La situation sécuritaire en Libye inquiète plus que jamais les autorités algériennes, qui ont décidé de fermer la frontière terrestre entre les deux pays. Pour un ancien diplomate algérien, l’Algérie fait les frais du soutien qu’elle a apporté à la famille du dirigeant Mouammar Kaddafi durant la révolution libyenne.

Pour les autorités algériennes, tout porte à croire que la situation sécuritaire au niveau de la frontière terrestre entre l’Algérie et la Libye, longue de presque 1000 km, est critique. Il faut dire qu’en une semaine les deux pays ont sombré dans une crise diplomatique des plus graves de leur histoire commune. L’ambassadeur algérien à Tripoli, Abdelhamid Abou Zaher, a été la cible d’une tentative d’enlèvement dans la matinée de vendredi 16 mai ce qui a contraint les autorités algériennes a fermé l’ambassade d’Algérie sur place et à rapatrier l’ensemble de son personnel diplomatique. Lundi 19 mai, c’est au tour de l’entreprise étatique Sonatrach de rappeler l’ensemble de ses employés pour des « raisons sécuritaires ».

De l’autre côté de la frontière, les affrontements continuels entre les groupes islamistes et les hommes du général à la retraite Khalifa Haftar, qui dirige l’autro-proclamée Armée libyenne libre, ne présagent pas un retour au calme. Les deux foyers principaux sont les villes de Tripoli et de Benghazi. D’ailleurs, vendredi dernier des combats entre les deux parties, suite à une offensive des troupes du général Haftar, ont fait 79 morts.

Face à cette escalade de la violence, l’Algérie a décidé de fermer « temporairement » ses frontières terrestres avec la Libye. Les forces de sécurité présentes sur cette zone ont été également mises en état d’alerte maximale contre une éventuelle intrusion terroriste. Des mesures d’urgence « nécessaires », selon Abdelaziz Rahabi, ancien diplomate et ministre algérien. « La menace est bien réelle. La frontière avec la Libye est la seule par laquelle des armes lourdes, de qualité et sophistiquées peuvent entrer sur le sol algérien », explique Abdelaziz Rahabi, joint par la rédaction. Mais cette précaution ne suffira pas à elle seule à protéger l’Algérie d’une éventuelle propagation du conflit libyen chez son voisin. « Les terroristes ne rentrent pas avec un passeport. Et s’ils le font c’est avec un passeport d’un pays occidental« , ironise cet membre du corps diplomatique algérien.

Pour Abdelaziz Rahabi, l’Algérie n’est pas dans le viseur des terroristes, venus de Libye, seulement en raison de la proximité géographique des deux pays. « Pourquoi l’Algérie a de quoi plus s’inquiéter que la Tunisie, qui est pourtant moins bien armée ? », interroge-t-il, avant de répondre : « La Tunisie a soutenu la Révolution en Libye alors qu’ici on a pensé que Kaddafi allait tenir. Aujourd’hui on paye la position officielle de l’Algérie et notre soutien à Kaddafi ». Rappelons que l’Algérie a été une terre de refuge pour la famille de Mouammar Kaddafi, notamment de sa soeur Aïcha, durant le soulèvement révolutionnaire. Aujourd’hui, « l’Algérie compte peu d’amis en Libye », regrette Abdelaziz Rahabi.

Pour lui, la solution contre le terrorisme dans la région du Sahel doit être collective et à la formation d’alliances stratégies et de défense de circonstance. Il appelle effectivement le pouvoir algérien à solliciter l’aide de la communauté internationale et, en premier lieu, des acteurs régionaux. « Le terrorisme est une menace transnationale. On ne doit pas rester seul, nous avons besoin de l’aide de l’Union africaine, de l’Union européenne, de l’OTAN, des Etats-Unis. Notre Constitution nous interdit de déployer des militaires hors de nos frontières et ces alliés sont mieux équipés que nous », justifie-t-il. La nouvelle vague de violence en Libye incitera-t-elle le régime algérien à infléchir sa politique de non-ingérence. Ce serait une grande première.

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