Libye : 84 manifestants tués par les sbirs de Kadhafi * (+vidéo)

La plupart des personnes décédées ont été “tuées par des balles réelles tirées par les forces de sécurité”, affirme Human Rights Watch, qui dresse ce bilan.

Les forces de sécurité libyennes ont tué au moins 84 personnes depuis le début des manifestations mardi, a affirmé samedi 19 février l’organisation Human Rights Watch, en s’appuyant sur des témoignages de personnel hospitalier et de témoins.

Selon Human Rights Watch, 49 personnes ont été tuées jeudi (20 à Benghazi, 23 à Al-Baïda, 3 à Ajdabiya et 3 à Derna) et 35 à Benghazi vendredi. L’organisation, qui se base sur des sources médicales, affirme que la plupart des 35 personnes décédées vendredi ont été “tuées par des balles réelles tirées par les forces de sécurité”.

Internet censuré

Tandis que les manifestants réclament le départ de Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 1969, “Les autorités libyennes doivent arrêter immédiatement les attaques contre les manifestants pacifiques et les protéger des groupes armés pro-gouvernementaux”, a affirmé HRW dans un communiqué.

Selon Arbor Networks, société spécialisée dans la surveillance du trafic internet, basée aux Etats-Unis, le régime de Kadhafi a tenté d’empêcher les manifestants anti-gouvernementaux de s’organiser et de communiquer entre eux en coupant l’accès à l’internet dans la nuit de vendredi à samedi.

La Libye a “brusquement interrompu” l’accès à l’internet à 2h15 (heure de Libye), selon Arbor Networks, qui note que les connexions internet étaient déjà très perturbées dans la journée de vendredi.

Ouverture d’une enquête

Le procureur général libyen Abdelrahman Al-Abbar a ordonné l’ouverture d’une enquête sur les violences ayant marqué des manifestations anti-régime, notamment dans l’est du pays.

“Le procureur a ordonné l’ouverture d’une enquête sur les raisons et le bilan des évènements dans quelques villes et a appelé à accélérer les procédures pour juger tous ceux qui sont coupables de mort ou de saccages”, a indiqué une source sûre sous couvert de l’anonymat, sans donner de détails.

Les violences de vendredi à Benghazi ont commencé alors qu’avaient lieu “les funérailles des 20 manifestants tués la veille par les forces de sécurité”.

“Des témoins ont raconté à Human Rights Watch que ls forces de sécurité, reconnaissables à leurs uniformes jaunes, avaient ouvert le feu sur les protestataires près de Fadil Bu Omar Katiba, une base de sécurité située” dans le centre de Benghazi.

“Les forces de Kadhafi pourront être tenus pour responsables”

“A 23h le 18 février, l’hôpital Al-Jalaa de Benghazi avait reçu les corps de 35 personnes tuées dans la journée”, a déclaré un responsable de l’hôpital à HRW, en précisant qu’elles avaient succombé à leurs blessures liées à des tirs dans la poitrine, le cou et la tête.

“Nous avons appelé tous les médecins de Benghazi pour qu’ils viennent à l’hôpital et que tout le monde donne son sang, car nous n’avions jamais vu quelque chose comme ça”, a ajouté ce responsable.

“Les forces de sécurité de Mouammar Kadhafi tirent sur des citoyens libyens et les tuent par dizaines simplement parce qu’ils demandent des changements (…) Les autorités libyennes doivent autoriser les manifestants pacifiques à s’exprimer”, a affirmé Joe Stork, directeur adjoint de HRW pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

“Le gouvernement libyen n’autorise pas les journalistes et les organisations de défense des droits de l’Homme à travailler librement”, a-t-il également dénoncé. “Mais le monde regarde ce qui se passe, et les forces de sécurité et leurs commandements pourront être tenus pour responsables”.

Vendredi, les comités révolutionnaires, pilier du régime libyen, avait menacé les “groupuscules” manifestant contre Mouammar Kadhafi d’une riposte “foudroyante”.

La Turquie appelle à la “paix civile”

La Turquie s’est déclarée samedi inquiète face au déchaînement de violences qui accompagnent les manifestations survenues depuis trois jours en Libye.

“Les événements qui se développent en Libye (…) ont pris une dimension inquiétante. Nous insistons sur la paix civile, la sérénité et la prospérité de notre pays frère la Libye, avec qui nous partageons une histoire commune”, a indiqué le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué.

Répondant aux questions de journalistes lors d’une visite à New Delhi, le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu a pour sa part indiqué que “les travaux pour le rapatriement (des ressortissants turcs en Libye) allaient probablement débuter aujourd’hui (samedi)”, a rapporté l’agence Anatolie.

Recep Tayyip Erdogan, qui dirige la Turquie depuis 2002 à la tête d’un gouvernement islamiste modéré, avait été l’un des premiers dirigeants musulmans à demander le départ du pouvoir du président égyptien Hosni Moubarak.

Les manifestations ne faiblissent pas

Selon Human Rights Watch, des témoins ont affirmé que des manifestants étaient toujours rassemblés par milliers vendredi soir à Benghazi. A 21h30 vendredi, des rassemblements avaient également toujours lieu à Ajdabiya, au sud de Benghazi, où trois personnes avaient été tuées jeudi. Selon un témoin, aucune nouvelle violence n’a été signalée dans cette ville vendredi.

A Al-Baïda, dans l’Est, un manifestant a indiqué à HRW que la police patrouillait dans les rues, mais sans nouveaux heurts. A Tripoli, des partisans du régime sont descendus vendredi dans la rue, comme la veille, en sillonnant la ville en voiture, brandissant des portraits du colonel Kadhafi et des drapeaux. Selon HRW, qui a pu parler avec la famille, un homme qui avait écrit sur Facebook a été arrêté vendredi vers 18h, avec son oncle.

Deux pays voisins de la Libye, la Tunisie et l’Egypte, ont vu ces dernières semaines leurs dirigeants chassés par la rue.

(Nouvelobs.com )
* Le titre est de la rédaction

Comments

comments