L’ambassadeur des Émirats Arabes Unis (EAU) à Washington, Yousef al-Otaïba, a déclaré, lors d’un récent passage sur un plateau de la chaîne américaine PBS, que l’Arabie saoudite, les EAU, la Jordanie, le Bahreïn et l’Égypte ambitionnent de faire évoluer leurs États vers un modèle «laïc plus stable». Le diplomate a affirmé que le Qatar est catégoriquement opposé à cette idée, d’où la brouille diplomatique en cours.  Est-on à la veille d’une révolution culturelle et politique au Moyen-Orient ?

L’ambassadeur des EAU à Washington, Yousef al-Otaiba, a provoqué la stupeur quand il avait révélé, il y a quelque jours, à un média américain, que la raison du conflit entre le Qatar d’un côté et l’Arabie saoudite et ses alliés de l’autre, était l’avenir politique du Moyen-Orient.

Selon le diplomate émirati, l’Arabie saoudite et ses alliés avaient proposé d’instaurer dans la région un modèle politique «laïc garantissant la stabilité à long terme». À en croire ses propos, «le Qatar est catégoriquement opposé à l’idée et refuse de se défaire de ses relations avec la République islamique d’Iran ainsi que des différentes organisations terroristes qu’il soutient».

M. al-Otaiba a expliqué que les cinq pays alliés souhaitent évoluer vers des modèles de société plus démocratiques pour s’extirper, peu à peu, de l’emprise de la religion sur ces États et ses effets néfastes sur la région.

«Si vous demandez aux Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, la Jordanie, l’Égypte et le Bahreïn quel type de Moyen-Orient veulent-ils voir dans dix ans, ils vous répondront qu’ils souhaitent qu’il soit  fondamentalement opposé au modèle que le Qatar veut imposer», a-t-il déclaré, ajoutant «nous aimerions avoir des gouvernements plus laïques, plus stables, plus prospères et plus forts».

La fin du pétrole impose une nouvelle vision

Au-delà de la surprise que peuvent inspirer ces propos, compte tenu de la nature des régimes monarchiques du Golfe, les propos du diplomate émirati sont néanmoins cohérents, si l’on prend en considération la nouvelle réalité économique née de l’effondrement du marché pétrolier. Selon toute vraisemblance, l’Arabie Saoudite et ses alliés veulent se tourner vers le tourisme comme principale ressource de ces pays. Pour cela, un changement radical de modèle social est indispensable. Mais pour cela, il faut se rompre avec les pesanteurs de la doctrine wahhabite afin de se défaire de l’image négative de pays archaïques et obscurantistes.

Ce qu’il faut noter, c’est que les autorités saoudiennes n’ont pas réagi aux propos du diplomate émirati laissant croire à une entente entre ces cinq pays. La seule réaction enregistrée est celle de Fahda Bint Saud bin Abdulaziz, la fille du défunt roi Saud bin Abdulaziz, qui a dénoncé «une conspiration contre l’Arabie saoudite et l’islam».

S’achemine-t-on vers la fin du wahhabisme comme doctrine politico-religieuse des monarchies du Golfe? Si c’est le cas, cela constituera une véritable révolution culturelle dans une région profondément imprégnée de cette idéologie.

Massi M.