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Fadéla HEBBADJ ou la marche du minotaure

Poste par sept 8th, 2010 categorie Tribune libre. Vous pouvez suivre les reponses via RSS 2.0. Vous pouvez commenter et trackbacker cet article Print This Post Print This Post

Les ensorcelés paru le 26 août aux éditions Buchet-Chastel

Mettre des mots sur l’innommable, donner un sens à l’absurde, trouver une issue. Une chape s’abat au sol, laissant le sol trembler et traçant des fissures à jamais béantes : « Au commencement fut l’assassinat de ma mère et de ma sœur »

Dans son livre Les ensorcelés, Fadéla HEBBADJ nous livre d’abord ce que fut ce cri assourdissant. Pourtant quelques instants plus tôt, la vie de la petite
fille de six ans qu’elle était alors dessinait encore dans les airs les volutes acidulées du bonheur. Une enfant libre découvre, espiègle, tous les tons de
l’amour. Aucune autre vérité, rien d’autre n’existait, rien d’autre ne pouvait exister que ce fidèle paradis.
Et le monstre survint, cortège funeste. D’abord le crime de la mère et de la sœur de Fadéla HEBBADJ. Mais le monstre réservait son autre profil. La justice française expédia l’affaire, sans enquête, sans instruction.

Puis une sentence infâme, le non-lieu. L’assassin d’une mère de trente-quatre ans et de sa fille de dix-sept ans fut libéré suite à un non-lieu. D’un mot, une justice dévoyée niait, taisait une réalité hurlante. Non-lieu.

« Une vie interminable allait suivre », Fadéla HEBBADJ nous ouvre, page après page, les portes de la drôle de maison que devint sa vie. Bien au-delà de la narration d’un fait divers odieux et du traitement judiciaire ignoble, nous découvrons là une écriture forte, généreuse, tantôt corrida, tantôt mélopée,
écriture salamandre traversant les flammes pour se livrer sans fard et sans pudeur. Cette écriture s’incarne, elle devient minotaure et défie le labyrinthe
d’une réalité scélérate. Ses sabots frappent le sol et nous intime d’écouter et de comprendre.

Ce texte puissant creuse et inscrit sur nos tablettes un alphabet nouveau, celui de l’homme debout, capable de démasquer les vérités de fiel et de
découvrir un monde, le nôtre. Un monde que nous finirons bien par devoir voir en face. Tendez l’oreille, n’entendez-vous pas le souffle du minotaure.

Jamila KIRAM


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3 Reponses “Fadéla HEBBADJ ou la marche du minotaure”

  1. Nacera dit :

    Fadela bonjour,

    J’admire ce que tu fais, j’ai écouté ton vidéo, je crois que avec ce livre tu immortalises ta mère et ta soeur. Si tu penses que pour toi, ce serait bein de réouvrir le procès, fais le et je t’encourage! Il ya bien eu des procès réouverts 50 ans plus tard. Mais si tu veux focusser sur le futur et ne pas perdre de temps avec un retour au passé, ce serait bein aussi! toi que veux tu?

  2. [...] La suite sur le site du quotidien Mots Clefs: actualité, ALGERIE [...]

  3. Hebbadj dit :

    Nacéra, j’ai fait éclater une vérité qui nous concerne, nous, les Algériens. Je dénonce une forme de justice qui croit s’identifier au monde civilisé. Y a-t-il une plus haineuse tyrannie que celle de verser le sang des hommes sans en rendre raison ? Il me paraît urgent d’éclairer d’autres affaires, d’en parler, si on ne peut pas les écrire. Renoncer à la justice, serait fanatique et absurde. Nous provenons d’une culture de la honte, où dire une humiliation est un acte gênant. Je veux simplement te dire que venger l’innoncent, a travers une parole ou un livre, c’est ne plus autoriser la justice de jouer avec le sang des enfants, des femmes et des hommes. Car dans ma famille, il y a eu un adolescent, mon père et un brigadier gravement blessés et deux femmes tuées.
    J’entends tes encouragements, ton désir que je puisse enfin m’écarter de la sauvagerie d’une injustice. Mais si j’ai écrit mon histoire c’est justement pour me préparer à vivre un avenir meilleur. Mais cet avenir est déterminé par ce que j’ai cherché en écrivant ce livre, en poussant ce premier cri.
    Amicalement
    Fadéla

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