La visite algéroise du Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, n’a pas donné que des résultats sur le double plan économique et politique. Elle a permis une mise à nue du régime algérien, bien malgré la volonté du responsable français de jouer le jeu de ses hôtes.

La première séquence de ce film tourné à deux est sans doute la confidence faite par le Premier ministre français aux médias de son pays. Bouteflika m’a notamment dit « vous pouvez être fiers de ce que vous avez fait au Mali. Dites-le au président Hollande », a révélé Aurault. La phrase peut paraître anodine. Mais venue d’un président qui disait le contraire une année auparavant, cela peut paraître déplacé. Au président François Hollande qui effectuait une visite d’Etat en décembre 2012, Abdelaziz Bouteflika avait notamment reproché le fait que les Français « combattent les islamistes au Mali mais ils les encouragent en Syrie ».

Cette mise à nue n’est pourtant pas la plus grave. Au cours d’une audience accordée au Premier ministre français, le chef de l’Etat algérien est apparu, une nouvelle fois, amorphe, presque immobile. Il était tellement impossible à présenter que la télévision d’Etat a été obligée de procéder à un montage des séquences qu’elle a montrées. Si ce n’était le « Grand journal » de la télévision française Canal+, on aurait cru que le chef de l’Etat a retrouvé l’usage de ses membres supérieurs. Que nenni ! Le président n’a fait bouger sa main droite que 3 fois. Sur l’image, la télévision publique a montré la même séquence 8 fois ! Du montage de débutant !

Cela prouve que la télévision publique avait fait recours aux mêmes procédés plusieurs fois auparavant. Pathétique !

Cela se fait à une époque où les Algériens ont accès à toutes les chaines d’informations dans le monde. Et l’arrivée de la 3G ne fera qu’accentuer cette accessibilité à l’information que les médias publics de notre pays veulent cacher. Brejnev n’aurait pas fait mieux !

Une question basique s’impose dès lors que même le montage de la télévision n’arrive pas à masquer la réalité : cet homme peut-il se présenter à l’élection présidentielle dans cette posture ?

Essaïd Wakli