En ce 22ème anniversaire de l’assassinat de Mohamed Boudiaf, l’accès a sa tombe, située dans le cimetière d’El Alia à Alger, a été fermé aux visiteurs. 

 Il est 9 H 30 lorsque Aziz Hamdi, président de la fondation Maatoub Lounes, arrive au cimetière afin de rendre hommage à l’ancien président Mohamed Boudiaf, assassiné en direct à la télévision algérienne le 29 juin 1992.  Il est alors entouré d’une trentaine de personnes. Parmi eux, des militants du MDS, un parti politique algérien, des partisans du mouvement citoyen contestataire « Barakat ! » mais aussi d’anciens amis du défunt Boudiaf. L’hommage est prévu pour 11 H, militants et sympathisants attendent donc sous un soleil de plomb pendant plus de 2 H en ce premier jour du mois de Ramadhan. Des policiers, en grand nombre, gravitent autour d’eux et finissent par les informer que le chemin qui mène au Carré des Martyrs, où est enterré Boudiaf, a été fermé et que l’accès est donc impossible.

Armés de fleurs et de patience, les visiteurs ne se découragent cependant pas et refusent de bouger. Finalement, il se révèle que parmi ces visiteurs se trouve le fils de Slimane Amirat, un célèbre ancien militant de la cause nationale et compagnon de lutte du président Boudiaf lors de la guerre pour l’Indépendance. Il s’insurge et fait alors pression sur le directeur du cimetière d’El Alia pour pouvoir entrer et se recueillir sur la tombe du Président assassiné. Mais le premier responsable du cimetière lui demande au départ de ne faire rentrer que ses proches et de laisser les autres sympathisants à l’extérieur. Très vite cette décision est accueillie par des cris et de la colère.  Des « nous sommes algériens nous aussi » sont scandés et tout le monde finit alors par accéder au prestigieux cimetière où les personnalités officielles et nationales y ont été enterrées. Il aura ainsi fallu plusieurs heures pour que des citoyens puissent se recueillir sur la tombe d’un de leur anciens chefs d’Etat.

Pour Aziz Hamdi, ce blocus n’est certainement pas un hasard. « Je vois que Boudiaf dérange toujours, affirme-t-il, on veut peut-être effacer la mémoire des Algériens car les morts font plus peur que les vivants ». En effet, cet hommage n’est pas le premier à être censuré. Les organisateurs d’une journée d’hommage à Matoub Lounes, le célèbre chanteur rebelle kabyle, ont été empêchés d’organiser leur évènement. Les autorités de la wilaya d’Alger ont refusé d’autoriser cet évènement culturel, initialement prévu le 24 Juin dernier et n’ont avancé aucun motif pour se justifier. Pourquoi refuse-t-on encore de commémorer et réhabiliter ces personnalités nationales ?