Alors que la France s’apprête à remplacer l’opération Serval par la mission Barkhane dans le but de durcir la lutte anti-terroriste dans le Sahara et au Sahel, le témoignage inédit de cet italo-marocain emprisonné neuf années pour terrorisme pose question.

Abou Elkassim Britel a eu le malheur de se trouver dans une école coranique du Pakistan le 11 septembre 2001. Être au mauvais endroit au plus mauvais moment, sa seule erreur selon lui. Arrêté en mars 2002 par les services de renseignements américains (CIA), Britel raconte qu’il est d’abord torturé à coup de battes de cricket dans une prison pakistanaise. Ses tortionnaires lui proposent même une voiture s’il livre la position d’Oussama Ben Laden, le chef d’Al-Qaïda. En vain, il assure ne pas avoir la moindre connaissance de cette information.

Le jeune immigré marocain est alors embarqué dans un vol spécial de la CIA en direction de son pays d’origine. Pas de formalités diplomatiques ni procès, il est directement conduit à la prison secrète de Temara. Il y sera soumis pendant huit mois à des interrogatoires musclés et à une intense pression psychologique, dont l’évocation lui est encore difficile aujourd’hui. Sans aucune charge contre lui, il est libéré en mai 2003.

Quelques jours plus tard, il s’apprête à regagner l’Italie lorsqu’il est arrêté en Espagne, soupçonné de complicité dans les attentats qui viennent de se produire à Casablanca. Ramené à Temara et de nouveau séquestré, il est contraint cette fois-ci de signer son acte d’accusation. Condamné en appel à neuf ans de prison, il ne doit sa libération en avril 2011 qu’à la grâce du roi Mohammed VI.

Trois ans plus tard, il a retrouvé sa femme Anna et sa ville de Bergame, dans le Nord de l’Italie. Il ne parvient cependant pas à oublier la “tragédie” dont il se dit victime, ni à se reconstruire. Stigmatisé, aucun employeur ne veut de lui. Dévasté, il a accepté après de longs mois de préparation de confier son histoire à France 24, pour tenter d’exorciser le sentiment d’injustice et de fatalité qui le ronge.

A l’heure où la lutte contre le terrorisme se durcit une nouvelle fois, ce témoignage interpelle les décideurs en attendant peut-être que d’autres langues commencent à se délier.