Une première liste électorale entièrement féminine à Chlef. L’idée est séduisante. Mais est-elle réellement révolutionnaire ? Non, loin s’en faut. La femme algérienne mérite toute sa place au parlement. Les Algériennes ont totalement le droit de revendiquer une représentation digne de ce nom au sein des instances les plus névralgiques de l’Etat. 

Cependant, c’est leur faire insulte que de les réduire à des faire-valoir dans cette campagne des législatives du 4 mai prochain. C’est, malheureusement, ce qui se passe depuis plusieurs semaines où des candidates sont utilisées pour des enjeux politiques entièrement étrangers à la condition féminine. La femme pour séduire les électeurs, la femme pour légitimer une élection souffrant d’un déficit de légitimité, la femme et son corps, la femme et son visage pour suscite la polémique, la controverse. Bref, la femme constitue bel et bien un éternel tremplin pour les rendez-vous politiques les plus impopulaires de notre pays.

Depuis le début de cette campagne électorale, les projecteurs de l’actualité ne sont nullement braqués sur les programmes des candidats, leurs idées, leurs visions de l’avenir de leurs régions, leurs villes ou leurs projets pour toute l’Algérie. Ce ne sont pas les solutions nécessaires à la crise financière qui alimentent le débat de ces élections. Ce n’est pas le chômage, les inégalités sociales ou le sous-développement de l’Algérie profonde qui préoccupent la presse, l’opinion publique ou les partis politiques.

Non, c’est encore et toujours la femme et sa féminité qui occupent les devants de la scène. Un jour, ce sont ces affiches électorales avec ces femmes voilées intégralement qui font parler d’elles. Un autre jour, ce sont ces partis qui se targuent d’avoir inscrit sur leurs listes un nombre important de femmes.  Dans les meetings, on fait venir ces femmes pour que leurs youyous chauffent le public. Dans les hammams, on charge des « rabatteuses » de remettre des bakchichs pour inciter les femmes au foyer d’aller voter en masse pour le FLN, le RND et les partis qui entretiennent le statu quo depuis près de 20 ans.

Oui, la femme compte dans cette campagne électorale. Oui, elle compte uniquement pour remplir les listes, les salles et les colonnes de la presse à scandale. Avec 145 femmes élues sur un total de 462 sièges lors des précédentes élections en 2012, les anciennes députées algériennes n’ont absolument rien fait pour améliorer les droits des femmes algériennes. Beaucoup d’entre-elles ont même milité contre l’adoption de certaines dispositions de  loi criminalisant les violences contre les femmes en 2015. Nous n’avons vu aucune de nos députées manifester à M’sila lorsque Razika Chérif a été lâchement assassinée par l’homme qui l’harcelait quotidiennement dans la rue.

Nous n’avons vu aucune de nos femmes députées soutenir les mères célibataires dans leur combat contre le mépris. En revanche, nos honorables femmes députées ont été régulièrement présentes pour lever la main sans apporter la moindre contradiction aux projets de lois du gouvernement. Elles ont été nombreuses à applaudir certaines dispositions scélérates de la Loi de Finances 2017. Avoir des femmes au parlement, c’est bien. Avoir des femmes conscientes et engagées dans la défense des droits de leurs sœurs, c’est encore mieux. Mais comme disait une certaine Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme : on le devient »…