L’Algérie fait face encore une fois à des attaques terroristes ciblant des installations stratégiques dans le Sud du pays. Cette fois-ci, c’est le site gazier de Krechba à In Salah, dans la wilaya de Tamanrasset, exploité par British Petroleum, Statoil et Sonatrach, qui était dans le collimateur de ces groupes terroristes. Des groupes qui connaissent une recrudescence depuis le basculement d’une partie de la Libye voisine dans le giron de Daech. 

C’est une période critique que vit notre pays et la région toute entière. Cette nouvelle attaque terroriste, qui n’a pas été revendiquée pour l’instant, témoigne du danger qui rôde autour de nous. Il est vrai que le but même d’un acte terroriste est de propager la terreur, de faire régner un sentiment d’incertitude par le biais d’attentats spectaculaires. Bref, l’effet recherché est de terroriser les gens. Ceci dit, les services de sécurité algériens ont une expérience très pointue en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme. En plus du savoir-faire accumulé durant la décennie noire, les grandes villes algériennes et, à leur tête la capitale Alger, disposent d’un appareil sécuritaire conséquent. La capitale est également le centre décisionnel du pays et toutes les institutions sensibles s’y trouvent. D’où la mise en place depuis des années d’un dispositif sécuritaire impressionnant qui marque d’un sceau indélébile la vie quotidienne des Algériens.

Cibler la capitale est devenu donc un défi très ardu pour ces groupes terroristes quels que soient leur moyen et leurs capacités.  Face à cette nouvelle donne, les terroristes ont opté pour une autre alternative et pas des moindres : frapper les installations stratégiques de l’Algérie dans le Sahara. À la fin des années 90, de nombreux anciens adeptes sanguinaires du GIA ont pris la direction du Sud, un vaste territoire difficile à contrôler et marqué par une aridité extrême. La bande sahélo-saharienne est vaste comme un continent et les frontières en sont poreuses, les trafics en tout genre prospèrent. Le GSPC héritier du GIA et géniteur d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) a tissé des liens solides avec les peuples du désert où le commerce prime sur tout, semble-t-il. L’organisation terroriste se distingue par la contrebande, les enlèvements de touristes et se dote même d’un vaste réseau de narcotrafic.

Le Printemps Arabe et le désert sahélien    

 

Un printemps qui n’a fait que plonger dans l’incertitude un désert marqué par sa précarité. Le printemps arabe a gagné la Libye en 2011. Après une répression féroce de Kadhafi, l’OTAN intervient, le régime s’effondre et la Libye s’écroyle. Une aubaine pour les terroristes qui y trouvent leur compte. L’effondrement de la Libye a contribué au réarmement des groupes terroristes qui se délocalisent au Nord du Mali, une zone très fragile elle aussi et affaiblie par un coup d’État en 2013 au Mali. Pendant ce temps-là, Daech profite lui aussi de cette instabilité régionale et prend d’assaut la Libye. Les adeptes de Daech sont des franges des populations frustrées et défavorisées. Ils ont toute leur vie vécu sous la domination des pouvoirs oppressifs.

Daech projette d’étendre son « califat autoproclamé » jusqu’au Maghreb. Qui mieux que la Libye peut constituer le berceau de ce mouvement de terreur dans la région. Notre pays est un véritable portail transcontinental. Cet état de dégénérescence sécuritaire que connaît la région nous met devant un défi considérable : survivre à ces multiples agressions et vaincre le terrorisme. L’actualité le prouve parfaitement ; le Sahara algérien est aujourd’hui le talon d’Achille de notre pays et notre survie dépend de lui tant sur le plan économique que sécuritaire. La Tunisie voisine fait également l’objet de tentatives de déstabilisation et si elle tombe, c’est un front de 2000 kilomètres qui sera ouvert contre l’Algérie. Il est donc urgent de sécuriser contre les mouvements radicaux notre grand Sahara. Mais cette bataille-là ne se remporte pas uniquement avec des armes. Il faut plus que jamais de la justice sociale et du développement local.

Avec Massinissa M.