Des constructeurs automobiles qui « font la queue pour investir  en Algérie » ? Cette formulation provocante est de monsieur Ahmed Ouyahia. Il ne croyait sans doute pas si bien dire. Peugeot est en négociation avec le ministère de l’industrie de Bouchouareb depuis plus d’un an et attend toujours le feu vert des autorités algériennes .

 

Pour conserver leur place sur un  marché algérien qui tend à se fermer aux importations, les constructeurs automobiles internationaux  sont en voie de se décider  à faire le pas qui était réclamé depuis plusieurs décennies par les pouvoirs publics et à commencer  à installer des usines de montage en Algérie. Les chroniques économiques d’Algérie-Focus ont déjà dit tout le bien qu’on pouvait penser de la démarche, très volontariste, adoptée par le gouvernement algérien dans ce domaine. Elle met fin à près de 30 années d’hésitations et d’attentisme et devrait permettre à notre pays de produire plusieurs centaines de milliers de véhicules dans quelques années.

Les événements se sont précipités au cours des derniers mois. En décembre dernier, à la dernière Foire de la production nationale  d’Alger, un responsable de Renault a promis  au premier ministre que la production de l’usine d’Oued Tlelat  «atteindra 60 000 véhicules en 2017». «Nous allons étudier la production d’autres modèles à l’avenir», a-t-il également  assuré .

Toujours à la fin de l’année dernière, le premier véhicule de la marque Hyundai est  sorti le samedi 29 octobre 2016 des chaines de montage de l’usine  Tahkout Manufacturing Company de Tiaret. L’implantation de l’usine  Hyundai à Tiaret intervient après celles de Renault à Oran et peu avant celle de Volkswagen à Relizane, une autre ville du Nord Ouest du pays qui est en passe de devenir un pôle  de développement pour l’industrie automobile algérienne.

Une délégation du groupe Volkswagen a, en effet, signé en novembre 2016 un protocole d’accord  pour la réalisation d’une usine de fabrication de véhicules en Algérie. La première voiture sortira avant la fin du premier semestre 2017. La nouvelle usine nécessitera  un investissement de 170 millions d’euros. Elle aura une capacité de 10 000 unités par an dès le lancement de la production. Cette belle démarche qui semblait couronnée de succès avec une rapidité surprenante  connaît, cependant,  ses premiers couacs et soulève déjà quelques interrogations .

Avec Peugeot : les « discussions continuent »

 

L’Algérie n’est décidément pas un pays comme les autres. Dans n’importe quel pays du monde, même industrialisé, l’annonce par un constructeur comme Peugeot de son intention d’implanter  une usine de montage automobile serait accueillie comme une excellente nouvelle et un véritable tapis rouge serait déplié sous les pas de «la marque au Lion».

L’installation du constructeur français, devait faire l’objet de la signature d’un accord au mois d’Avril 2016, lors de la “réunion de haut niveau Algérie-France” qui n’a pas vraiment connu un franc succès. Elle a finalement été reportée pour des raisons inconnues.

Les choses n’ont pas beaucoup avancé depuis cette date. «Le projet ne sera réalisé que si Peugeot accepte nos conditions” déclarait  le  5 janvier dernier  Abdeslam Bouchouareb, à la chaîne de télévision Ennahar TV. Quelles conditions ? Le Ministre ne le dit pas. De nouveau interrogé sur le projet Peugeot  par la radio nationale au début de cette  semaine, M. Bouchouareb a eu cette réponse : « Les discussions continuent entre les différentes parties. Dès que les positions se rejoignent, nous l’annoncerons. Mais pour l’instant, on n’est pas encore dans ce cas ».

Pendant ce temps, le constructeur automobile français PSA répète à qui veut l’entendre qu’il « a accepté toutes les conditions posées par les autorités algériennes » Il  a lancé une offensive médiatique en Algérie pour tenter de faire avancer  son projet. Pas moins de 100 000 véhicules de quatre modèles (Pick-up, 208, 301 et Citroën C-Elysée) devraient sortir  à terme de l’usine qui doit employer  plus de 1000 personnes et  être installée également dans la région d’Oran. La production sera, dans une première étape, de 25.000 véhicules avant d’être portée  à 75.000 unités annuelles en 2020. Peugeot  annonce de surcroît qu’il ne ramènerait pas moins de 7 équipementiers internationaux dans ses bagages. Une vingtaine de sous-traitants locaux seraient également prévus.

On connait donc les propositions de Peugeot mais pas les « conditions » de l’Algérie que M.Bouchouareb ne juge pas utile de porter à la connaissance de l’opinion nationale. Pourquoi ces mystères ?

Qui connait la Tahkout manufacturing company ?

 

Une autre aspect  de la stratégie du ministère de l’industrie de M. Bouchouareb est en train de semer le doute sur les chances de succès du développement d’une  filière automobile dans notre pays. Tandis que le projet d’implantation d’une usine Peugeot est toujours en stand- by, celui de l’ « illustre »  Tahkout Manufacturing company est en revanche passé comme une lettre à la poste en un temps record et avec une rapidité qui a pris de court tous les observateurs. L’usine, installée à Tiaret, doit produire dans une première phase pas moins de 30.000 véhicules /an pour élever sa capacité à 100.000 unités par an en 5 ans. Ce projet, inscrit dans le cadre d’un partenariat entre ce groupe privé et le constructeur coréen Hyundai vise  un taux d’intégration atteignant les 40% dans les cinq années qui suivront la mise en production de l’usine.

Le ministère de l’industrie aurait-il des doutes sur la capacité de la Tahkout Manufacturing company à respecter ses engagements ? De mauvaises langues font, en outre, courir depuis quelques mois le bruit que l’usine de Tiaret aurait commencé à monter  des véhicules qui ont été interdits à l’importation et sont revenus en Algérie en pièces détachées.

Sur les ondes de la radio nationale, M. Bouchouareb a précisé dimanche dernier que le gouvernement s’opposera à tout projet qui n’est pas viable et qui ne donne pas de garantie à travers « un pacte technologique signé avec le constructeur pour réaliser un taux d’intégration minimum de 40% sur 5 ans ».

M. Bouchouareb a ajouté que « Hyundai vient de démarrer mais nous l’observons. Si on ne voit pas qu’il y a une amélioration dans le taux d’intégration, le contrat sera rompu. Selon le ministre de l’industrie, le principe sera le même pour tous les constructeurs « pour garder leur  part du marché, ils ont  intérêt à monter en cadence vers le niveau de 40% du taux d’intégration. Les facilités fiscales seront liées à l’amélioration du taux d’intégration ».

 

Sellal créé un « comité de veille des investissements ».

Le gouvernement, de son côté, aurait-il des doutes sur la qualité du pilotage de l’investissement réalisé  par le ministère de M.Bouchouareb ? Beaucoup de commentateurs ont au cours des dernières années évoqué des divergences, voire une rivalité, entre le premier ministre et le ministre de l’industrie. En tous cas, pas plus tard qu’hier lundi 13 mars,  Abdelmalek Sellal a installé  un «  Comité de veille chargé du suivi et du développement des investissements ». Ce Comité a, en particulier, pour mission « d’anticiper sur toutes les difficultés pouvant surgir et freiner la politique nationale d’investissement et d’être interactif pour proposer des actions et solutions de facilitation ». Il est présidé par le directeur de cabinet du Premier ministre, en personne et  composé  des secrétaires généraux des ministères de l’Intérieur, des Finances, de l’Industrie et des Mines, de l’Agriculture, ainsi que du ministère de l’Aménagement du territoire, du tourisme et de l’artisanat. On attend avec intérêt ses premières recommandations.

 

Hassan Haddouche