Le scandale des « Panama Papers » n’en finit pas de faire ses révélations sur l’Algérie. Cette fois-ci, c’est un importateur de poudre de lait qui vient d’être épinglé. Zoubir Bererhi, 73 ans, a bâti des fortunes grâce à des sociétés offshore qui ont été utilisées pour gonfler les prix et engranger à la fois profits et subventions.

 

Ce vendredi, sur son site Internet, Le Monde, le prestigieux quotidien français, fait des révélations fracassantes sur cet importateur qui verse dans des malversations frauduleuses. « Le fabricant de lait en sachet, Zoubir Bererhi, 73 ans, dispose de deux compagnies offshore : Dairy Food Ingredients Ltd et Oxford Chemical Ltd. Il en est le bénéficiaire économique en association avec son fils Jawed, 45 ans. Celui-ci est directeur de l’usine d’Oued Smar, dans la banlieue d’Alger, gérée par la société de son père, la SARL Liko », explique, d’emblée, le média français qui a consulté les documents du « Panama Papers ». Des documents qui démontrent comment « les Bererhi faisaient acheter de la poudre de lait au prix du marché, en Ukraine notamment, avant de la revendre en Algérie… à eux-mêmes, à un prix bien supérieur. Le tout en évitant que cela se sache », note la même source.

Les données confidentielles des « Panama Papers » révèlent également que cet importateur algérien et son fils ont domicilié leur sociétés offshores, par biais de la société genevoise de gestion de fortune Fiducior SA, aux îles Vierges britanniques. Les deux compagnies étaient destinées à la gestion de portefeuilles placés à la banque Crédit suisse, à Genève. Mais l’une d’entre elles, Dairy Food Ingredients Ltd, a aussi servi d’intermédiaire pour d’importantes transactions. Les Bererhi profitaient aussi du système des subventions pour arnaquer l’Etat algérien. Chaque mois, ils détournaient dans leurs poches pas moins de 1, 2 million de dollars de subventions par mois. Comment ils ont fait ?
Ils importaient de la poudre de lait  de l’Ukraine. Lors d’une seule opération, ils ont importé plus de 700 tonnes de poudre de lait au prix de 5 600 dollars la tonne, pour un montant total de 3,92 millions de dollars (3,5 millions d’euros). « Et cela alors qu’en 2009 la tonne de poudre de lait valait en moyenne 2 400 dollars sur le marché mondial », observe l’article du Monde. « A 5 600 dollars la tonne, le prix pratiqué à plusieurs reprises par les Bererhi entre leur société offshore et Liko, le coût du sachet est de 40 dinars, ce qui leur donnait droit à 15 dinars du gouvernement pour chaque litre produit. Soit plus de 1,2 million de dollars de subventions par mois », relève la même source qui  a savamment décortiqué ce système mafieux.

L’importateur algérien et son fils ont effectué douze opérations d’importation réalisées entre 2007 et 2009 par Liko, « totalisant 4 080 tonnes pour une valeur de 22 millions de dollars. Soit 5 400 dollars la tonne, le double du prix du marché en 2009 ».  « Ce dispositif a longtemps favorisé les surfacturations à l’importation. Le montage triangulaire auquel recouraient les Bererhi leur permettait ainsi de manipuler les prix de la matière première à leur guise. Leur société offshore, dont ils prétendaient ne pas être propriétaires, achetait la poudre au prix du marché mondial, et la revendait à leur propre laiterie parfois deux fois plus cher. Avec un triple avantage : toucher davantage de subventions, sortir des devises pour ces achats à valeur fictive, et engranger le bénéfice offshore », conclut enfin notre source.

Révélations. Grâce à la poudre de lait/ Un importateur algérien amasse une fortune dans les paradis fiscaux
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