Youssef Courbage, l’un des spécialistes les plus reconnus mondialement de la démographie dans les pays arabes et musulmans, diagnostique le mal à l’origine du sous-développement de l’Algérie. Ce chercheur à l’Institut National des Etudes Démographiques en France, a analysé, à travers l’évolution démographique de notre pays, les principales causes de notre retard économique et culturel. 

“L’Algérie a dépensé jusqu’à 10 % de son PIB pour scolariser assez mal ses enfants qui arrivaient à l’école en très grand nombre à l’age de 6 ou 7 ans”, souligne d’emblée Youssef Courbage, en marge d’une conférence organisée au Maroc et consacrée aux enjeux de la justice sociale dans le Monde arabe. “Le taux d’accroissement dans l’enseignement scolaire algérien atteignait parfois 4 ou 4,5 %”, indique encore ce chercheur, selon lequel l’Algérie fait partie des pays qui ont très mal géré les processus de scolarisation et de croissance démographique.

D’après Youssef Courbage, le retard scolaire du Monde arabe en général, et de l’Algérie en particulier, s’explique par l’accumulation d’une grande “portion démographique sur la scolarisation”. Ainsi, l’Algérie, comme plusieurs autres pays arabes, a concentré ses efforts à vouloir scolariser le maximum d’enfants, mais sans s’attarder suffisamment sur la qualité de l’enseignement.

Youssef Courbage lie le sous-développement de l’Algérie et des autres pays arabes à l’exclusion des femmes du marché du travail. Il compare ainsi le monde arabe à la Corée du Sud, “un pays qui était plus en retard il y a 40 ans, qu’un pays comme la Syrie ou la Turquie”, rappelle ce démographe. Mais, aujourd’hui, la Corée du Sud scolarise jusqu’à 75 % de ses filles âgées entre 18 et 25 ans, alors que le Monde arabe n’en est qu’à un misérable taux de 22 %”, analyse enfin ce chercheur, qui a consacré de nombreux ouvrages sur le rôle du facteur démographique dans le développement des pays arabo-musulmans.