LONDON, ENGLAND - MARCH 07: Saudi Crown Prince Mohammed bin Salman arrives for a meeting with British Prime Minister Theresa May (not pictured) in number 10 Downing Street on March 7, 2018 in London, England. Saudi Crown Prince Mohammed bin Salman has made wide-ranging changes at home supporting a more liberal Islam. Whilst visiting the UK he will meet with several members of the Royal family and the Prime Minister. (Photo by Leon Neal/Getty Images)

Les autorités saoudiennes avaient annoncé, l’an dernier, la levée de l’interdiction des cinémas, en vigueur depuis les années 1970. C’est là un autre geste qui vient s’ajouter à la panoplie de mesures prises par Mohammed Ben Salman, le nouvel homme fort de Riyad, afin de moderniser une société minée par le wahhabisme. Ce n’est pas ce geste en soi qui suscite l’intérêt, mais la détermination d’un homme qui a fait en à peine quelques mois, ce qui n’a pas été fait en 40 ans.   

Un cinéma ouvrira le 18 avril prochain dans la capitale saoudienne Riyad. Cela fait 40 ans que les salles obscures ont été interdites dans le royaume wahhabite. L’événement est perçu comme une véritable révolution par la jeunesse saoudienne dont une partie n’a jamais mis les pieds dans une salle de cinéma.

Pour concrétiser ce projet, les Saoudiens ont bien sûr fait appel aux Américains. Un accord a été signé avec le groupe américain AMC. Cet accord prévoit également l’installation d’une quarantaine de salles de cinéma un peu partout dans les grandes villes saoudiennes, les cinq prochaines années. La petite révolution, c’est que ces salles seront mixtes. Chose impensable avant la venue de Mohammed Ben Salman.

Il faut reconnaître que l’énigmatique prince a fait bouger les lignes dans un pays ou le religieux prédomine tous les aspects de la vie. L’ouverture de salles obscures n’est qu’un geste parmi tant d’autres, à travers lesquels le prince héritier du trône d’Arabie, veut montrer au monde que son pays ambitionne de changer. Cela ne se résume pas à l’ouverture de salles de cinéma, à inviter des chanteurs à l’instar de Cheb Khaled ou encore d’autoriser les femmes saoudiennes à prendre le volant. Il ne s’agit pas de changements cosmétiques comme c’est souvent le cas. Mais il s’agit plutôt d’opérer une transformation  profonde dans la société saoudienne afin de la préparer à sortir du système rentier soutenu aveuglement par un discours religieux des plus obscurantistes afin de la propulser dans la modernité.

La crise économique que traverse le pays depuis 2014 à cause de la chute du prix du baril de pétrole a fini par contraindre le Palais-Royal à réviser sa copie. L’Arabie Saoudite a, sans doute, pris conscience de la fin d’une époque : celle des pétrodollars et de l’opulence. La prochaine étape sera marquée par une transition économique et une transformation sociale. l’objectif n’est autre que de permettre à la monarchie de s’adapter à la dynamique internationale afin d’y survivre.

Pour y parvenir, les autorités ont dessiné un plan baptisé « Vision 2030 ».  Ce dernier nécessite de passer d’un Etat hermétique à un Etat ouvert sur le monde.  Son objectif : permettre une diversification de l’économie. Il y a également une certaine volonté de se tourner vers le tourisme comme l’ont fait certains émirats de la région.

Il faut, cependant, reconnaître que Mohammed Ben Salman est déterminé à mener à bien ce vaste projet. Pour le mettre en pratique, il ne recule devant rien. Ceux qui tentent de lui mettre des bâtons dans les roues parmi les tenants du wahhabisme, le prince les neutralise en les jetant, carrément, en prison.

En quelques mois, l’Arabie saoudite a fait plus de réformes qu’en 40 ans en terme de reforme sociale.  L’ouverture de salle de cinéma en est un exemple. Dans les années 1970, le pays disposait de quelques salles obscures, mais elles ont toutes été fermées par les chefs religieux qui montaient à l’époque en puissance. Près d’un demi-siècle plus tard, un jeune prince âgé de 32 ans est venu pour défaire tout ce que le wahhabisme a construit par la manipulation des esprits et le lavage de cerveau. Le royaume cherche certainement son salut dans un monde en perpétuelle mutation. S’il réussit à vaincre l’obscurantisme, tout le monde musulman en bénéficiera par ricochet.

Il ordonne l’ouverture de salles obscures / Le magicien de la reforme sociale toujours à l’œuvre
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