Le prix “Ferhat Hached de la dignité humaine” remis à Bouteflika : Une distinction indécente

Le prix “Ferhat Hached de la dignité humaine” a été remis mercredi 6 mai à Abdelaziz Bouteflika. Une récompense largement discutable étant donné que les libertés publiques ne sont respectées nulle part en Algérie.

Le regard livide, le visage blafard, coupé par un micro pour porter la voix d’un président qui n’est plus audible. La dernière apparitions du chef de l’Etat est à l’image de ses furtives sorties médiatiques depuis son accident ischémique en avril 2013. Affaissé sur son siège, Abdelaziz Bouteflika, à l’économie de mouvements, comme à l’accoutumée, a reçu, mercredi 6 mai, le prix “Ferhat Hached de la dignité humaine”.

Bouteflika semblait perdu dans ses pensées, absent, alors que Noureddine Hached, héritier d’une immense figure du nationalisme tunisien, expliquait le choix, pour le moins contestable, de la Fondation qu’il gère. “Ce prix se veut une reconnaissance aux efforts consentis par le Président Bouteflika et un hommage au peuple algérien vaillant”, a ainsi déclaré Noureddine Hached. Et de flatter : le Président Bouteflika est “connu sur la scène internationale pour sa généreuse contribution à la guerre de libération menée par le peuple algérien contre l’occupant français. Le Président Bouteflika est également parvenu à consacrer la réconciliation nationale par la voie du dialogue national pour l’Algérie puisse jouir de la paix et de la stabilité”. Ce prix sonne avant tout comme un hommage à l’ensemble de la carrière du premier personnage de l’Etat, qui, faut-il le rappeler, a passé l’essentiel de sa vie dans les arcanes du pouvoir. Au point même de détenir le record de longévité d’un président algérien en exercice.

Le peuple algérien se réjouit-il de l’honneur fait à son président, qui ne lui adresse que de rares messages écrits ? Sûrement pas. Les Algériens auraient sans nul doute préféré que le prix Ferhat Hached, martyr de la révolution tunisienne, revienne à leurs congénères qui luttent, au quotidien, pour la dignité de l’homme dans un pays d’apparence démocratique. Ils auraient certainement aimé que cette distinction soit attribuée aux caricaturistes algériens, qui n’ont pas froid aux yeux, osent, bien que l’un de leur dessin peut potentiellement les envoyer en prison. Les Algériens n’oublient pas que l’ONG Reporters sans Frontières classe leur pays dans le top 30 des Etats qui respectent le moins la liberté de la presse depuis plus de 5 ans. Ils auraient aussi préféré que le prix Ferhat Hached soit décerné aux militants incarcérés pour avoir défendu le droit au travail plutôt qu’à un président impotent. Il auraient salué la Fondation Hached, si elle avait encouragé les – rares – jeunes algériens politisés, qui faute d’être autorisés à se réunir dans une salle, font de la politique dans la rue. Et la liste est encore longue.

Mais la Fondation Hached a choisi Bouteflika.

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