L’Arabie Saoudite franchit un nouveau pas dans son entreprise de réforme sociale dans le cadre de son plan baptisé «Horizon 2030» qui vise à se défaire du wahhabisme. Cette fois, c’est une réforme de fond qui est enclenchée avec une révision des exégèses des textes coraniques et des hadiths. Le but est d’éliminer les interprétations incitant à l’extrémisme, à la violence et au terrorisme.     

Le roi d’Arabie saoudite est déterminé à joindre l’acte à la parole dans son entreprise de modernisation de son modèle social tant décrié. Après la présentation de son plan de modernisation ambitieux, visant à faire basculer son pays dans un certain niveau de laïcité, le monarque saoudien s’attaque à un problème de fond, celui des références religieuses et des interprétations rigoristes des textes coraniques et des hadiths par les tenants du wahhabisme, rapporte le site Internet de la chaîne Al Hurra.

Il s’agit d’une révision complète de l’interprétation de la tradition prophétique rapportée par les ulémas du royaume. Selon le roi Selman, les ulémas saoudiens ont, de tout temps, veillé à soumettre la pratique religieuse, dans un sens large, à une interprétation rigoriste des textes coraniques et des hadith qui s’est vite transformé en un extrémisme nourrissant, aujourd’hui, les violences commises au nom de l’islam.

Ainsi, le roi d’Arabie va prochainement créer un organisme chargé de «corriger» les dérives commises par les wahhabites dans le but de «restaurer un islam tolérant», en assainissant la religion de toutes les références à la violence ayant permis, ces dernières années, de justifier le terrorisme.

Dans sa nouvelle conception, le palais royal nourrit la conviction que le terrorisme ne peut être vaincu par les armes. Le défi est donc celui de démanteler sa doctrine en rendant caduque toutes les références religieuses émanant des figures de proue du wahhabisme.

Les dernières déclarations du ministre saoudien de l’Intérieur, Adel ben Ahmed al-Joubeir, vont d’ailleurs dans ce sens. Ce denier a justifié les multiples arrestations ayant touché les chouyoukhs du royaume par le fait qu’ils refusent de souscrire à ce plan de modernisation, réitérant leur attachement à cet obscurantisme qui leur confère une certaine notoriété, même au delà des frontières du royaume.

En tout cas, le roi Selman et son fils, le prince hérité Mohammed ben Salmane, âgé de 32 ans, semblent déterminés à en découdre avec ces mêmes wahhabites qui ont œuvré pour la pérennité de la monarchie depuis plusieurs décennies. Il semblerait que la chute du prix du baril ait changé les perspectives, dans la mesure où il est, aujourd’hui, nécessaire pour les Saoudiens de s’ouvrir sur le monde pour trouver des alternatives à la rente pétrolière.

Le prince hérité a d’ailleurs été très clair à ce propos mardi, en déclarant, dans le cadre d’un forum économique, qu’une Arabie saoudite “modérée et tolérante” en rupture avec l’ultraconservatisme doit irrémédiablement voir le jour dans les années à venir. «Nous n’allons pas passer 30 ans de plus de notre vie à nous accommoder d’idées extrémistes et nous allons les détruire maintenant», a-t-il martelé, suscitant les applaudissements des 2500 décideurs du monde entier présents lors de cette rencontre.

M.M.