Il y a des films qu’il ne faut absolument pas rater. « Paris la blanche » de Lidia Leber Terki en fait partie. Une histoire émouvante qui relate le périple de Rékia, une digne femme kabyle décidée à retrouver son mari, parti il y a plus de quarante ans en France. Sorti en France le 29 mars dernier, il sera projeté pour la première fois ce 6 juillet à la cinémathèque de Tizi-Ouzou et le 8 juillet à l’IFA (ex-CCF) d’Alger.

On les appelle les « Chibanis« , ces maghrébins venus s’installer en France dans les années 1970. Ils sont plus de 200 000. C’est le cas de beaucoup d’Algériens, en majorité originaires de Kabylie, qui ne rechignent jamais devant la tâche pour subvenir aux besoins quotidiens de leurs familles souvent restées au pays.

Paris la blanche, premier long métrage de Lidia Leber Terki, dresse un portrait bouleversant d’un homme et d’une femme séparés par l’exil. Sans nouvelle de son mari, Rékia décide de conjurer le sort et d’aller, elle-même, chercher Nour, son mari qui n’a plus donné signe de vie depuis des années. De la Kabylie à Paris, elle traverse maintes péripéties, de l’aube au couchant, errant parmi les ombres et les décombres tel un fantôme, le courage prenant le pas sur la peur bien qu’il aurait été plus facile de laisser tomber tellement c’était difficile. Elle surmonte les écueils et subodore les retrouvailles. Tout au long de son errance, elle découvre, émerveillée, la beauté de Paris, mais aussi, avec stupéfaction, la misère des familles des migrants.

Le hasard faisant bien les choses, elle rencontre Tara (Carole Rocher) et Steve (Sébastien Houbani) qui l’aident au moment où elle allait baisser les bras. Après plusieurs jours de recherches, ils parviennent à trouver l’homme « invisible ». Nour vit dans un foyer pour travailleurs immigrés. Rékia est heureuse. Elle affiche l’apaisement de quelqu’un qui a longtemps perdu espoir avant de s’apercevoir que le miracle existe. Mais son mari n’est plus le même. Juste l’ombre d’un homme déraciné qui tente de survivre dans un exil presque éternel. Leurs retrouvailles sont pudiques et silencieuses. Mais le silence n’est jamais muet. Leurs regards en disent long sur leur amour l’un pour l’autre. Ils se retrouvent de plus en plus à mesure de leurs échanges. Rékia lui témoigne son attachement avec pudeur et tente tant bien que mal de le convaincre de revenir au pays auprès de ses enfants. Mais Nour ne lui livrera qu’à demi-mots les réponses aux questions qu’elle se pose depuis toutes ces années.

Lidia Leber Terki a su aborder un sujet délicat avec justesse, finesse et acuité. « Cette histoire m’a été proposée et j’ai tout de suite accepté car je considère que c’est un devoir de mémoire que de parler de ces hommes et de ces femmes déchirés par l’exil« , nous confie la réalisatrice. Lors de sa sortie en France, Paris la blanche a été très bien accueilli par un public conquis et intarissable en applaudissements à chaque séance. Il a même été salué par la critique, le positionnant parmi les films à voir absolument. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il a été sélectionné pour participer à différents festivals, à l’instar de celui d’Austin aux États-Unis, Tallin en Estonie ou encore celui du premier film européen d’Angers, où il a été distingué du prix Jean-Claude Brialy.

Côté casting, là aussi, la réalisatrice franco-algérienne n’a pas failli. Tassadit Mandi, révélée par Samuel Ben Chetrit dans son film Asphalte, est tout simplement magnifique dans le rôle de Rékia. Sincère dans son jeu, elle a su donner au personnage qu’elle incarne une authenticité incroyable. Le jury du festival de Saint-Jean de Luz n’a pas résisté à sa bouleversante prestation. Elle y décroche le prix de l’interprétation. Zahir Bouzrar est tout aussi impressionnant. Sensible et subtile.

Même si le film sera projeté en Algérie, la réalisatrice ne cache pas sa déception. Elle aurait bien voulu que le film sorte simultanément en France et en Algérie. Mais faute d’un réseau de distribution digne de ce nom, il était impossible de le faire. « Mon souhait, c’est de pouvoir présenter le film à Béjaïa, ma ville natale. Ce sera une sorte d’hommage pour mon père« , nous confit-elle, et d’ajouter : « L’Algérie ne nous a pas aidés pour faire ce film et c’est vraiment dommage ! ». Pas étonnant lorsqu’on voit l’état du septième art dans notre pays et ce que sont devenues les salles….obscures.

Saïd Mandi