“Si Bouaziz Bengana, le dernier roi des Ziban”. Ce livre déchaîne les passions en Algérie et suscite une vive polémique. Traitant d’un personnage sombre et mystérieux, le Bachagha Bengana, ce livre est au coeur d’une véritable controverse depuis l’accueil favorable dont a bénéficié son auteur, Feriel Furon, l’arrière petite fille du Bachagha Bengana, sur le plateau de la très étatique chaîne de télévision Canal Algérie. 

Feriel Furon a été invitée à l’émission “Bonjour l’Algérie” pour parler de son ouvrage qui défend ardemment le parcours d’un Bachagha lequel a, pourtant, activement collaboré, accusent de nombreux historiens algériens, avec les forces coloniales françaises pour asseoir leur domination sur l’Algérie. Sur Facebook, de nombreux journalistes et universitaires ont été scandalisés par la couverture médiatique offerte généreusement par Canal Algérie à un livre qui “réhabilite” un caïds des harkis. La complaisance des responsables de l’émission “Bonjour l’Algérie” à l’égard de cet ouvrage controversé sonne comme une “violente atteinte aux martyrs de l’Algérie”, estiment ces voix qui appellent les autorités publiques à réclamer rapidement des comptes aux responsables de Canal Algérie.

Il faut dire que le passé du personnage de Bachagha Bengana est très sulfureux. Selon Ali Farid Belkadi, historien et anthropologue, auteur de Boubaghla, le sultan à la mule grise. La résistance des Chorfas, ouvrage paru aux éditions Thala à Alger, Si Bouaziz Bengana “coupait les oreilles des résistants algériens auxquels il tendait des embuscades avec ses goumiers” pour les remettre en guise de cadeau aux généraux de l’armée française. “Bengana envoya au général Négrier le sceau, les oreilles et la barbe du chef de guerre Farhat Bensaïd, qui fut attiré dans un guet-apens, chez les Oulad-Djellal. Le fils de Farhat Bensaïd, Ali-Bey, qui avait échappé aux coups des Bou-Azid, alliés à Bengana et aux Français, accablé par l’évènement, se rendit au général Sillègue, à Sétif. Une autre fois, un membre de la famille, Khaled Bengana, qui s’était «vaillamment» conduit lors d’une sanglante répression contre des insurgés algériens, présenta au général comme pièces justificatives, deux étendards (le troisième avait été déchiré par ses goumiers) et des sacs contenant 900 oreilles coupées aux cadavres”, raconte cet historien qui fournit moult éléments historiques démontrant la participation active de ce Bachagha aux crimes atroces des armées françaises en Algérie durant le 19e siècle et jusqu’au début du 20è siècle.

Mais cette version de l’histoire, son arrière petite fille, Fériel Furon, ne semble pas la partager. Au contraire, Fériel Furon glorifie ce personnage et le présente sous des traits grandioses. Selon elle, son arrière grand-père est “ami de Winston Churchill, du roi Mohammed V du Maroc et du Maréchal Lyautey, à la fois homme du passé et homme du futur, qui affrontait son époque avec une remarquable dignité”. Dans une déclaration au média Lakoom Info, l’auteur affirme même qu’elle est “convaincue que tout le monde est préparé pour recevoir cette vérité en France comme en Algérie”.

Les réactions hostiles suscitées à la suite de sa campagne promotionnelle sur les supports de la télévision officielle l’ENTV démentent ses certitudes. Contactée par la Rédaction d’Algérie-Focus, Fériel Furon s’est contentée de nous expliquer qu’elle a écrit “un livre pour informer donc il faut le lire et après on discute”. L’auteur n’a nullement souhaité nous éclairer la lanterne sur les vérités historiques qui accablent son arrière grand-père. Et en dépit de cette vague d’émotions soulevée par son passage sur le plateau de Canal Algérie, Fériel Furon maintient sa vente-dédicace qui aura lieu ce Jeudi 23 février à 14h au Palais d’Ahmed Bey à Constantine, et le samedi 25 février à 14h à la librairie des Beaux-Arts.