“Ni wilaya, ni développement; In Salah est sacrifiée”. Tel est le message fort adressé par les habitants d’In Salah, berceau du mouvement anti-gaz de schiste entamé le 31 décembre dernier, en réponse aux mesures prises dans le soirée d’hier mardi 27 janvier 2015 par le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, à l’issue d’un conseil des ministres restreint.

Très attendue par les manifestants anti-gaz de schiste, notamment à In Salah où le vœux en a été émis à maintes reprises, la réponse du président de la République à leur revendication d’arrêter les forages de gaz de schiste dans tout le pays est tombée hier soir, à l’issue d’un mini-Conseil ministériel auquel ont pris part une douzaine de ministres et de hauts responsables de l’Etat. Diffusées par les médias, notamment la chaîne de télévision publique (ENTV), les mesures décidées par Abdelaziz Bouteflika ont finalement eu l’effet inverse. Elles sont tombées comme un couperet sur les espoirs des manifestants. Ayant beaucoup misé sur une réponse favorable et salutaire du chef de l’Etat, ces derniers, en désespoir de cause, n’ont pas tardé à exprimer leur “déception” et “indignation”.

En effet, juste après l’annonce desdites mesures présidentielles, notamment celles relatives à la création de wilayas déléguées -dont In Salah- et au développement socioéconomique dans le sud, des milliers de personnes sont sorties dans la rue pour exprimer leur refus de “se laisser acheter” et leur détermination à maintenir le mouvement de protestation” jusqu’à l’arrêt pur et simple des opérations liées à l’exploitation du gaz de shciste”. “Bouteflika n’a fait que réitérer ce que d‘autres responsables, comme Sellal (Premier ministre, ndlr), Yousfi (ministre de l’Energie) et Sahnoune (PDG de la Sonatrach) avaient déclaré avant lui. En affirmant que “l’exploitation du gaz de schiste en Algérie n’est pas à l’ordre du jour” et que “les opérations en cours étant des essais préliminaires”, il a adopte la même stratégie suivie jusque-là et qui consiste à jouer sur les mots “exploitation” et “exploration”. Or, notre revendication a été dès départ claire, nette et précise. On demande l’arrêt pur et simple du projet et l’instauration d’un débat national sur la question du gaz de schiste”, déplore un activiste d’In Salah, joint au téléphone, tout en faisant le parallèle entre ces “essais préliminaires” aux “essais nucléaires de la France coloniale (effectués dans le Sahara algérien durant les années 1960, ndlr)”.

D’autres activistes, contactés par nos soins, estiment que “les mesures sociéconomiques et administratives annoncées par Bouteflika sont destinées à corrompre les manifestants et acheter leur silence”. “Sinon, pourquoi avoir attendu plus d’un demi-siècle pour se rappeler que le sud du pays est marginalisé et déshérité? Peut-on assurer le développement des régions du sud en cette période de crise alors qu’on n’a pas pu le faire durant une quinzaine d’années d’opulence?“, se demandent nos interlocuteurs en soulignant que “les mesures budgétivores du président sont contradictoires avec le plan d’austérité annoncé par le Premier ministre”. D’autres manifestants interprètent ces mesures “comme une manœuvres destinée à saborder la grande mobilisation contre le gaz de schiste prévue samedi prochain dans plusieurs villes du pays et même à l’étranger”.

En somme, la déception est générale. Avec l’annonce de la réponse réservée par le Président à la question du gaz de schiste en Algérie, tous les espoirs de voir l’Exécutif renoncer de son gré à ce projet se sont effondrés. “C’est une honte, c’est un affront; le pouvoir est sans décision”

Les manifestants ne se font désormais plus d’illusion et se disent “conscients que seule une grande mobilisation à travers tout le territoire national est en mesure de faire reculer les pouvoirs publics par rapport à ce projet”. Par conséquent, ils annoncent “une journée de mobilisation sans précédent samedi prochain”.