de son occultation des valeurs spirituelles et civilisationnelles de la société algérienne. On importe un concept (valable dans certains pays occidentaux) et on veut le greffer à notre société, sans tenir compte de ses valeurs. L’erreur d’une certaine élite est de croire que ses idées sont celles de la majorité. Non ! Sont-ils descendus discuter avec les citoyens de cette question ? Les ont-ils écoutés ? Outre la société dans sa grande majorité, une grande partie des élites francophones et arabophones considèrent la laïcité en tant que telle, comme un processus étranger à leurs valeurs civilisationnelles. Doit-on écouter et respecter la majorité ou doit-on, des salons feutrés des microcosmes, imposer des modèles de société à cette majorité ? La question reste posée.
    Ces clarifications faites, je me permets de revenir à la question politique qui est le soubassement de la crainte de cette minorité (que je peux comprendre aisément).
    Il est clair – et il est utile de le répéter – que nous ne voulons ni d’Etat théocratique, ni d’Etat militaro-policier. Il n’y a aucune ambigüité sur cela.
    Nous voulons un Etat de Droit où nos compatriotes, tous nos compatriotes, soient considérés comme des CITOYENS, égaux devant la loi, sans aucune discrimination.
    Nous voulons que la démocratie, en tant que valeur universelle soit le moyen de gestion politique de la société, de l’Etat et de ses institutions. La véritable démocratie, pas celle teintée de sélectivité. Une démocratie où le pluralisme, l’alternance au pouvoir et la séparation des pouvoirs aient un véritable sens. Et cette véritable démocratie n’est aucunement en contradiction avec l’Islam, n’en déplaise aux extrémistes des deux bords.
    Nous voulons un Etat respectueux et garant de notre Algérianité et dont les fondements dans leur ensemble ne soient manipulés ni par le pouvoir en place ni par des partis ou groupuscules.
    Nous voulons un Etat respectueux et garant de la dignité et des droits de l’homme, de la liberté de conscience et de culte, sans discrimination aucune.
    Il est certain que la question religieuse inquiète nos compatriotes appartenant à cette minorité. Il existe des raisons objectives, peut-être, mais aussi certainement beaucoup de raisons subjectives.
    Discutons-en si vous le voulez bien.
    Nul n’ignore, sauf ceux qui ont d’autres visées que de régler la crise algérienne, que la religion tient une place importante dans la vie sociale dans notre pays et elle a toujours été, à travers l’histoire, un refuge des opprimés face à l’oppresseur. Nous avons constaté cela durant la résistance à l’occupation coloniale, durant la guerre de libération et après l’indépendance. Enfant, je me rappelle de ces manifestants, jeunes et vieux, sortis des mosquées des quartiers de La Redoute (actuelle El Mouradia) et du Clos Salembier (actuelle El Madania) en décembre 60, drapeaux algériens déployés et aux cris « d’Algérie algérienne, Algérie musulmane et Abbas au pouvoir ».
    A l’indépendance, le pouvoir illégitime n’était pas dupe et avait dès les premières années, étendu son contrôle sur toutes les mosquées, malgré la résistance de quelques rares Oulémas (El Ibrahimi, Larbaoui, Abdelatif, Sahnoun….). Il y avait au début de l’indépendance, une opposition des hommes politiques au régime imposé par la force des armes (Aït Ahmed, Boudiaf, Krim, Khider, Lebjaoui, Abbas….), mais il y avait aussi une opposition de certains oulémas aux dérives « socialistes » du pouvoir de l’époque à l’image du Cheikh Mohamed El Bachir El Ibrahimi et de son célèbre appel du 16 avril 64, à la veille de la tenue du Congrès préfabriqué du FLN, appel qui lui coûta sa mise en résidence surveillée.
    L’imam deviendra un simple fonctionnaire et la mosquée se transformera alors, chaque vendredi en tribune de propagande du régime, déversant ses mensonges et vantant son socialisme folklorique et ses trois « révolutions » fictives, au nom de Dieu Le Miséricordieux ! Mais en même temps, l’absence d’espaces de débats démocratiques et le verrouillage politique avaient également poussé des pans de notre jeunesse à recourir, comme au temps de l’oppression coloniale, à la mosquée, considérée comme un refuge contre l’injustice et comme un lieu de contestation. Et c’est ainsi que beaucoup de mosquées échappèrent au fil des ans, au pouvoir. C’est l’histoire de l’arroseur arrosé. Et avec le temps, de nombreuses idées religieuses, dont certaines importées d’Arabie saoudite et d’Egypte principalement, s’incrustèrent dans l’esprit de notre jeunesse. Il est vrai aussi que la démission des véritables élites religieuses et la soumission d’autres au pouvoir, laisseront le champ libre à tous les aventuriers, comme en politique d’ailleurs. Et tout le monde connait la suite.
    Je crois, qu’à la lumière de l’expérience vécue, des errements du régime et de la démission des élites (pour ne pas dire autre chose), nous ne devons plus accepter que le pouvoir ni des groupuscules s’amusent à manipuler et d’une manière aussi irresponsable ce secteur sensible.
    Dans l’Etat de Droit de demain, la mosquée doit recouvrer ses vocations. La mosquée doit être à la fois un lieu d’exercice du culte (Masdjid) et un lieu de rassemblement et d’union (djama’) qui sert à renforcer les liens fraternels entre les Algériens et à leur inculquer les valeurs fondamentales de l’Islam, telles la piété, la solidarité, la générosité, la tolérance, l’amour du travail, l’abnégation, la fraternité, la recherche du savoir cultuel véritable, le courage moral et la proclamation de la vérité. Ce sont NOS valeurs qui sont aussi des valeurs universelles.
    Dans l’Algérie de demain, la mosquée doit opérer une véritable mue, à l’instar de toute autre institution morale. Elle n’aura d’autorité morale que lorsque ceux qui y officieront seront réellement à la hauteur de leurs tâches, libres de s’exprimer en leur âme et conscience, dans le respect des lois divines consacrées par le Coran et des lois de la république promulguées par les représentants légitimes du peuple.
    Les mosquées devront être placées sous la tutelle d’une institution autonome, constituée d’un collège ou comité indépendant de savants théologiens. Celui-ci pourrait avoir pour attribution de mettre en place les règles de fonctionnement des mosquées et de donner un avis sur l’éligibilité des gens en charge des lieux de culte. En aucun cas la mosquée ne sera otage de visées partisanes ou idéologiques ou encore moins un lieu de propagande du pouvoir politique.
    Là aussi, il est important de dire à certains islamistes que la liberté de conscience et de culte, n’est nullement un danger pour l’Islam. 132 ans de colonisation et de politique de déculturation n’ont absolument pas ébranlé nos convictions religieuses. Et de tous temps, les Gens du Livre ont vécu sans problèmes avec les musulmans (L’Indonésie et la Malaisie en sont de parfaits exemples).
    Nous ne sommes pas là encore une fois pour plaire à telle ou telle partie. Nous ne sommes pas là pour faire plaisir à certains cercles outre-Méditerranée ni aux cercles occultes d’Alger. Nous raisonnons en tant qu’Algériens libres et indépendants, vivant les réalités nationales, jaloux de nos valeurs et ouverts sur l’Universel. Nous voulons créer notre propre modèle de société, en tenant compte de toutes ces réalités et valeurs et nous voulons construire et sans complexe notre Etat de Droit où valeurs civilisationnelles et valeurs universelles se côtoient et se complètent, comme l’ont fait tous les Etats développés et civilisés. Un Etat émanant du peuple et respectueux de ses valeurs.
    A travers cette discussion, ne pouvons-nous pas esquisser un modèle algérien, respectueux de ses propres valeurs ?
    Merci encore une fois, cher frère Medjbar d’avoir évoqué cette question qui j’espère suscitera un débat serein et fraternel, loin des extrémismes, comme cela se déroule depuis une quinzaine de jours après ma modeste contribution.
    Fraternelles et respectueuses salutations à toutes et à tous.

  13. BRAHIM dit :

    Je vous remercie de contibuer positivement au débat sur la construction de la démocratie et de la liberté dans notre cher pays. Je me souviens d’avoir moi-même posé cette question essentielle du rôle de la religion dans notre société à Monsieur Benbitour. Il n’a pas daigné y répondre considérant peut être que cette question est trop sensible politiquement parlant. Je vois qu’avec vous la discussion et l’change est possible même sur les questions sensibles. J’estime que c’est courageux politiquement parlant. Je trouve très intéressante votre proposition qui consiste à placer les mosquées sous la tutelle d’une institution autonome, constituée d’un collège ou comité indépendant de savants théologiens. Par ailleurs, je partage, moi qui suis athée, beaucoup de vos propositions dans la mesure où elles militent pour une société équilibrée dont l’objectif n’est autre que le respect des droits de l’homme, la recherche de la paix et de la cohésion entre tous les algériens. Voyez vous Monsieur Sidhoum, je constate que sur toutes ces questions que nous évoquons entre nous, essentielles pour la démocratie, rares sont les intellectuels qui viennent s’impliquent dans le débat. Vous savez pourquoi : ils attendent « kèche » promotion, « kèche » poste dans un consulat ou ambassade, « Kèche » poste dans une wilaya, « kèche » poste dans un ministère. L’Algérie c’est le dernier de leurs soucis. On le constate sur tous les blogs algériens ; ils brillent par leurs absences, à de rares exceptions. Même ceux qui sont soit disant dans l’opposition ne se sentent pas beaucoup concerner par le débat. Mais bon, c’est leur problème. Merci à vous d’être à l’écoute des algériens et de contribuer à l’enrichissement du débat. Bon courage à vous et vive l’Algérie algérienne libre et démocratique.

  14. zineb azouz dit :

    Il est clair que dans un pays où l’Etat n’est que l’expression de la répression et de la manipulation, tous les concepts et toutes les valeurs sont perverties et posent problème, je pense très particulièrement à la religion , à la langue et à tout ce qu’un pouvoir illégitime doit garder sous sa coupe et sa botte.
    Ceci dit, et sans vouloir voiler le fait qu’en l’absence de productions intéllectuelles durant des siècles d’opression, en l’absence de prospérité et de liberté, « l’islam » est vécu dans les coeurs et l’émotionnel presque plus dans les esprits et l’intélligence ; le peuple fait de son mieux, avec tout lot de flous et de contradictions qu’entraine un Etat defectueux et une société disloquée, les algériens, pour survivre, ont appelé au « jihad » et désigné leurs martyrs de « chahid », et ce n’est pas faute de modernité ni d’émancipation, mais cela relève de la nature profonde du maghrébin devenu musulman. Dans ce contexte, que vient faire un concept sensé séparer l’Etat (français avant tout) du clegré ? cette notion est apparue lorsque notre peuple vivait encore sous le joug du colonialisme qui ne reconnaissait pas en nous des citoyens, permettez moi ainsi de dire que nous parler de laïcité relève presque du comique, c’est tout au plus un débat de salons de personnes qui n’ont pas souvent le courage de définir leur non-islamité, chose qui relève de leur droit, mais pourquoi me ratacher au clergé et à l’histoire de ce dernier ? la laïcité a eu d’énormes retombées positives en France, elle a eu le mérite d’amputer un clergé trop souvent corrompu de son pouvoir sur un peuple délibérement analphabète. Nous, on a besoin de faire la même chose par rapport à d’autres prédateurs, eux aussi corrompus, hiérarchisés et en uniforme coûteux.
    Le peuple algérien a besoin de se définir par rapport à sa religion, autrement que par les mécanismes étatiques du pouvoir ou des wahbites, comment vivre sont isalm dans un état dit « moderne » est une question cruciale et compliquée !
    Qu’est qu’un Cadi et qu’est qu’un juge ? pourquoi accepter un code « moderne » pour les délits (vol, viols,…) et le refuser pour les questions d’héritage et de divorce ? autant de questions qu’il faudra affronter. Séparer le religieux de la sphère publique peut certes réguler ceratins dépassements, mais globalement, c’est par le droit et par un état fort de sa légitimité que le religieux prendra sa véritable place au même titre que toutes composantes d’une société prospère.
    Cordialement,
    Zineb.

  15. BRAHIM dit :

    Monsieur Sidhoum je crois « notre »journal officiel « El Moudjhed » à trouver un vrai défenseur des droits de l’homme et de la démocratie en Algérie. Vous avez un concurrent sérieux Monsieur Sidhoum. Lisez l’article de ce journal consacré au « Zaîm ». La syntaxe est un délice. Lisez :  » Dans sa mise au diapason de la tendance mondiale et des valeurs universelles, voire dans la concrétisation de ses objectifs stratégiques, l’Algérie a bien franchi un round très important. Le Président de la République qui a veillé personnellement à l’application de tous les aspects de son programme global ne manque pas de prendre les mesures d’accompagnement de nature à accélérer le processus de construction d’un Etat démocratique tourné vers la modernité. Dans toutes ses interventions, le Chef de l’Etat ne cesse de rappeler des réalités indéniables en soutenant que la démocratie et l’Etat de droit, deux concepts intimement liés, sont deux préoccupations majeures du pays, qui depuis l’indépendance, a accompli de grandes réalisations dans l’édification d’un Etat moderne et d’une société ouverte sur le monde. Les résultats enregistrés dans l’entreprise de démocratisation sont d’autant plus probants que la question des droits de l’homme, des libertés politiques, syndicales est totalement acquise et à laquelle les Algériens manifestent un attachement sans équivoque. C’est que dans la vision du Président les concepts de l’Etat de droit, de démocratie et des libertés individuelles et collectives ne sont pas des slogans creux. Ce sont plutôt autant d’axes primordiaux dans l’action d’édification de l’Etat républicain. » Je crois que vous pouvez prendre votre retraite, le « Zaim » veille sur nous Ehamdoulillah.A bientôt sur le net.

  16. anouar dit :

    IL N’y a aucune raison de douter des propos de cette illustre personnalité pour la simple et unique raison que depuis longtemps déjà , il s’illustre par des communiqués significatifs dénonçant le régime des putschistes , le coup d’état et surtout l’apocalypse dans laquelle le pouvoir illégitime a plongé l’ALGERIE. IL N4Y A PAS QUE DES BERNARD ANDRÉE LEVY QUI NE FONT QUE DÉFORMER TOUTES LES VÉRITÉS ……IL Y A DES SALAH EDDINE SIDHOUM qui ne font que denoncer les fossoyeurs de l’ALGERIE d’où qu’ils viennent…….BON COURAGE SALAH EDDINE.

  17. BRAHIM dit :

    Monsieur l’internaute @anouar, j’espère que vous avez compris mon humour « noir » !!!!!!!

  18. Salah-Eddine SIDHOUM dit :

    Aux chers frères Brahim et Anouar,
    Ce journal aux ordres n’est pas à son premier mensonge ni à sa première « chitta » à « l’homme fort » du moment. C’est ce même quotidien qui, au début des années 80, avait accusé en première page, la même personne qu’il encense aujourd’hui, d’avoir détourné des fonds du ministère des Affaires Etrangères qu’il dirigeait à l’époque. C’est ce même quotidien qui, le 29 mai 1958, annonçait à la une : »Abane Ramdane est mort au champ d’honneur » , alors qu’il avait été étranglé par une bande de criminels le 27 décembre 57 à Tétouan.
    Comme on le voit, ses dérives remontent à très longtemps. En réalité, ce « journal » joue son rôle d’organe de propagande au service du gang fort du moment et ce, depuis la mort de son fondateur , Abane Ramdane.
    Ce qui me chagrine beaucoup, c’est qu’il porte un nom qu’il ne mérite pas.
    Et dire aussi, que beaucoup « d’intellectuels » ont servi cet organe de propagande et participé à la désinformation des Algériens.
    Fraternellement.

  19. Dr Ahmed Rouadjia dit :

    Le problème de l’intolérance religieuse en question

    Le citoyen Brahim s’interroge tout en interrogeant « philosophiquement » le docteur Salah Eddine Sidhoum sur les manifestations d’intolérance qui affleurent à la surface de notre société ( chasse aux sorcières de ceux qu ne pensent pas comme nous, et qui n’observent pas les percepts fondamentaux de l’islam : le Ramadan, la prière, le pèlerinage à la Mecque; ceux qui s’adonnent à l’alcool, à l’adultère, et qui ne croient pas aussi en Dieu : les athées, les mécréants, etc. le citoyen Brahim se demande si ces « déviants » par rapport à la voie droite tracée par l’islam doivent-ils avoir ou non leur place dans la société algérienne dont l’identité n’est pas unique, mais plurielle. Bonnes questions dont les réponses s’avèrent malaisées. Ces questions posent implicitement celle de la laïcité, mais aussi celles de la tolérance. Envisagée sous l’unique angle de l’islam coranique, mais aussi « social », la non observation des percepts de l’islam ou la déviance par rapport aux obligations cultuelles (les fameux cinq piliers ou arkanes) est considérée par les oulémas et les fuqahâs (les juristes musulmans) comme un acte attentatoire à Dieu, et à sa religion consignée dans le Coran. L’athéisme constitue le point d’acmé de l’infidélité à Dieu, et par conséquent, un acte sacrilège d’une gravité extrême. En ce sens, l’islam est, d’un point de vue humain, est une religion qui frises l’intolérance à l’état pur, puisque comme toutes les religions célestes, elle prétend détenir la vérité absolue, et s’y opposer, c’est s’exposer à l’excommunication, aux stigmates.
    Rigidités et dérogations en Islam
    Pourtant, il est dit dans le Coran qu’il n’y a point de « contrainte en religion » ( la Ikrahâ fi addîn) et pourtant notre société se fonde, dans sa grande majorité, sur l’imposition de la religion, et Malheur à celui ou à celle qui dévie d’un iota ou Presque des recommandations scripturaires! Manger le Ramadan, même discrètement, et ne pas observer la prière, vous attirent plein de remarques désobligeantes, pour ne pas dire des ennuis avec le voisinage, la rue et la justice, comme ces jeunes de Biskra qui furent jugés par la justice pour avoir publiquement rompus le jeûne du mois sacré! Changer de religion, c’est encore pire que tous les sacrilèges possibles! Où est donc la tolérance en islam? Elle n’existe en fait que dans l’univoque, l’uniforme, et comme l’exprime de manière extrêmement prégnante le proverbe populaire :  » Dirr ki mâ Jarak wa-llâ hawal bab Darek!  » (fais comme ton voisin ou change l’orientation de ta porte!)
    Malgré ces rigidités de la Loi de l’islam, il y a pourtant dérogation. Les fidèles n’appliquent pas de manière stricte, ni univoque, cet islam coranique, qui reste en fait du domaine de l’idéal irréalisable. Notre lecteur, à savoir Brahim, pose de bonnes questions, mais qui se heurtent d’emblée à la « Vérité » religieuse, qui n’admet pas par son essence même ni contradiction ni contradicteurs. La religion, en particulier l’islam social, tel qu’il est compris et vécu par al âmma (les gens ordinaires) n’admet pas d’autre vérité, fussent-elles « philosophiques » ou « scientifiques », que celle qui procède symboliquement de l’islam. Ne dit-on pas que dans « Le Coran, il y a tout? » et que l’islam, à l’exclusion de toutes les autres religions, est l’unique vérité révélée en dernière analyse? Dès lors comment faire avancer les débats, parler du progresser de la pensée et de la science lorsque les fidèles de cette religion- la nôtre- se sentent comblés de tous les savoirs du monde? Difficile de l’imaginer.
    Qu’est –ce que la Laïcité?
    Le Dr Salah Eddine Sidhoum a-t-il bien répondu aux interrogations lancinantes de Brahim? Je ne reviens pas sur toutes les bonnes réponses qu’il lui a données, et que je trouve pleines de sagesse et de modérations. Mais aussi d’invite à un débat franc, et sans contrainte ni tabous. Je retiens seulement le mot de « laïcité » employé par le Dr Sidhoum et auquel il semble donner un sens outré que celui dont il est historiquement chargé. Ainsi écrit-il ceci : » Il y a certains se réclamant de la laïcité, qui voudraient déconnecter l’Islam de la vie sociale des Algériens, ignorant tout des réalités socioculturelles de nos compatriotes et de la place de l’Islam dans notre société. ». Effectivement, il en existe. Mais les partisans de cette laïcité n’ont pas compris eux-mêmes la charge politique de celle-ci. Beaucoup d’Algériens- aussi bien modernistes, athée ou musulmans purs et durs-, pensent que la laïcité rime avec « sortie de la religion ». Une forme de pensée anti-religieuse. En fait, ils se trompent lourdement sur le sens de cette notion.

    La Laïcité et ses contraires
    La laïcité est une invention française d’une portée politique et philosophique sans parallèle dans les annales de l’humanité. Pour ses inventeurs- d’abord les Philosophes, et ensuite les Révolutionnaires français-, la laïcité n’a jamais signifiée pour eux « athéisme » ou « mécréance ». Elle a signifiée tout bonnement : séparation de l’Eglise et de l’Etat, avec respect du culte, d’opinion et de liberté de choisir la religion de son choix. Parmi les Révolutionnaires de 1793, il y avait des membres influents du clergé qui luttaient en faveur de la laïcité, à côté des agnostiques, des athées et des croyants. L’Eglise catholique elle-même a fini par se rendre à l’évidence en acceptant cette laïcité avant que celle-ci ne de passe dans les textes de loi (Loi du 9 décembre de 1905). La France, « fille aînée de l’Eglise », n’a pas perdu pour autant son âme catholique, et qui demeure encore en dépit d’une laïcité agressive manifeste, le pays le plus catholique de l’Europe, après la Pologne! Cette laïcité se fonde, contrairement à des idées reçues, sur une grande tolérance (relative) malgré la persistance de certaines formes de racisme doublé d’un sentiment de la supériorité présumée de l’ethnicité française par rapport à celles des autres. Moins tolérante que l’Angleterre, en matière religieuse, la France organise certes de manière jacobine les cultes religieux afin d’éviter l’empiètement du religieux sur la sphère du politique.
    C’est dire qu’on peut bien être « laïc » tout en étant religieux. Les deux termes ne sont pas antinomiques, et ne se différencient que par la séparation de la sphère privée de la sphère publique. Je peux être bon musulman tout en étant laïc dans mes conduites, en acceptant le choix des autres, dès lors qu’ils n’empiètent pas sur mes périmètres sacrés et qu’ils ne m’imposent pas leur vision du monde. Inversement, je peux être athée, mais bon citoyen, fidèle aux valeurs de mon pays, sans le trahir ni le troquer contre une autre nation. Telle est schématiquement définie la signification de la laïcité, qui n’est nullement synonyme de « communisme », d’athéisme ou d’infidélité aux origines

  20. khalil dit :

    Bien vu et trés bien écrit Dr Rouadjia

  21. Samir dit :

    « Votre agnosticisme ou votre athéisme n’est pas un problème pour moi, musulman. Vous avez vos convictions et j’ai les miennes. Le respect mutuel doit être de règle.
    Le problème qui se pose malheureusement chez nous, intellectuels et politiques Algériens, c’est l’effet néfaste de l’extrémisme agissant de deux bords. Il y a certains se réclamant de la laïcité, qui voudraient déconnecter l’Islam de la vie sociale des Algériens, ignorant tout des réalités socioculturelles de nos compatriotes et de la place de l’Islam dans notre société. Il suffit pour eux de calquer un modèle occidental, de préférence français, pour régler le problème algérien. Rien que cela ! Il y en a d’autres, plus radicaux qui voudraient carrément chasser l’Islam de notre vie quotidienne au nom de la « modernité » et de « l’universalité » !! Vous n’avez qu’à voir ce qui s’écrit sur certains sites extrémistes. Pour l’autre bord, il y a ceux qui voudraient nous ré-enseigner notre Islam. D’autres veulent nous excommunier, au nom de leur ignorance religieuse et nous imposer une forme d’islam qui n’a rien à voir avec….l’Islam.
    Non ! Ni les uns ni les autres, ultraminoritaires, n’imposeront à la majorité leurs idéologies d’importation d’Orient ou d’Occident. L’Islam est la religion du « juste milieu » et nous devons appartenir à ce juste milieu qui est celui de la justice, de l’équité, de la tolérance et des libertés.
    Et je crois que vous-mêmes reconnaissez la réalité algérienne lorsque vous dites : « Il y a beaucoup d’algériens qui sont comme vous (c’est la majorité), mais il a aussi des algériens qui, comme moi, sont athées ou ont d’autres croyances, (une minorité). Nous avons par contre tous une « identité » commune, nous sommes tous des algériens. ». Oui. Absolument !
    Nous avons une identité commune et c’est cela qui nous réunit. »

    Tout est dit dans ce passage et le problème récent de l’Algérie (ajouté au problème de légitimité des gouvernants) est résumé à ce niveau.

    Le docteur se reconnait dans ce conservatisme à « l’algérienne » et fait face (avec des mots choisis) aux périls « infra-vert » et « utra-bleu » et se positionne dans le « milieu » du spectre. Pour en rire un peu, on pourrait dire que vous ne manquez pas de nombrilisme cher docteur.
    Le conservatisme suppose un passé assez récent riche en repères, or ce qu’on semble oublier c’est que 132 ans d’écrasement de la personnalité algérienne par le colonialisme n’a fait que vider de toute sa substance ce potentiel sur lequel aurait pu s’appuyer les conservateurs.
    En vérité, la personnalité algérienne est à construire. On doit se chercher et ne pas renier la moindre partie enfouie de ce qui a fait ce que nous sommes aujourd’hui, et que nous ne sommes probablement pas encore.
    Entendre un algérien dire « Ihoudi hacha dine Mohamed » peut suffire à percevoir le stade avancé d’ignorance. Faut il rappeler qui était la Kahina ? que l’Emir Abdelkader était Franc-maçon ? que le jeu de tous les fils de dechra, la krida (les osselets ou petites pierres) tire ses origines de ce que l’islamo-politico-correcto n’oserait révèler aux « fidèles » ?…etc
    Et puis cette fibre « toute-religieuse » qui viendrait se justifier par notre appartenance au monde musulman.
    L’Algérie est plus riche et plus éternelle que le centrisme auquel vous nous conviez cher Monsieur.
    Le cri des Moudjahines « allahou akbar » n’était pas un émargement pour l’avènement d’une « daoula islamia » mais un cri de courage d’un « madhloum » qui se battait pour recouvrer sa dignité et la dignité des siens.
    On aura fini de vider notre sous sol qu’on aura pas fini de faire le tour de notre riche personnalité Monsieur.
    Pour équilibrer et ne pas jeter la pierre que sur le péril vert, il est vrai aussi que tomber dans la facilité de calquer des modèles occidentaux bêtement, n’aiderait pas à nous façonner.
    Maintenant, si on se réfère uniquement au poids des chiffres, et en respectant la majorité, les comptes sont vite faits. Mais en parlant de contes, combien leur en avons nous raconté à ces foules « in-intellectuelles » ?

  22. BRAHIM dit :

    Cher Algérie Focus., je vous propose de réfléchir à des publications (livres… etc…) de toutes les interventions des internautes qui s’expriment sur votre site et ce, par thèmes etc…. . Ces riches interventions d’Algériens en exils ou VIVANTS dans leur pays l’Algérie , sont très importantes pour la postérité. C’est une extrême richesse qu’il faut préserver et qui contribuera à l’accouchement douloureux de la démocratie. Les « pour » et les « contre » n’est-ce pas le début du changement pour vaincre la quiétude des barons des Tagarins. Je sais que les internautes ne représentent pas tous les Algériens mais c’est la pensée rationnelle contre l’obscurantisme et le dénie de démocratie qui va, peut être, bouger le gros cul des officiers supérieurs des Tagarins.

  23. Bachir DAHAK dit :

    Je découvre le forum initié par l’interview du Dr Sidhoum et sans doute il ya là de très lourdes probématiques socio-politiques qui sont posées et parfois traitées.
    Sur la personne du Dr Sidhoum tout d’abord.
    Qui en Algérie , ou ailleurs, oserait critiquer son rôle de vigie inflexible sur cette question centrale des droits de l’homme qui embarrasse également les plus grandes et les plus anciennes démocraties du monde ?
    Qui en Algérie , en dehors des clients et des acteurs du pouvoir, oserait contredire les vérités qu’il assène sur l’autoritarisme ou sur la méfiance systémique de la parole et de l’action intellectuelle indépendante ?
    Mais ceci dit , le Dr Sidhoum reste quelqu’un de très complexe et la vertu de l’internet est d’avoir aidé à mieux le connaître en fin de compte.
    Il est d’abord très « solo » puisqu’il reconnaît n’avoir appartenu ni à la Ligue « officielle » de 1985 ni à celle de « mon frère Ali Yahia Abdennour » dont l’aura , le courage et l’engagement pour les Droits de l’Homme ne sont remis en cause par personne d’autant que le principe de la LAADH a toujours été de ne pas avoir une indignation sélective et que dans les faits ses militants ont condamné tous les excès d’où ils venaient .
    Il est ensuite « anti-socialiste » primaire et semble ignorer que le statut de puissances internationales dont peuvent se prévaloir la Chine et la Russie renvoit inévitablement , mais pas uniquement, à leurs longues périodes historiques passées sous régime socialiste.
    Il semble oublier aussi que les Oulemas qu’il cite abondamment ont alimenté , dès les permiers mois de l’indépendance, une hostilité politique aux premières expériences de l’autogestion , empêchant ainsi les algériens les plus démunis de rentrer dans l’histoire post-indépendance autrement que comme de simples ouvriers .
    Je lui suggère de lire de vieux numéros de Révolution Africaine dans lesquels s’exprimaient des militants sincères , des syndicalistes honnêtes qui dénonçaient les propos de certains « Oulemas » à propos du socialisme et de l’autogestion.
    En militant des Droits de l’Homme , il aurait gagné à faire savoir que le Dr Taleb El Ibrahimi , médecin à Mustapha, a publié une lettre dans le journal Le Monde en 1964 pour dénoncer les tortures des officines de Ben Bella .
    Enfin , le Dr Sidhoum suggère que la mosquée joue un rôle encore plus important que celle qu’elle joue ou qu’on lui fait jouer aujourd’hui.
    Les années de braise que nous venons de vivre et que nous vivons encore en partie, nous donnent une leçon socio-politique fondamentale : aucune manipulation politique de la question religieuse n’est porteuse d’espoir ou d’innovation.
    El le Dr Sidhoum reprend ici à son compte le rêve de tous les islamistes consistant à faire de la mosquée , de l’imam et du débat religieux l’essence même du devenir et de l’identité des algériens comme si l’on parlait d’un pays qui revenait d’une longue vague historique de « déislamisation » ou de reni officiel de l’islam à la manière des russes redécouvrant le faste de leur patriarche qui avait été effacé de leur imaginaire officiel pendant plus de soixante ans.
    Or le Dr Sidhoum le rappelle lui même : 132 ans de colonialisme n’ont pas fait bouger d’un iota l’appartenance massive des algériens à l’islam .
    Comment dès lors rendre crédible un discours fondé sur une soi-disant menace de l’islam et de ses valeurs ( c’était le crédo d’El Mounkid) quand on sait de façon incontestable que les gouvernements successifs depuis 1962 n’ont jamais empêché la construction de mosquées et qu’à bien des égards , ces gouvenements ont été souvent au delà du minimum syndical .
    Une dernière remarque de bon sens : autant vous restez crédible et admirable dans votre rôle de défenseur des Droits de l’Homme autant vous inspirerez la méfiance de ceux qui ne veulent aucun mal à l’islam mais qui ne souhaient pas lui accorder la fonction morale et inquisitrice que vos propos suggèrent .
    Merci enfin au Dr Rouadja d’avoir apporté cette explication toute simple pour rendre à la laîcité sa place et son contenu .

  24. Salah-Eddine SIDHOUM dit :

    Avant toute chose, je tiens à souhaiter à mes compatriotes un Ramadhan Moubarak. Takabbala Allahou Siyamakum oua kiyamakum.

    Ce n’est pas de mes habitudes de perdre mon temps dans des polémiques stériles qui n’apportent rien au débat. Car la majorité de nos compatriotes ont en marre des chicayates et des alphabètes donneurs de leçons. Nous sommes de ceux qui participons humblement avec notre jeunesse à débattre des problèmes de fond qui se posent à notre société et à essayer d’entrevoir des solutions pour sortir notre Algérie de cette impasse tragique. Je ne suis là ni pour plaire à quiconque ni pour caresser dans le sens du poil. Nous essayons de poser en toute franchise les questions cruciales qui se posent et d’engager un débat tout aussi franc mais serein et fraternel pour essayer de trouver ensemble des solutions.

    Donc je répondrais brièvement à l’internaute signant sous le pseudo Bachir Dahak qui me fait un véritable procès stalinien et une « étude de ma personne ». Cela me rappelle l’une des nombreuses convocations de la police politique (auxquelles je n’avais jamais répondu) où il était écrit dans la case du motif de la convocation : étude de votre cas !!!! Un « cas pathologique » peut-être pour la police politique et un « cas complexe » pour cet internaute.

    1.En quoi cela le dérange que j’agisse en « solo » dans mon activité militante sur le plan des droits de la personne humaine ? Oui, je le dis et le répète, je n’ai pas fait partie de la ligue « officielle » de 85 comme je n’ai pas fait partie de la LADDH de mon frère et Ami Si Abdenour. En quoi cela peut déranger ? Je n’aime pas être structuré et je veux garder mon autonomie, toute mon autonomie. Ce que j’ai fait depuis 88 n’était qu’un devoir, celui de tout citoyen, intellectuel et politique. Cela nous a coûté ce que cela devait nous coûter et nous continuons, sans relâche ce combat jusqu’à notre dernier souffle. Nous ne courrons derrière aucun strapontin mité ni privilèges, pour la simple raison que nous ne sommes pas des affamés en col blanc.

    2.En aucun cas je n’ai remis en cause l’engagement et le courage de mon frère et Ami Si Abdenour dans son très dur combat pour le respect des Droits de l’Homme. Pourquoi évoquer tout cela alors qu’il n’en a jamais été question ? De la polémique stérile qui ne nous fait pas avancer d’un iota et qui fatigue nos lecteurs.

    3.Oui, j’ai toujours combattu le socialisme folklorique importé de l’URSS et de ses satellites, socialisme qui a détruit les structures sociales et traditionnelles de notre paysannerie et fait perdre la notion du travail à nos ouvriers. Oui, j’ai toujours combattu, déjà en tant que lycéen, les apprentis-sorciers qui expérimentaient les fumeux comités d’autogestion qui ont fait de nos braves et naïfs fellahines des joueurs de dominos dans les domaines dits autogérés. Un socialisme qui a assassiné notre agriculture et nos petites industries. Un corps étranger ne peut être greffé sur un autre corps sans l’inéluctable rejet. Une question de bon sens qu’ignoraient ceux qui ont transformé notre pays en un vaste champ d’expérimentation de théories fumeuses. Un « socialisme » qui est mort et qui a été enterré dans son propre pays natal.

    4.Oui, les Oulémas du regretté Mohamed El Bachir El Ibrahim, tout comme les libéraux du regretté Ferhat Abbas ont dénoncé les dérives « socialistes » du système imposé par la force des armes au lendemain de l’indépendance. Et je me reconnais fièrement dans ces figures qui ont, avec le courant nationaliste, façonné l’Histoire de notre pays, malgré les divergences d’ordre politique ou idéologique que nous pouvons avoir avec les uns ou les autres. Mais en aucun cas, je ne me permettrais de les étiqueter de « contre-révolutionnaires » ou de « réactionnaires » pour reprendre la dialectique insane des adeptes de Staline et Brejnev.

    5.Que cet internaute m’excuse, mais je ne lis pas des torchons nauséabonds staliniens comme « Révolution Africaine » qui avait traité à l’époque du « socialisme triomphant » des figures historiques comme Krim, Aït Ahmed, Boudiaf, Abbas, Benkhedda, El Ibrahimi et tant d’autres de « traîtres ». Une honte ! Mes lectures sont plus saines. La Pravda et RA ne figurent pas dans ma bibliothèque.

    6. Il est important de corriger un fait historique : mon frère et Ami, Ahmed Taleb n’a jamais adressé de lettre au journal Le Monde en 1964 pour dénoncer les tortures subies dans les geôles du « socialiste » Ben Bella. Si Ahmed a toujours été contre le fait de faire des douloureuses épreuves physiques subies, un fond de commerce politicien. En 64 il était en prison (ex-prison militaire coloniale d’Oran) et c’est l’intellectuel français, Claude Roy, qui avait publié une libre opinion sur le quotidien Le Monde du 29 août 1964 (page 5) que j’ai sous les yeux, intitulée : « Pour un prisonnier –de nouveau » où il dénonçait l’arrestation arbitraire de Si Ahmed pour ses idées politiques et la torture subie. Si Ahmed Taleb est encore de ce monde. Il pourra, à la lecture de mon commentaire, corriger ou démentir ce que je viens d’écrire. Donc quand on publie une information, il faudrait la vérifier avant, pour éviter de tromper l’opinion. C’est une question d’honnêteté intellectuelle, pour ne pas dire d’honnêteté tout court.

    7.Je ne reviendrais pas sur la question de la religion et du rôle de la mosquée. Je crois que j’ai été assez explicite en répondant à mon très cher frère Brahim. Je ne voudrais pas fatiguer les lecteurs par d’inutiles répétitions.

    8.Je voudrais enfin remercier mon Ami Ahmed Rouadjia que j’avais sollicité il y a quelques semaines pour participer à ce débat et qui a parfaitement clarifié la question de la laïcité. Et je crois qu’il a été très clair en écrivant : « Je retiens seulement le mot de « laïcité » employé par le Dr Sidhoum et auquel il semble donner un sens outré que celui dont il est historiquement chargé. Ainsi écrit-il ceci : » Il y a certains se réclamant de la laïcité, qui voudraient déconnecter l’Islam de la vie sociale des Algériens, ignorant tout des réalités socioculturelles de nos compatriotes et de la place de l’Islam dans notre société. ». Effectivement, il en existe. Mais les partisans de cette laïcité n’ont pas compris eux-mêmes la charge politique de celle-ci. Beaucoup d’Algériens- aussi bien modernistes, athée ou musulmans purs et durs-, pensent que la laïcité rime avec « sortie de la religion ». Une forme de pensée anti-religieuse. En fait, ils se trompent lourdement sur le sens de cette notion ». Je partage entièrement son point de vue. Réfléchir et discuter de la problématique de la laïcité en Algérie : OUI. Mais singer aveuglément l’occident : NON.

    Cordialement à toutes et à tous.

  25. Bachir DAHAK dit :

    J’avais pourtant commencé par vous dire que personne ne pourrait oser critiquer la posture admirable qui est la votre dans la défense des droits de l’homme et je le pense très sincèrement .
    Mais à partir du moment où vous devenez un homme public qui affiche courageusement ses convictions , et nous en partageons beaucoup quoi que vous en pensiez, il est tout à fait normal que tout puisse être dit sans ambiguîté d’autant que vous sortez trop vite la grosse artillerie ( stalinien, analphabète, police politique etc..)

    1/ sur votre engagement solitaire
    Je n’ai jamais dit que vous remettiez en cause le courage ou l’engagement du frère
    Ali Yahia Abdennour , relisez le mail . Ce qui me pose problème c’est votre détachement (organique) par rapport à l’une des personnalités les plus immensément respectées en Algérie sur la question des droits de l’homme.
    J’ai dit très bien comprendre votre opposition à la Ligue de 1985 mais je ne comprends toujours pas votre réticence vis à vis de la LAADH dont l’engagement ,sans sélection ou préalable idéologique, correspond tout à fait aux critères que vous martelez depuis des années.
    Je me suis posé la question de votre travail solitaire par rapport à une question aussi centrale et aussi lourde de conséquences sur l’image de tous les algériens et pas seulement sur celle des gouvernants .
    D’une part l’efficacité de votre engagement serait décuplée au profit des victimes parce que mettriez votre courage au service d’une vigilance collective.
    D’autre part ,vous avez cité dans votre interview des personnalités comme Havel, Geremek ou Mandela et vous semblez oublier que l’ampleur de leurs dénonciations n’aurait pas été celle que nous connaissons s’ils n’avaient pas chacun rejoint un Groupe , un parti politique ou un syndicat.
    2/ sur les choix politques
    Vous reconnaissez appartenir généalogiquement à une famille politique algérienne très précise , celle des libéraux et des conservateurs .
    Permettez moi de vous rappeler que ce n’est pas tout à fait celle des plus faibles, socialement et économiquement parlant.
    Autant je vous accorde l’idée que tous les algériens doivent être fiers de l’union politique de toutes les forces qui ont combattu le colonialisme autant je ne comprends pas votre saillie anti-socialiste et votre envolée agressive vis à vis des « fumeux comités de gestion  » alors qu’il s’agissait de l’une des rares occasions historiques offertes à nos ouvriers et paysans ( c’est à dire les plus démunis) de donner un sens à la construction du pays.
    N’accablez pas les paysans ou les militants de gauche qui les ont soutenus des dérives bureaucratiques et policières de Ben Bella.
    En bon musulman , je crois profondément en une certaine justice sociale et le régime libéral que vos tuteurs idéologiques auraient instauré ne me le garantit pas.
    Sur la question des Droits de l’Homme , un régime conservateur et libéral ( celui dont vous rêvez finalement) n’est pas sans risque , regardez nos voisins marocains ce qu’ils ont enduré avec un Roi , Commandeur des Croyants ou encore les Saoudiens et leurs princes flambeurs dont les fortunes personnelles frisent l’indécence et l’immoralité .

    3/ Tout à fait d’accord sur le courrier de Jules Roy qui l’avait également défendu de la même façon en 1961 lorsqu’il était prisonnier de la France.
    Laissons donc en paix votre ami Ahmed Taleb , il est plus utile à l’écriture de ses mémoires.

    Un détail important , je n’écris pas sous un pseudonyme .

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