Le « 1er Symposium international sur la place financière » a ouvert ses portes ce matin au Palais des expositions des Pins maritimes d’Alger .

Ancien ministre des finances, Abderrahmane Benkhalfa, qui est le principal organisateur de cette manifestation en esquisse les contours : «Il s’agit d’un évènement professionnel qui vise à diffuser et vulgariser la culture financière et bancaire, au moment où les différents intervenants de la place engagent des stratégies vigoureuses d’élargissement du périmètre de bancarisation de l’économie et d’inclusion des ressources financières disponibles».

L’objectif est de donner pendant 3 jours des «conférences accessibles au grand public et qui seront animées avec un langage simple, loin des rencontre professionnelles fermées d’ingénierie financière».

Les banques doivent faire preuve de plus d’agressivité commerciale

L’ancien ministre des finances entre 2015 et 2016 donnait ce matin le ton en dressant un tableau très clair des enjeux auxquels est confronté la place financière algérienne. Pour Benkhalfa « les infrastructures et les capacités installées sont suffisantes pour canaliser l’épargne mais sa captation reste insuffisante ».Il rappelle les chiffres communiqués récemment par la Banque d’Algérie qui évoque une épargne thésaurisée par les ménages algériens dont le montant serait compris entre 1500 et 2000 milliards de dinars.

« Il s’agit d’une épargne de précaution qui a tendance à s’orienter traditionnellement vers des placements en or voire en devise pour se protéger de l’inflation » indique A.Benkhalfa . Comment attirer cet argent dans les circuits bancaires ? « C’est aux banques d’aller vers les clients et pas le contraire. Elles doivent faire preuve de plus d’agressivité commerciale. Les taux d’intérêts ont un rôle à jouer .Les récentes instructions de la Banque d’Algérie vont dans le bon sens. Les contrôles se font en back -office et ne sont pas l’affaire du caissier ».

Le canal de la finance islamique « peut aussi permettre de capter beaucoup de ressources non bancarisées grâce à des produits à marge qui contourne l’interdiction des taux d’intérêt ».

« L’argent de l’informel vient du business ».

L’ancien ministre distingue soigneusement cette épargne thésaurisée de l’argent circulant dans l’informel qui n’est pas une « épargne oisive ». D’où vient l’argent de l’informel ?«il vient du business , des activités commerciales . Il n’est pas bancarisé en raison du poids de la fiscalité , des procédures , des problèmes de disponibilité des fonds » .
Pour réduire la taille de l’économie informelle, Benkhalfa assure qu’« il ne faut pas changer de stratégie et de réglementation tout le temps .Il faut poursuivre l’opération d’amnistie fiscale qui a rapporté des dizaines de milliards de dinars ».

Il s’agit de continuer à travailler aussi à la généralisation du chèque . « Ca marche déjà pour les transactions immobilières et les véhicules ». Pour vaincre les résistances l’ancien ministre estime que « les opérations facturées devraient être encouragées par un bonus fiscal alors qu’au contraire les transactions non facturées doivent être traquées ».

Vers un « déclic » pour le e-paiement

Pour l’avenir, les enjeux immédiats s’appellent aussi la digitalisation des activités bancaires et financières, l’architecture du système monétique algérien et les évolutions futures en matière de, e-paiement de e-commerce, ou de m-paiement .Abderrahmane Benkhalfa s’attends dans les prochaines années à un « déclic » comparable dans ce domaine à ce qui s’est passée au cours de la dernière décennie pour le téléphone mobile . « Il faut qu’on ait rapidement 50 000 TPE installés, y compris dans les supérettes et que tout le monde ait sa carte bancaire comme tout le monde a son portable ».Autant de sujets qui seront évoqués à partir de ce matin aux Pins Maritimes dans des conférences ouvertes librement au public.

Yazid Taleb

Abderrahmane Benkhalfa /« C’est aux banques d’aller vers les clients »
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