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	<title>Zoubir Benhamouche</title>
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		<title>Algérie l’an II : l’ère d’une nouvelle aube, deuxième partie</title>
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		<pubDate>Thu, 06 Dec 2012 14:55:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Zoubir Benhamouche</dc:creator>
				<category><![CDATA[Algérie]]></category>
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		<description><![CDATA[Dans les rues de nombreuses capitales du monde, des panneaux publicitaires montrent des images idylliques d’une Algérie prospèrent et accueillante. Symbole du virage qu’a opéré le pays, des agences de banques algériennes ont ouvert dans plus plusieurs grandes villes d’Europe. Le CPA a ouvert sa première agence à Paris, dans le 8ème arrondissement. Mais, par [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr">Dans les rues de nombreuses capitales du monde, des panneaux publicitaires montrent des images idylliques d’une Algérie prospèrent et accueillante.</p>
<p dir="ltr">Symbole du virage qu’a opéré le pays, des agences de banques algériennes ont ouvert dans plus plusieurs grandes villes d’Europe. Le CPA a ouvert sa première agence à Paris, dans le 8ème arrondissement. Mais, par dessus tout, s’il fallait une seule preuve de la métamorphose algérienne, on choisirait les scènes de larmes de joie de mères venues accueillir leur fils, jadis « haragas », qui sont retournés chez eux.</p>
<p dir="ltr">Qu’est ce qui a bien pu provoquer cela alors que les obstacles à franchir paraissaient insurmontables ? La perspective de la fin des hydrocarbures ? Le désir de mieux vivre ensemble et de redevenir fiers de leur patrie ? L’envie frénétique de prouver au monde entier que l’Algérien n’était pas un individu médiocre vivant oisivement de son pétrole et de son gaz ? Tout ça réuni ?</p>
<p dir="ltr">Pour l’heure, il est difficile de savoir ce qui a exactement provoqué le déclic, plusieurs tentatives d’explication circulent. La plus convaincante est celle partant de quelques évènements marquants pour élaborer une théorie dite du « choc de l’engagement et du savoir ». Le premier est survenu il y a 6 ans, par une belle soirée d’été. Le stade du 5 juillet faisait salle comble. Tous les Algériens qui étaient là ce soir là témoignent aujourd’hui encore, la voix emplie d’émotion, de la magie qui y régnait. Le petit Khaled, âgé de 10 ans a pris le micro, intimidé au départ, mais après quelques secondes d’hésitation il s’est engagé dans un court discours sur l’importance du savoir pour l’épanouissement d’un peuple. Son discours enflamma la foule. Khaled, comme de nombreux autres Algériens et Algériennes, venait de recevoir des mains du Président un prix lié à ses performances à l’un des concours inter-wilayas que le ministère de l’éducation avait organisé cette année-là. Parmi les heureux, Amar et Samira étaient également récompensés pour leur médaille d’or aux Olympiades internationales de mathématiques. Après la cérémonie, le Président prononça l’un de ses deux discours qui resteront à jamais dans l’histoire de l’Algérie. Dans une longue tirade, il appela son peuple à ériger le savoir et le travail en valeurs suprêmes de la société algérienne. Il annonça que l’éducation était devenue une priorité nationale, pilier du développement de l’Algérie.</p>
<p dir="ltr">L’autre discours, d’à peine dix minutes, celui qui est certainement le plus marquant et qui provoqua un réel choc dans l’esprit de tous les Algériens, est celui qu’il prononça quelques semaines après son accession au pouvoir. Après avoir énoncé un ensemble d’objectifs chiffrés qu’il s’engageait à atteindre en 5 ans (en terme de taux de croissance hors hydrocarbures, d’éducation, de création d’entreprises et d’emplois, d’exportations hors hydrocarbures, de réduction de la corruption, de réduction de la pauvreté, de réformes de l’Etat etc.), il termina comme ceci son discours :</p>
<p dir="ltr">« Mes chers compatriotes, ces objectifs je ne pourrai pas les atteindre sans votre pleine coopération et sans votre aide. Si je ne parviens pas aux objectifs, très précis, que je viens de vous énumérer, je m’engage à quitter le pouvoir. Mes ministres vont également prendre des engagements intermédiaires précis, mesurables, devant vous, et devant le parlement. S’ils ne respectent pas leurs engagements, et si l’évaluation régulière de leur action ne donne pas satisfaction, je m’engage également à les relever de leurs fonctions. Mon seul objectif sera de combler vos attentes et construire notre avenir et, je m’y engage, les institutions seront au diapason du développement et de votre bien être ».</p>
<p dir="ltr">Ce discours allait marquer ce que l’on qualifie aujourd’hui de « an II » de l’Algérie. L’an I commença à la libération du pays de l’oppression du colonisateur. L’an II est celle de la véritable renaissance, la rupture avec la gouvernance par la domination et le mépris (celle que pratiquait le colon). Ce jour là, au stade du 5 juillet, le citoyen algérien venait de naître. Un discours, un seul, d’une durée de dix minutes a suffit à changer le visage de l’Algérie.</p>
<p dir="ltr">Cette histoire relève-t-elle tant que ça de la fiction ?</p>
<p dir="ltr">Je crois que tout est possible et la clé, la clé unique, réside en vérité dans ce passage du Coran :</p>
<p dir="ltr">« En vérité, Allah ne modifie point l’état d’un peuple, tant que les individus [qui le composent] ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes » (Sourate 13, Verset 11).</p>
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		<title>Algérie, l&#8217;an II, première partie</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Dec 2012 09:46:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Zoubir Benhamouche</dc:creator>
				<category><![CDATA[Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[Economie]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>

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		<description><![CDATA[Nous sommes très nombreux à avoir éprouvé une joie immense et une très grande fierté lorsque plusieurs hommes politiques et chefs d’entreprise algériens ont été invités à s’exprimer au dernier forum de Davos. Les Algériens étaient les stars de l’événement, tout le monde voulait approcher ces hommes et ces femmes qui avaient su transformer en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr">Nous sommes très nombreux à avoir éprouvé une joie immense et une très grande fierté lorsque plusieurs hommes politiques et chefs d’entreprise algériens ont été invités à s’exprimer au dernier forum de Davos. Les Algériens étaient les stars de l’événement, tout le monde voulait approcher ces hommes et ces femmes qui avaient su transformer en si peu de temps l’Algérie en lion de la Méditerranée.</p>
<p dir="ltr">L’expérience algérienne en matière de développement économique et social fait l’objet de nombreux articles dans la presse spécialisée, et certaines des universités les plus réputées dans le monde en on fait des cas d’étude. La prestigieuse Harvard Kennedy School of Government par exemple a créé un track spécial « Turning the ressource curse in a ressource boost » en prenant spécifiquement le cas de l’Algérie. L’exemple algérien ne peut pas réellement être qualifié de cas d’école, car l’Algérie n’a suivi aucune recette prédéfinie, aucun des nombreux modèles de développement qui s’avèrent très spécifiques aux pays qui les ont « inventés ». Les algériens ont réinventé leur société, ils ont su faire preuve d’une sérendipité surprenante.</p>
<p dir="ltr">Si l’Algérie suscite tant d’intérêt et de débats, c’est parce que personne, pas même les algériens eux mêmes, ne s’attendait à une telle inversion de trajectoire. Alors que tous les espoirs s’étaient transformés, au fil des années de déceptions, en un désespoir abyssal, un sursaut national a signifié l’aube d’une nouvelle ère.</p>
<p>En l’espace de 7 ans, l’Algérie a connu des transformations remarquables. Le bilan dont se targue le pays fait pâlir d’envie certains pays émergents qui apparaissaient comme les champions du développement. Le taux de croissance annuel a atteint 10% en l’espace de 5 ans. Le taux de chômage des jeunes  est tombé à moins de 12%, alors qu’il frisait les 30%. Les exportations hors hydrocarbures, qui représentaient 97% des exportations ont chuté à moins de 75% en 7 ans. Les IDE se bousculent aux portes du pays, leur montant ayant été multiplié par 5 en l’espace de 5 ans. La diaspora est rentrée massivement, apportant avec elle les compétences nécessaires et des capitaux qui ont pu être rapidement transformés en opportunités d’investissement.</p>
<p>Au delà de ces performances économiques, ce qui témoigne le plus du « renouveau algérien », tel qu’on le qualifie dans les médias nationaux mais aussi internationaux, c’est le sourire qui illumine enfin les visages naguères tristes des algériens, surtout des plus jeunes. C’est que l’Algérie est un pays où il fait de plus en plus bon vivre. La ville d’Alger par exemple, qui était classée parmi les villes où il fait le moins bon vivre dans le monde (derrière Bagdad !), est en train de se donner un nouveau visage. Partout on voit fleurir des petits restaurants pittoresques, des espaces verts, des espaces pour les artistes, des théâtres, des cinémas etc. La circulation est devenue moins problématique, notamment du fait de la décentralisation administrative. La rénovation de la Casbah est en voie d’être achevée, et déjà des touristes viennent du monde entier la visiter, se perdre dans ses ruelles et être transportés dans la riche histoire que murmurent les mûrs des maisons aux badauds envoûtés. Oui, aujourd’hui la peur et les préjugés ont quitté tous les esprits, on vient du monde entier, le pas léger, pour découvrir l’Algérie, sa culture, son patrimoine et son histoire. On a même vu des touristes reprendre l’avion les larmes aux yeux, se promettant de revenir bientôt…</p>
<p><strong>L’Algérie, l’an II : l’aube d’une nouvelle ère partie 2 à suivre…</strong></p>
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		<title>Aux fondements des idées tragiques que partagent les algériens</title>
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		<pubDate>Mon, 26 Nov 2012 22:51:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Zoubir Benhamouche</dc:creator>
				<category><![CDATA[Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>

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		<description><![CDATA[Récemment, Kamel Daoud publiait sur ce site un « petit bréviaire des idées les plus tragiques » que partagent les Algériens. Ces idées ne sont pas de simples anecdotes. Elles sont à prendre avec le plus grand sérieux, parce qu’elles reflètent certains traits culturels qui sont à l’origine du statut quo (apparent) dans lequel se retrouve piégé l’Algérien. Comme [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Récemment, Kamel Daoud publiait sur ce site un <a href="http://www.algerie-focus.com/blog/2012/09/30/petit-breviaire-des-idees-algeriennes-les-plus-tragiques-par-kamel-daoud/" target="_blank">« petit bréviaire des idées les plus tragiques » </a>que partagent les Algériens. Ces idées ne sont pas de simples anecdotes. Elles sont à prendre avec le plus grand sérieux, parce qu’elles reflètent certains traits culturels qui sont à l’origine du statut quo (apparent) dans lequel se retrouve piégé l’Algérien. Comme pour conjurer un mauvais sort<a title="" href="http://www.algerie-focus.com/blog/2012/11/26/aux-fondements-des-idees-tragiques-que-partagent-les-algeriens/#_ftn1"> [1]</a>, certains hommes politiques s’échinent à nous expliquer que c’est mal connaître l’Algérie, ou plutôt l’Algérien, que de penser que l’Algérie sera à son tour secouée par le « printemps arabe ». Au contraire, lorsqu’on comprend l’Algérien, on ne peut que souscrire à l’idée que le statut quo politique ne peut mener, tôt ou tard, qu’à une explosion sociale, tout au moins à des débordements sociaux dont l’issue demeure une inconnue. Je ne reviendrai pas sur les arguments que j’ai déjà exposés sur ce site, préférant me concentrer sur les raisons de cette apparente « spécificité algérienne ».</p>
<p>Sans sombrer dans le culturalisme, les problèmes de développement de l’Algérie sont intimement liés à certains traits culturels, illustrés par certaines des « idées reçues » décrites par Kamel Daoud. De façon générale, de nombreuses études et expériences ont montré le rôle prépondérant que joue la culture dans les performances d’une société en terme de développement économique et social. Par exemple, ce que l’on appelle « la distance de pouvoir »<a title="" href="http://www.algerie-focus.com/blog/2012/11/26/aux-fondements-des-idees-tragiques-que-partagent-les-algeriens/#_ftn2">[2]</a> et le collectivisme sont associés à un faible HDI (Indice de développement Humain), aux inégalités de revenu, au niveau de corruption socio-politique et à la compétitivité d’un pays.</p>
<p>Décrypter toutes les subtilités de cette relation est quelque peu difficile, et dépasse l’objet de cet article. J’aimerais orienter la discussion sur quelques dimensions caractéristiques de la culture algérienne qui constituent, à mon avis, à la fois une entrave au développement économique et à l’émergence d’un scénario de « changement » pacifique. Plutôt que d’avoir une discussion purement conceptuelle, je vais reprendre quelques uns des 10 points de K. Daoud pour tenter de montrer comment ils sont une « conséquence » de la combinaison de traits culturels plus généraux.</p>
<p>i.            La dimension tribale/clanique/hiérarchique : affirmer que la culture algérienne soit clanique, tribale, ne surprendra personne. Cela pose des problèmes pour l’émergence d’une confiance généralisée, cela limite les échanges économiques dans un contexte de faiblesses des institutions, notamment la justice. Cette dimension tribale se retrouve d’ailleurs dans la composition des institutions, ce qui est potentiellement un obstacle à la méritocratie au sein de l’Etat etc. La culture tribale favorise en outre la corruption. Il y aurait de nombreuses choses à dire sur l’impact de cette dimension sur les performances de notre pays dans un grand nombre de domaines. Ce qui est peut être moins évident c’est la dimension hiérarchique. Il suffit pourtant de constater la place qu’occupent le « patriarche », le « chef », le « Zaim », pour saisir cette composante de notre culture. En fait, si l’on parle de « distance au pouvoir », le score de cette dimension dans notre culture serait très faible. Il ne faut pas se méprendre, les Algériens se contenteraient volontiers d’un despotisme éclairé en matière de distribution du pouvoir. La rente a considérablement renforcé cette dimension, et elle se retrouve dans :</p>
<p>ii.            Le conservatisme (par opposition à l’autonomie intellectuelle notamment) : la société algérienne est conservatrice, c’est un fait. Le problème que pose le conservatisme, renforcé par la nature du régime politique, c’est le manque d’autonomie intellectuelle, la faible culture du débat contradictoire. Cela explique que les algériens ne soient pas capables de réinventer leur société, profiter des progrès qu’offrent les innovations à travers le monde sans les vivre comme un antagonisme à leur culture insurmontable. Pour le changement, cela s’avère un lourd handicape, d’autant que l’élite intellectuelle ne joue pas son rôle.</p>
<p>iii.            La domination (par opposition à l’harmonie) : symbole ultime des rapports de domination que les algériens entretiennent, la hogra. Cette domination ne se résume pas à la relation de l’Etat avec les algériens, on la retrouve à tous les niveaux, la règle étant que celui qui a du pouvoir peut dominer l’autre. Dans la majorité de ses actions, comportements, l’algérien ne recherche pas l’harmonie avec les autres, mais à trouver le moyen qui le fera passer au dessus des autres.</p>
<p>Ces dimensions culturelles à elles seules, sans comprendre comment elles structurent l’Etat (sa nature) et son rapport avec les Algériens (on ne peut pas encore parler de citoyens, le chemin est long pour faire émerger la citoyenneté en Algérie), ne sont pas suffisantes pour expliquer les « idées tragiques » que partagent une majorité d’Algériens. L’espace offert ici étant trop court, je vais prendre quelques raccourcis. Prenons donc quelques exemples pour illustrer<a title="" href="http://www.algerie-focus.com/blog/2012/11/26/aux-fondements-des-idees-tragiques-que-partagent-les-algeriens/#_ftn3">[3]</a> comment ces dimensions culturelles peuvent expliquer les 19 « idées tragiques » qui nous concernent<a title="" href="http://www.algerie-focus.com/blog/2012/11/26/aux-fondements-des-idees-tragiques-que-partagent-les-algeriens/#_ftn4">[4]</a>. L’idée 2 résume le comportement de rente qui domine à tous les niveaux de la société. Ce comportement de rente, et sa pérennité, ne peut être compris sans faire appel aux trois dimensions culturelles ci-dessus<a title="" href="http://www.algerie-focus.com/blog/2012/11/26/aux-fondements-des-idees-tragiques-que-partagent-les-algeriens/#_ftn5">[5]</a>. Les idées 1, 3, 9, ne peuvent pas être comprises sans l’idée 2. Elles sont issues d’une combinaison de la domination et de la dimension « clanique ». Le comportement de rente, l’absence de confiance généralisée, à la fois engendrée et renforcée par l’absence d’Etat de droit, sont à la source de la recherche de relations personnelles, de privilèges, au détriment de la revendication de droits<a title="" href="http://www.algerie-focus.com/blog/2012/11/26/aux-fondements-des-idees-tragiques-que-partagent-les-algeriens/#_ftn6">[6]</a>. La débrouillardise, c’est le contraire de l’effort structuré, collectif, qui demande des règles de comportement plus formelles. L’Algérie s’arrête au pas de ma porte, parce que la confiance que j’accorde à l’autre dépend de son appartenance ou non à mon clan. Le lecteur pourra s’amuser à regarder les autres idées sous le prisme de ces dimensions culturelles et peut être se convaincra-t-il que le changement dont l’Algérie a besoin dépasse de loin le simple cadre d’un changement de régime.</p>
<div></div>
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		<title>Où va l&#8217;Algérie, troisième partie : comment changer ?</title>
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		<pubDate>Sun, 30 Sep 2012 20:55:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Zoubir Benhamouche</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans la deuxième partie, publiée le 13 septembre 2012 sur le site Algérie Focus, j’exposais les éléments constitutifs du changement, et plus précisément ce qu’il est nécessaire de changer. Dans cette troisième partie et avant dernière partie, je présente un chemin possible pour réaliser les « mutations » nécessaires à l’intérieur de notre société. Pour changer, il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans la deuxième partie, publiée le 13 septembre 2012 sur le site Algérie Focus, j’exposais les éléments constitutifs du changement, et plus précisément ce qu’il est nécessaire de changer. Dans cette troisième partie et avant dernière partie, je présente un chemin possible pour réaliser les « mutations » nécessaires à l’intérieur de notre société.</p>
<p>Pour changer, il faut être conscient que quelque chose ne va pas, et définir ainsi précisément ce qui doit changer. Autrement dit, il faut être conscients du point d’où nous partons. Cela ne suffit pas pour autant, car il faut également savoir vers quoi nous voulons tendre. Lorsqu’on observe l’expérience, encore très récente, de nos voisins, on prend toute la mesure de la nécessité, mais également de la difficulté, de répondre à la question du but du changement, du projet collectif.</p>
<p>Je n’aurai pas la prétention de vouloir répondre à cette question ici, et ma démarche consiste à proposer une approche par étapes.</p>
<p>Nous devons d’abord nous entendre sur un certain nombre d’objectifs sur lesquelles le débat ne peut être que « technique », c’est à dire qui ne sont pas sujets à de fortes oppositions idéologiques. Le domaine économique et social est celui qui me paraît répondre le mieux à cette contrainte. Personne, ou presque, ne sera contre le fait d’avoir moins de chômage, de pouvoir se soigner dans de meilleures conditions à un coût raisonnable, de pouvoir se loger, de pouvoir donner une éducation de bonne qualité à ses enfants etc. Bien sûr, il y aura toujours la question du rôle de l’Etat dans le processus de développement. Pour peu que nous ne soyons pas trop obtus, même dans ce domaine on sait quelles sont les erreurs à ne pas commettre. Ainsi, pour réaliser ces objectifs, l’arbitrage sera certainement davantage « technique » que idéologique.</p>
<p>La question du projet de société est évidemment crucial, mais force est de constater que les conditions d’un débat apaisé ne sont pas encore réunies.</p>
<p>Le pari que l’on peut faire, et auquel je crois, est que la réalisation d’objectifs sociaux économiques peut nous permettre de développer les conditions d’un dialogue serein pour nous atteler aux choix de société susceptibles de faire l’objet d’âpres débats idéologiques. La raison principale est que, comme je l’ai souvent argumenté, le développement économique de l’Algérie est conditionné à la restauration de certaines valeurs, et notamment de la confiance sociale. Sans restauration de ces valeurs, nous risquons de nous enliser dans des débats idéologiques mal conçus et qui cristalliseront l’attention sur des sujets en réalité de second ordre.</p>
<p>Les politiques savent très bien exploiter les sujets « idéologiques » pour éloigner l’attention de l’opinion publique de questions essentielles auxquelles ils n’ont pas de réponse à apporter[1]. Sans doute faudra-t-il consacrer une autre série d’articles à ces sujets, mais pour l’heure l’urgence est ailleurs.</p>
<p>Comment changer ce qui aujourd’hui nous empêche d’améliorer nos conditions de vie, mais également de mieux vivre ensemble ?</p>
<p>Dans la dernière partie, je présenterai deux scénarios de changement que j’estime souhaitables. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas d’autres scénarios possibles, mais simplement que parmi les trajectoires encore envisageables, en excluant celle du statut quo qui mènera à un changement par la violence, deux retiennent mon attention.</p>
<p>Chacun de ces deux scénarios suppose une refondation de la société civile comme condition nécessaire à sa réussite. C’est pour cette raison que je commence par les instruments de cette refondation.<strong> </strong></p>
<p><strong>Associons nous et prônons les bons comportements</strong></p>
<p>La construction du capital social[2] qui nous fait tant défaut, à la base de la refondation de la société civile, suppose de restaurer la confiance dite « généralisée ». La restauration de la confiance suppose que nous agissions en individus dignes de confiance. Pour cela, soit la confiance fait partie de nos valeurs, supportée par une norme sociale, soit les institutions « formelles » nous contraignent (l’institution « Justice » par exemple) à être dignes de confiance. Bien sûr, les deux conditions ne sont pas exclusives, et bien au contraire, elles agissent l’une sur l’autre. Je m’intéresse ici à la première condition, l’émergence d’une norme sociale supportant la confiance.</p>
<p>Il y a nécessairement une dimension individuelle inévitable. Nous devons, à notre échelle nous comporter honnêtement, être fiable. Nous devons faire preuve de tolérance, de respect, de solidarité avec nos compatriotes, que ce soit dans notre vie privée, sur notre lieu de travail ou dans les lieux publics. Le comportement « civique » est ainsi une dimension clé. Cela suppose de changer notre façon de voir le monde, et notamment nos relations avec les autres.</p>
<p>Cependant, il est très difficile de changer nos comportements et nos croyances à une échelle individuelle si nous ne sommes pas persuadés que les autres en feront de même. Il faut donc créer ce que l’on appelle des « instruments » de coordination, pour inciter chacun, à son échelle, à changer.</p>
<p>Comment ? Tout d’abord en nous regroupant dans des associations, même informelles (puisque l’Etat a eu le mauvais goût de rendre plus difficile la création d’associations) et de petite taille. Pour créer des liens de confiance, il n’y a rien de mieux que le fait de se constituer en groupe pour faire avancer des sujets qui nous tiennent à cœur, partager des loisirs, des passions, ou simplement échanger et apprendre ainsi à mieux nous connaître et apprendre à mieux vivre ensemble[3]. C’est une dimension capitale de la construction du capital social, et c’est pour cette raison que le régime veille tant à restreindre la liberté d’association[4]. Il faut multiplier le nombre d’associations à l’infini.</p>
<p>Le deuxième instrument, non moins important, est constitué des mosquées. Il n’y a sans doute pas de meilleur endroit pour prôner les bons comportements, et je crois qu’il y va du devoir de tout imam d’utiliser la tribune qui lui est offerte pour prôner les comportements qui sont d’ailleurs ceux que le Prophète (PBSL) a donné en exemple et que l’Islam valorise. Le travail et l’effort, l’honnêteté, le respect, la solidarité, la bienveillance, la méritocratie, le respect de ses engagements, l’éducation, le savoir, voilà autant de valeurs que les imams doivent prôner dans leurs prêches[5]. L’Islam ce n’est pas une série d’interdits, c’est avant tout une éthique, une spiritualité. Nous avons trop tendance à nous focaliser sur les dogmes, en oubliant qu’être musulman c’est avant tout avoir des devoirs, des responsabilités, et partager des valeurs.</p>
<p>Enfin, il faut dénoncer les mauvais comportements, les stigmatiser, au lieu de les subir, de les accepter, ou même de les adopter, faute de pouvoir les changer. Je reviendrai sur ce sujet dans la suite, mais ceci peut particulièrement s’appliquer aux comportements des fonctionnaires et autres représentants de l’autorité publique.</p>
<p><strong>Modifions nos comportements envers les institutions</strong></p>
<p>Au delà de créer des liens, de favoriser une proximité entre les citoyens, l’un des objets de « l’association » est de contribuer à l’émergence d’un sens de l’intérêt commun. Il s’agit de faire en sorte que les citoyens puissent se rendre compte qu’ils peuvent s’unir pour défendre leurs droits et faire avancer l’intérêt général (à comprendre au sens d’intérêt de plusieurs individus). Je pense notamment à la pléiade d’associations de consommateurs, d’usagers, professionnels etc., qui existent dans les pays industrialisés. Pour être précis, je crois que pour atteindre l’objectif capital d’avoir des institutions qui rendent compte de leurs actes devant le citoyen[6], il faut que celui-ci existe enfin. J’entends par là qu’il doit émerger une véritable citoyenneté dans notre pays. L’algérien doit prendre conscience de ce que « citoyen » signifie, des responsabilités et des devoirs qui lui incombent. L’algérien subit les lois et les règles de la cité, le citoyen algérien contribue à leur définition. En particulier, il agit sur les institutions pour influencer leur comportement et les rendre responsables de leurs actions devant la « communauté des citoyens algériens ». Comment le faire autrement qu’en brûlant des pneus et en fermant des routes[7] ?</p>
<p>Encore une fois en se constituant en associations de différentes natures (de chômeurs, d’étudiants, de parents d’élèves, d’usagers du secteur public, de consommateurs, de petits commerçants, de travailleurs, etc.) qui : identifient les problèmes, recensent les dysfonctionnements et abus des institutions à tous les niveaux (du niveau local au niveau national) et les dénoncent publiquement (presse sur Internet, réseaux sociaux, en créant des sites Internet dédiés à ça, sur le modèle de netkallim.com par exemple, etc.), proposent des solutions et interpellent les pouvoirs publics pour les mettre en œuvre etc.[8] La dénonciation des comportements abusifs de l’administration et de la corruption, même à petite échelle, est une nécessité si l’on veut enfin responsabiliser les institutions. Il faut que l’intérêt et les droits de chacun deviennent ceux de tous. Il faut penser et agir comme « un ». La fin de l’arbitraire de l’administration, de la hogra,  ne viendra que du regroupement en associations, informelles s’il le faut, qui défendront les intérêts des citoyens face à l’arbitraire des institutions.</p>
<p>Je suis alors persuadé que les idées foisonneront, que la société civile se ranimera et que nous pourrons, dans la sérénité, faire bouger les lignes autour des institutions. Il faut voir le fonctionnaire comme ce qu’il doit être, un serviteur de la collectivité. Même si la fiscalité hors hydrocarbures ne constitue pas l’essentiel des ressources de l’Etat, ces fonctionnaires sont payés par la rente, et cette rente est propriété du peuple algérien.</p>
<p>Ceci est un prérequis, pour tout changement positif. En fait, c’est même la seule issue pour toutes les composantes de l’Algérie, que ce soit le pouvoir ou le peuple. Quand je parle du pouvoir, il s’agit de ses composantes les moins « obtuses », celles qui ne sont pas dans une logique de perpétuation du régime, sans toucher à aucun de ses fondements, à n’importe quel prix. Je parle également de celles qui ne sont pas dans le mépris total du peuple, au point de le croire incapable de se prendre en main. Enfin, il s’agit de ceux qui ont compris que tôt ou tard l’histoire de l’Algérien reprendra le cours dont on l’a déviée et que, in fine, le peuple ne pourra que triompher et reconquérir sa souveraineté. C’est du moins ce que l’histoire des peuples nous enseigne.</p>
<p>Le risque, si on ne s’attèle pas à refonder la société civile, est que la dynamique décrite dans la première partie de cette série d’articles, continue son cours.</p>
<p>Quels scénarios positifs de changement la refondation de la société civile peut-elle supporter ?</p>
<p>Ce sera l’objet de la quatrième et dernière partie sui sera publiée dans les prochains jours.</p>
<p>A suivre</p>
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<p>[1] En ce sens, Ennahda en Tunisie ou les Frères Musulmans en Egypte, ne pourront pas indéfiniment éviter les questions sujets socio-économiques qui préoccupent le plus les citoyens.</p>
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<p>[2] On comprend très mal l’individualisme que l’on prête à la société américaine. C’est le pays au monde qui compte le plus d’associations par habitant.</p>
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<p>[3] J’ai été absolument ravi lorsqu’il y a quelques mois j’ai appris que les habitants de la cité Malki à Alger ce sont constitués en association pour mieux gérer la vie de leur immeuble. Ils se sont par exemple entendus pour gérer collectivement le problème des déchets etc.</p>
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<p>[4] Robert Putnam attribue la réduction du capital social au Etats Unis au recul de l’activité associative (qui a par exemple été mise à mal par la télévision).</p>
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<p>[5] L’Islam ne manque pas d’histoires, de hadiths et de récits en tout genre pour remplir les prêches durant plusieurs mois au minimum.</p>
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<p>[6] C’est un thème central dans le travail de l’initiative NABNI sur la gouvernance.</p>
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<p>[7] C’est une question qui m’a été posé en Algérie lors d’une conférence.</p>
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<p>[8] L’Etat vient d’annoncer la création d’un observatoire du climat social, avec notamment pour but d’identifier les zones de tension entre l’administration et les usagers. Quand on sait l’inutilité de l’autorité en charge de la lutte contre la corruption, on est en droit de douter de l’efficacité d’un tel observatoire, surtout s’il n’est pas indépendant des institutions et qu’il n’implique pas la société civile.</p>
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		<title>Un observatoire des relations entre les pouvoirs publics et les citoyens ?</title>
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		<pubDate>Sat, 22 Sep 2012 14:38:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>La rédaction</dc:creator>
				<category><![CDATA[Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>

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		<description><![CDATA[Gouvernement Sellal / DR Par Zoubir Benhamouche, économiste Le gouvernement a indiqué vouloir mettre en place un observatoire qui aurait pour but d’identifier les points d’achoppement entre les institutions et les citoyens. Cette intention est louable, à plus d’un titre. Elle témoigne d’abord que l’Etat a certainement pris conscience du fait que les tensions sociales [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="mceTemp">
<dl id="attachment_43542" class="wp-caption " style="width: 640px;">
<dt><a href="http://www.algerie-focus.com/wp-content/uploads/2012/09/gouv-Sellal.jpeg"><img title="gouv-Sellal" src="http://www.algerie-focus.com/wp-content/uploads/2012/09/gouv-Sellal.jpeg" alt="" width="630" height="330" /></a></dt>
<dd>Gouvernement Sellal / DR</dd>
</dl>
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<p><strong><em>Par Zoubir Benhamouche, économiste</em></strong></p>
<p>Le gouvernement a indiqué vouloir mettre en place un observatoire qui aurait pour but d’identifier les points d’achoppement entre les institutions et les citoyens. Cette intention est louable, à plus d’un titre. Elle témoigne d’abord que l’Etat a certainement pris conscience du fait que les tensions sociales que vit le pays depuis quelques années ne sont pas uniquement dues à des problèmes macroéconomiques (chômage, inflation etc.)[1]. L’Etat semble avoir entendu les appels de certains acteurs de la société civile qui ont tiré la sonnette d’alarme sur le manque de redevabilité des institutions envers le citoyen[2].</p>
<p>Enfin, la mise en place d’un observatoire traduit une volonté, du moins affichée, de vouloir comprendre l’origine du mal qui ronge les relations entre les algériens et les pouvoirs publics. Certains seraient tentés d’ironiser sur le fait qu’un tel observatoire aura sans doute autant de succès que l’autorité de lutte contre la corruption qui a été installée il y a quelques années. D’autres pourraient argumenter, à juste titre, qu’il n’y a nullement besoin d’un observatoire pour établir un constat sur les dysfonctionnements majeurs de nos institutions.</p>
<p>Ainsi, au premier abord, cela peut paraître comme de la poudre aux yeux et une pure hypocrisie.</p>
<p>Cependant, accordons au gouvernement le bénéfice du doute et profitons de cette annonce pour donner notre avis, de citoyens[3]. Après tout, s’il souhaite améliorer les relations entre les pouvoirs publics et les citoyens, il doit commencer par écouter ce qu’ils ont à lui dire.</p>
<p>En réalité, la véritable question réside d’une part dans les objectifs et la forme que prendra cet observatoire, d’autre part dans les actions et réformes éventuelles qui seront issues du diagnostic qui sera établi par l’observatoire.</p>
<p>Commençons par les objectifs. Un tel observatoire doit permettre d’identifier très précisément et de quantifier les problèmes que rencontrent les citoyens face aux pouvoirs publics. Il est nécessaire que toutes les dimensions de la relation entre institutions et citoyens soient couvertes et éviter que l’accent soit uniquement mis sur la bureaucratie par exemple. Le non respect des règles formelles, l’arbitraire de la part des fonctionnaires et autres agents de l’administration, et par voie de conséquence la corruption et le trafic d’influence sont par exemple des dimensions que l’observatoire doit couvrir. Si l’on voulait être ambitieux, il faudrait interroger les citoyens sur la gouvernance de l’Etat, sujet hautement délicat certes, mais o combien important si l’on souhaite avoir une action efficace et pérenne sur le fonctionnement des institutions publiques.</p>
<p>Par ailleurs, l’évaluation quantitative de la qualité des services publics, et de la perception  des citoyens du service rendu est une nécessité. L’observatoire doit être en mesure d’établir des baromètres fins mesurant la qualité des relations entre les pouvoirs publics et les citoyens. Ces baromètres doivent être actualisés à une fréquemment suffisante pour permettre de suivre l’évolution de ces relations et mesurer l’efficacité des politiques publiques qui seront menées dans le but de les améliorer. Cela suppose notamment de doter l’observatoire du pouvoir de collecter des données auprès des institutions.</p>
<p>Par ailleurs, le gouvernement, pour être crédible a minima dans sa démarche, doit clairement annoncer les institutions et les domaines couverts par l’observatoire. Il devra également définir et rendre publics les outils de pilotage de la qualité des services publics qui devront être construits et mis à la disposition des institutions.</p>
<p>Abordons à présent le sujet de la forme que doit prendre cet observatoire ainsi que sa gouvernance.</p>
<p>Il est tout d’abord capital que l’observatoire soit indépendant de toute institution publique (au risque de mettre en cause la crédibilité de ses analyses). Il est également important que l’observatoire puisse disposer de ramifications locales, au niveau des Wilayas dans un premier temps, puis des Daïras, pour couvrir à terme les mairies.</p>
<p>Il doit être doté de moyens suffisants pour mener des analyses sur tout le territoire et couvrir l’ensemble des institutions et administrations de l’Etat. Il doit être doté d’un conseil scientifique, composé d’universitaires et professionnels de la gouvernance publique notamment, mais également d’experts du fonctionnement de toutes les institutions couvertes. Un conseil de surveillance, regroupant des représentants d’associations de la société civile (associations d’usagers, professionnelles etc.) et membres de la société civile, aura pour rôle de veiller au bon fonctionnement de l’observatoire et au respect de son programme de travail. Ce programme doit être soumis à une discussion publique, via une consultation sur son site web mais également dans les autres médias.</p>
<p>Les travaux de l’observatoire doivent être rendus publics (données, méthodologie, experts mobilisés, résultats etc.).</p>
<p>Nous serions tentés de proposer que les rapports de l’observatoire soient présentés et discutés devant le parlement, mais ce dernier n’ayant aucun pouvoir, pour l’heure la démarche n’aurait qu’un caractère symbolique. En tout état de cause, le rapport de l’observatoire qui sera remis au Premier Ministre et au Chef de l’Etat doit s’accompagner d’une discussion en conseil des ministres et conseil du Gouvernement[4]. Les ministres devront être sensibilisés (voire évalués) aux résultats de l’observatoire eu égard aux institutions sous la tutelle de leur ministère.</p>
<p>Enfin, les travaux de l’observatoire doivent s’accompagner d’une proposition de plan d’action pour corriger les défaillances détectées.</p>
<p>Cependant, qui dit observatoire, dit absence de capacité d’action. Autrement dit, si les travaux de l’observatoire ne s’inscrivent pas dans un programme global d’amélioration du fonctionnement des institutions, il est fort à parier que la mise en place de l’observatoire aura un effet inverse de celui escompté. En effet, s’il parvient à fonctionner correctement et à rendre des conclusions traduisant la réalité que vivent les citoyens, mais qu’aucune action corrective ambitieuse n’est menée, le citoyen algérien sera davantage conforté dans sa conviction que les institutions poursuivent des intérêts contraires aux siens.</p>
<p>Ainsi, au delà d’un fonctionnement efficace de l’observatoire, se pose la question de l’application des recommandations qui en émaneront. Qui aura les prérogatives et le pouvoir d’apporter des solutions aux problèmes identifiés ?</p>
<p>C’est une question cruciale et qui montre que la crédibilité et l’efficacité d’un tel observatoire ne peuvent être assurées que s’il s’inscrit dans une stratégie de réforme de la gouvernance publique pour faire notamment en sorte que les institutions de l’Etat, et l’Etat lui-même, deviennent redevables devant le citoyen algérien. A défaut, le fossé qui sépare les pouvoirs publics et la société continuera à se creuser, dangereusement.</p>
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<p>[1] Même si ces problèmes macroéconomiques sont eux mêmes le fruit d’un problème institutionnel</p>
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<p>[2] Je pense notamment à l’initiative NABNI (www.nabni.org)</p>
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<p>[3] J’invite d’ailleurs les as du web à construire un site Internet du type <a href="http://www.morsimeter.com">http://www.morsimeter.com</a> afin de suivre les actions du nouveau gouvernement.</p>
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<p>[4] Il paraît normal de présenter à l’ensemble des ministres les résultats concernant les institutions dont ils ont a tutelle.</p>
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		<title>Un observatoire des relations entre les pouvoirs publics et les citoyens ?</title>
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		<pubDate>Sat, 22 Sep 2012 14:23:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Zoubir Benhamouche</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Le gouvernement a indiqué vouloir mettre en place un observatoire qui aurait pour but d’identifier les points d’achoppement entre les institutions et les citoyens. Cette intention est louable, à plus d’un titre. Elle témoigne d’abord que l’Etat a certainement pris conscience du fait que les tensions sociales que vit le pays depuis quelques années ne [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le gouvernement a indiqué vouloir mettre en place un observatoire qui aurait pour but d’identifier les points d’achoppement entre les institutions et les citoyens. Cette intention est louable, à plus d’un titre. Elle témoigne d’abord que l’Etat a certainement pris conscience du fait que les tensions sociales que vit le pays depuis quelques années ne sont pas uniquement dues à des problèmes macroéconomiques (chômage, inflation etc.)<a title="" href="#_ftn1">[1]</a>. L’Etat semble avoir entendu les appels de certains acteurs de la société civile qui ont tiré la sonnette d’alarme sur le manque de redevabilité des institutions envers le citoyen<a title="" href="#_ftn2">[2]</a>.</p>
<p>Enfin, la mise en place d’un observatoire traduit une volonté, du moins affichée, de vouloir comprendre l’origine du mal qui ronge les relations entre les algériens et les pouvoirs publics. Certains seraient tentés d’ironiser sur le fait qu’un tel observatoire aura sans doute autant de succès que l’autorité de lutte contre la corruption qui a été installée il y a quelques années. D’autres pourraient argumenter, à juste titre, qu’il n’y a nullement besoin d’un observatoire pour établir un constat sur les dysfonctionnements majeurs de nos institutions.</p>
<p>Ainsi, au premier abord, cela peut paraître comme de la poudre aux yeux et une pure hypocrisie.</p>
<p>Cependant, accordons au gouvernement le bénéfice du doute et profitons de cette annonce pour donner notre avis, de citoyens<a title="" href="#_ftn3">[3]</a>. Après tout, s’il souhaite améliorer les relations entre les pouvoirs publics et les citoyens, il doit commencer par écouter ce qu’ils ont à lui dire.</p>
<p>En réalité, la véritable question réside d’une part dans les objectifs et la forme que prendra cet observatoire, d’autre part dans les actions et réformes éventuelles qui seront issues du diagnostic qui sera établi par l’observatoire.</p>
<p>Commençons par les objectifs. Un tel observatoire doit permettre d’identifier très précisément et de quantifier les problèmes que rencontrent les citoyens face aux pouvoirs publics. Il est nécessaire que toutes les dimensions de la relation entre institutions et citoyens soient couvertes et éviter que l’accent soit uniquement mis sur la bureaucratie par exemple. Le non respect des règles formelles, l’arbitraire de la part des fonctionnaires et autres agents de l’administration, et par voie de conséquence la corruption et le trafic d’influence sont par exemple des dimensions que l’observatoire doit couvrir. Si l’on voulait être ambitieux, il faudrait interroger les citoyens sur la gouvernance de l’Etat, sujet hautement délicat certes, mais o combien important si l’on souhaite avoir une action efficace et pérenne sur le fonctionnement des institutions publiques.</p>
<p>Par ailleurs, l’évaluation quantitative de la qualité des services publics, et de la perception  des citoyens du service rendu est une nécessité. L’observatoire doit être en mesure d’établir des baromètres fins mesurant la qualité des relations entre les pouvoirs publics et les citoyens. Ces baromètres doivent être actualisés à une fréquemment suffisante pour permettre de suivre l’évolution de ces relations et mesurer l’efficacité des politiques publiques qui seront menées dans le but de les améliorer. Cela suppose notamment de doter l’observatoire du pouvoir de collecter des données auprès des institutions.</p>
<p>Par ailleurs, le gouvernement, pour être crédible a minima dans sa démarche, doit clairement annoncer les institutions et les domaines couverts par l’observatoire. Il devra également définir et rendre publics les outils de pilotage de la qualité des services publics qui devront être construits et mis à la disposition des institutions.</p>
<p>Abordons à présent le sujet de la forme que doit prendre cet observatoire ainsi que sa gouvernance.</p>
<p>Il est tout d’abord capital que l’observatoire soit indépendant de toute institution publique (au risque de mettre en cause la crédibilité de ses analyses). Il est également important que l’observatoire puisse disposer de ramifications locales, au niveau des Wilayas dans un premier temps, puis des Daïras, pour couvrir à terme les mairies.</p>
<p>Il doit être doté de moyens suffisants pour mener des analyses sur tout le territoire et couvrir l’ensemble des institutions et administrations de l’Etat. Il doit être doté d’un conseil scientifique, composé d’universitaires et professionnels de la gouvernance publique notamment, mais également d’experts du fonctionnement de toutes les institutions couvertes. Un conseil de surveillance, regroupant des représentants d’associations de la société civile (associations d’usagers, professionnelles etc.) et membres de la société civile, aura pour rôle de veiller au bon fonctionnement de l’observatoire et au respect de son programme de travail. Ce programme doit être soumis à une discussion publique, via une consultation sur son site web mais également dans les autres médias. Les travaux de l’observatoire doivent être rendus publics (données, méthodologie, experts mobilisés, résultats etc.).</p>
<p>Nous serions tentés de proposer que les rapports de l’observatoire soient présentés et discutés devant le parlement, mais ce dernier n’ayant aucun pouvoir, pour l’heure la démarche n’aurait qu’un caractère symbolique. En tout état de cause, le rapport de l’observatoire qui sera remis au Premier Ministre et au Chef de l’Etat doit s’accompagner d’une discussion en conseil des ministres et conseil du Gouvernement<a title="" href="#_ftn4">[4]</a>. Les ministres devront être sensibilisés (voire évalués) aux résultats de l’observatoire eu égard aux institutions sous la tutelle de leur ministère. Enfin, les travaux de l’observatoire doivent s’accompagner d’une proposition de plan d’action pour corriger les défaillances détectées.</p>
<p>Cependant, qui dit observatoire, dit absence de capacité d’action. Autrement dit, si les travaux de l’observatoire ne s’inscrivent pas dans un programme global d’amélioration du fonctionnement des institutions, il est fort à parier que la mise en place de l’observatoire aura un effet inverse de celui escompté. En effet, s’il parvient à fonctionner correctement et à rendre des conclusions traduisant la réalité que vivent les citoyens, mais qu’aucune action corrective ambitieuse n’est menée, le citoyen algérien sera davantage conforté dans sa conviction que les institutions poursuivent des intérêts contraires aux siens.</p>
<p>Ainsi, au delà d’un fonctionnement efficace de l’observatoire, se pose la question de l’application des recommandations qui en émaneront. Qui aura les prérogatives et le pouvoir d’apporter des solutions aux problèmes identifiés ?</p>
<p>C’est une question cruciale et qui montre que la crédibilité et l’efficacité d’un tel observatoire ne peuvent être assurées que s’il s’inscrit dans une stratégie de réforme de la gouvernance publique pour faire notamment en sorte que les institutions de l’Etat, et l’Etat lui-même, deviennent redevables devant le citoyen algérien. A défaut, le fossé qui sépare les pouvoirs publics et la société continuera à se creuser, dangereusement.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref1">[1]</a> Même si ces problèmes macroéconomiques sont eux mêmes le fruit d’un problème institutionnel</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref2">[2]</a> Je pense notamment à l’initiative NABNI (www.nabni.org)</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref3">[3]</a> J’invite d’ailleurs les as du web à construire un site Internet du type <a href="http://www.morsimeter.com">http://www.morsimeter.com</a> afin de suivre les actions du nouveau gouvernement.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref4">[4]</a> Il paraît normal de présenter à l’ensemble des ministres les résultats concernant les institutions dont ils ont a tutelle.</p>
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		<title>Où va l&#8217;Algérie, deuxième partie : qu&#8217;est ce qui doit changer ?</title>
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		<pubDate>Thu, 13 Sep 2012 19:15:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Zoubir Benhamouche</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans la première partie, publiée en mai 2012 sur le site Algérie Focus, j’exposais les ressorts d’une dynamique de l’implosion dans laquelle s’est engagée l’Algérie. Dans les seconde et troisième parties je présente ma conception du changement : ce qui doit changer et comment faire pour que cela change effectivement. Enfin dans la quatrième partie j’exposerai [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans la première partie, publiée en mai 2012 sur le site Algérie Focus, j’exposais les ressorts d’une dynamique de l’implosion dans laquelle s’est engagée l’Algérie. Dans les seconde et troisième parties je présente ma conception du changement : ce qui doit changer et comment faire pour que cela change effectivement. Enfin dans la quatrième partie j’exposerai deux scénarios de changement qui me paraissent les plus à même de faire dévier l’Algérie de la funeste trajectoire dans laquelle est s’est engagée.</p>
<p>A la vue des différents évènements qui se sont déroulés depuis (« mascarade » des législatives, pénuries, émeutes, blocage institutionnel, milliards de dépenses décidées sans aucun projet global, sans vision stratégique, etc.), je suis conforté dans l’idée que le pire nous attend. Je crois vraiment que nous n’avons pas suffisamment conscience de l’état catastrophique dans lequel se trouve notre société.</p>
<p>Etant donné la situation critique dans laquelle nous nous trouvons, il n’y a que deux avenirs possibles. Soit les algériens sont capables de trouver dès maintenant une solution pacifique et négociée, soit la transition ne pourra se faire, tôt ou tard, que par la force. L’Algérie s’engagerait alors dans une nouvelle ère de violence, qui lui ferait prendre un retard sans doute irrécupérable.</p>
<p>Que faire pour éviter le scénario catastrophe ? Répondre à cette question suppose de répondre à celle du changement, c’est à dire d’une part de comprendre ce qui doit changer dans le fonctionnement de notre société, d’autre part de définir comment ce changement « positif » peut s’opérer de façon concrète.</p>
<p>Avant de rentrer plus en détail et de présenter « ce qui doit changer », j’aimerais être clair sur le fait qu’un changement aura lieu (voir mon précédent article). Toute la question est de savoir à quel point il profitera au peuple algérien. C’est pour cette raison que je parle de changement « positif » : un changement qui permet à l’Algérie de s’engager rapidement et durablement sur la voie du progrès économique et social. Il est vrai que les algériens n’aspirent pas uniquement à de meilleures conditions économiques et sociales. Ils se plaignent également de la « hogra », terme générique dans lequel viennent se fondre, en réalité, tous les maux de l’Algérie. Il s’avère cependant que pour atteindre un objectif de progrès économique et social, il faut avant tout s’attaquer à la source de la « hogra », qui réside dans la nature même du régime politique. Pour comprendre cette « nature », il faut prendre conscience que le régime tire sa force, et puise aujourd’hui ses fondements<a title="" href="#_ftn1">[1]</a>, dans nos faiblesses, dans notre renoncement à certaines valeurs morales.</p>
<p>Ainsi, ce qui doit changer, c’est précisément ce qui est à la source de la pérennité du régime, c’est à dire ce qui empêche l’émergence d’un projet de société, auquel adhéreraient une majorité d’algériens et qui servirait de socle à une alternative politique crédible.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ce que je vais présenter dans la suite est totalement inspiré de ce Verset du Coran <em>« En vérité, Allah ne modifie point l’état d’un peuple, tant que les individus [qui le composent] ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes » (Sourate 13, Verset 11)</em>.</p>
<p>Ainsi, ce qui doit changer, c’est nous, la façon dont nous « nous » pensons, nos comportements dans nos rapports aux autres et à notre environnement, notamment institutionnel.</p>
<p>Cela peut paraître une évidence, mais la condition sine qua none est que nous devons tous être convaincus que notre pays est en danger et qu’un changement s’impose. Ceci n’est malheureusement par encore compris par tous les algériens.</p>
<p>Or, celui que ce danger menace avec le plus d’acuité, c’est le peuple, et c’est donc a priori à lui qu’il incombe de réagir pour se protéger. L’une des raisons est que le l’Etat n’existe plus en tant que tel, il est à la solde d’intérêts privés qui n’ont comme préoccupation que leurs intérêts propres et leur avenir. En somme, le peuple doit maintenant prendre conscience du fait que l’Etat n’est plus, depuis bien longtemps, garant d’un quelconque contrat social, et a fortiori il n’est plus en mesure de garantir l’intérêt supérieur de la nation.</p>
<p>Il serait donc illusoire d’attendre un réel changement de l’intérieur des institutions, sans une implication directe de la société.</p>
<p>Pour que le peuple se prenne en main, il doit avoir foi en sa capacité à inverser le cours de l’histoire. Il doit cesser d’être tétanisé par la peur de l’inconnu, et être conscient qu’il lui appartient de construire l’Algérie dans laquelle il veut vivre. Le peuple doit abandonner le fatalisme, car Dieu même nous demande de nous prendre en main, de nous transformer en notre intérieur pour qu’il puisse ensuite nous accompagner dans la transformation de nos vies.</p>
<p>Le peuple est la clé unique d’un changement salutaire et pacifique. Tant qu’il n’en sera pas convaincu, tant qu’il ne rompra pas avec cette attitude attentiste, il continuera à subir un quotidien qui le mine et assistera, impuissant, au spectacle désolant de sa chute.</p>
<p>Le changement « positif » ne peut se matérialiser que dans une transformation institutionnelle<a title="" href="#_ftn2">[2]</a>. Plus précisément, les institutions doivent devenir souveraines, et tirer cette souveraineté de celle du peuple. Elles seront ainsi redevables devant les citoyens. Cependant, pour que ceci puisse se produire, il faut qu’un certain nombre de comportements changent.</p>
<p>Inutile de lire Gramsci pour comprendre que le problème des pays comme le nôtre est que la prise de pouvoir se fait dans le pouvoir lui-même, par la force, sans avoir à convaincre la société, parce que celle-ci est exclue du jeu politique. C’est le contraire des démocraties, où la prise de pouvoir suppose d’avoir un projet de société qui convainc un maximum de citoyens, d’électeurs. C’est pour cela qu’aucun parti dans notre pays n’a jamais présenté un réel projet de société en se présentant aux élections.</p>
<p>Pour qu’un changement « positif » puisse avoir lieu, il faut nécessairement s’affranchir de cette logique. Il faut que la société civile fasse irruption dans la logique même du pouvoir et du fonctionnement des institutions. Autrement dit il est impératif que « l’algérien » devienne enfin un citoyen, qu’il prenne conscience de l’influence qu’il peut, et qu’il doit, exercer sur les institutions. Ce n’est qu’à cette condition qu’il pourra les « obliger » à l’écouter et à agir dans l’intérêt général.</p>
<p>Encore faudrait-il que nous soyons capables de penser et agir collectivement ! Ce n’est absolument pas le cas aujourd’hui, tout simplement parce que les « valeurs » et normes sociales qui pourraient nous permettre d’y parvenir nous font cruellement défaut.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Nous en venons à ce qui est à mes yeux la source ultime du changement, l’essence même d’un renouveau pour notre pays : la transformation de nos âmes, à travers la refondation de nos valeurs morales. Le changement « positif » repose sur la réappropriation des valeurs universelles, celles que véhicule l’Islam, celles que le régime a pris soin de détruire pour mieux asseoir sa domination. Le régime est aujourd’hui plus fort que les individus mêmes qui le composent parce qu’il a réussi à imposer des règles, des normes sociales auxquelles chacun obéit machinalement.</p>
<p>Quelles sont ces valeurs qu’il nous faut acquérir ou retrouver ?</p>
<p>La plus importante à mes yeux est la confiance. Le peuple a été divisé, et il vit dans un climat de suspicion, sciemment entretenu. Nous devons absolument réapprendre à nous faire confiance les uns les autres et notamment abolir l’esprit tribal, clanique et régionaliste.</p>
<p>Ce retour de la confiance permettra de faire un pas gigantesque vers la prise de conscience du fait que l’intérêt d’autrui n’est pas nécessairement contraire au nôtre, mais que chacun de nous peut mieux vivre en poursuivant un intérêt commun.</p>
<p>Par ailleurs, les valeurs d’honnêteté, de loyauté, de solidarité, de respect, et d’écoute de l’autre sont des éléments clés pour l’émergence d’une confiance généralisée et d’un esprit de coopération qui nous font cruellement défaut. Nous devons ensuite sortir de la logique d’assistanat, et remettre la valeur travail au cœur de notre société. Qui plus est, l’effort et la méritocratie doivent devenir des piliers de notre culture. Il est également capital que nous cessions de nous déresponsabiliser, d’ignorer les devoirs que nous avons envers nous-mêmes, envers nos compatriotes, envers nos enfants, et envers notre patrie.</p>
<p>Si nous parvenons à amorcer ces changements, alors nous aurons accompli une avancée significative pour transformer nos institutions. Sans entrer dans le détail, la raison principale est que nous aurons réussi à faire émerger une citoyenneté, et à créer les conditions d’une action collective, d’une meilleure coordination des citoyens.</p>
<p>C’est à ces conditions que nous pourrons mettre fin à l’arbitraire des institutions, rebâtir un Etat de droit (et réduire le poids du système des relations personnelles), reconstruire le lien citoyen entre le peuple et l’Etat, et rétablir la confiance envers les institutions. Cela permettra également de restaurer la crédibilité des institutions et donc l’autorité de l’Etat etc.</p>
<p>Pour finir, on s’appelle « khouya », « khou », « akhi », mais dans les faits nous n’adoptons pas l’attitude qui sied à un tel qualificatif. Demain, après avoir lu cet article, quand vous vous réveillerez et que vous sortirez dans la rue, prenez le temps de regarder vos voisins, les gens qui passent, et dites vous ceci : ce sont mes compatriotes, nous sommes algériens, nous avons hérité de la même terre, nous vivons la même oppression et nous aspirons à la même chose, vivre plus dignement. Ne nous appelons plus « mon frère » ou « khou » ou « aghma », et comportons nous les uns envers les autres avec plus de confiance, plus de compassion et  de compréhension. Apprenons à nous faire confiance. Concentrons-nous sur que ce qui nous rapproche et apprenons à penser « nous », à agir pour notre intérêt commun. Alors, et alors seulement, l’Algérie se transformera de façon radicale et le changement deviendra aisé, moins douloureux.</p>
<p>Je suis persuadé que ce changement là est le bon. C’est d’ailleurs ce qui explique que le changement nous apparaît si difficile à concrétiser, telle une montagne infranchissable. En effet, nous savons, au plus profond de nous-mêmes, qu’il suppose une transformation de nos âmes.</p>
<p>Transformer l’âme d’un peuple peut paraître une sorte de vœux pieux. Pourtant, il y a des actions concrètes à mettre en œuvrer pour initier une dynamique vertueuse d’un changement « positif » et pacifique, et ce sera l’objet de la troisième partie de cette série d’articles.</p>
<p>A suivre</p>
<div></p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref1">[1]</a> Il n’y a plus aucune idéologie sur laquelle le régime s’appuie. Il se maintient par la force, la ruse et grâce à nos faiblesses.</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref2">[2]</a> Bien sûr, ce sera nécessairement graduel.</p>
</div>
</div>
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		<title>L&#8217;Algérie est-elle réformable ?</title>
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		<pubDate>Sat, 09 Jun 2012 20:40:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Zoubir Benhamouche</dc:creator>
				<category><![CDATA[Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>

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		<description><![CDATA[Article paru dans El Watan du 23 ami L’importance et l’urgence des réformes à mettre en œuvre, dans quasiment tous les domaines, sont soulignées avec une telle acuité que cette question peut paraître saugrenue. Pourtant, elle est d’une grande pertinence et elle apparaît beaucoup plus d’actualité aujourd’hui qu’elle ne l’eût été à la fin des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Article paru dans El Watan du 23 ami</p>
<p>L’importance et l’urgence des réformes à mettre en œuvre, dans quasiment tous les domaines, sont soulignées avec une telle acuité que cette question peut paraître saugrenue.</p>
<div>
<p>Pourtant, elle est d’une grande pertinence et elle apparaît beaucoup plus d’actualité aujourd’hui qu’elle ne l’eût été à la fin des années 1990. Le monde économique, autant que la société civile en Algérie, et également nombre de pays partenaires de l’Algérie, appellent à des réformes économiques et institutionnelles. L’enjeu souligné est l’endiguement de la vague de contestation sociale qui s’est abattue sur l’Algérie depuis plusieurs années maintenant, et la menace d’instabilité qu’elle laisse planer.</p>
<p>Selon le modèle que chacun a en tête, le type de réformes à mettre en œuvre peut varier. L’objectif demeure néanmoins le même, permettre à l’Algérie de s’engager le plus rapidement sur une trajectoire de développement économique et social soutenu.<br />
Les pays émergents qui ont enregistré les meilleures performances, comme la Chine ou l’Inde, ont su mettre en œuvre une stratégie de développement, et donc de réforme, tenant compte de leurs spécificités respectives. Ils se sont tous écartés de ce que l’on appelle le «consensus de Washington». Aujourd’hui, il va de soi que l’Algérie doit également choisir son propre modèle de développement en adoptant une stratégie de réforme en conséquence.</p>
<p>Cela est d’autant plus critique qu’à force de retarder les réformes et de laisser perdurer un environnement institutionnel dont la logique a peu évolué depuis les années 1980, l’Algérie se retrouve actuellement dans une position très délicate.<br />
Un développement économique soutenu n’est possible que s’il existe de «bonnes institutions», c’est-à-dire des institutions capables d’instaurer un environnement favorisant la création de richesse. L’expérience récente témoigne que ceci est d’autant plus vrai pour le cas précis de l’Algérie. En effet, depuis la hausse des prix de l’énergie amorcée au début des années 2000, jamais l’Algérie n’a connu une telle aisance financière. En un peu plus de 10 ans, ce sont près de 200 milliards de dollars qui ont été dépensés dans l’économie, pour un résultat pour le moins mitigé. L’Algérie est donc un exemple criant de mal-développement économique, alors même que le pays jouit de fortes capacités financières. Cette abondance financière a en fait largement contribué à renforcer les facteurs du mal-développement de l’Algérie.</p>
<p>Le premier de ces facteurs, très souvent cité par les économistes du développement, est plus communément connu sous le nom de «ressource curse» ou «paradoxe de l’abondance». Il se résume par l’émergence d’institutions dites<br />
«d’extraction», du fait de l’abondance d’une ressource naturelle. Des groupes d’intérêts privés mettent en place un environnement institutionnel destiné à asseoir leur domination politique sur la société, à la source de leur pouvoir d’extraction de la rente que procure la ressource naturelle.</p>
<p>Ce modèle institutionnel opère malheureusement au détriment des capacités de développement du pays. En effet, dans la mesure où le développement peut conduire à une modification de la distribution du pouvoir politique en défaveur de ces groupes, ils restreindront volontairement l’ensemble des réformes possibles. Là réside ainsi  le premier obstacle, de taille, aux réformes.<br />
Nous ne nous attarderons pas sur ce facteur plus longuement. Il est certes fondamental, mais d’une part il n’est pas nouveau, d’autre part dans l’Algérie d’aujourd’hui, ces différents groupes ne semblent pas homogènes en termes d’acceptation des réformes à mettre en œuvre. Ce degré d’acceptation des réformes ne dépend pas tant de leur capacité à tirer profit du développement, que du coût politique à ne pas réformer. Pour le comprendre, rappelons que l’Algérie traverse une crise profonde, dans un contexte social à la dérive  qui menace à terme la stabilité du pays.</p>
<p>Ainsi, alors que l’idée de procéder à des réformes profondes a déjà fait son chemin, le pouvoir est aujourd’hui confronté au défi de la mise en œuvre de ces réformes. Tout d’abord entendons-nous sur le terme «réforme». Quel que soit le domaine auquel elle s’applique, une réforme vise avant tout à changer les comportements des individus ou personnes morales concernés par le domaine auquel elle s’applique. Prenons pour exemple le problème de l’informel dans notre pays. Une réforme qui aurait pour objet de le réduire vise in fine à modifier les comportements des entrepreneurs (chefs d’entreprises) et des travailleurs. Ainsi, l’objectif serait notamment de les inciter à déclarer leur activité, à déclarer les flux économiques et financiers, et donc à choisir de travailler dans le secteur formel.</p>
<p>Cependant, pour qu’une réforme ait une chance de modifier significativement les comportements, il est primordial qu’elle apporte des solutions aux problèmes qu’elle pose. En règle générale, il existe rarement de consensus autour d’une réforme. En d’autres termes, elle n’est pas forcément à l’avantage de tous. Qui plus est, les bénéfices ne sont pas nécessairement bien compris et internalisés par les différents groupes concernés par celle-ci. Enfin, elle engendre bien souvent des coûts d’adaptation. Autrement dit, changer de comportement engendre des coûts qui peuvent être non négligeables. Tous ces coûts perçus des réformes ne sont malheureusement pas des grandeurs que l’on peut, évaluer de façon objective. Nous entendons par là que l’acceptation des réformes par les différents groupes sociaux dépend d’un facteur psychologique qui est directement lié à la perception que ces groupes ont des institutions et notamment de leur légitimité.</p>
<p>Le problème lié à la légitimité et à la crédibilité des institutions est inhérent à leur nature. En effet, les institutions «extractives » étant perçues comme au service de groupes d’intérêts privés, leur légitimité aux yeux de la collectivité est de fait douteuse. Ainsi, moins on pense que les institutions servent l’intérêt général, plus nous sommes persuadés que les réformes sont destinées à favoriser des intérêts particuliers, et donc moins nous sommes enclin à les accepter. La confiance à l’égard des institutions est ainsi une donnée fondamentale du processus de réforme et est à l’évidence déterminante dans le cas de l’Algérie.</p>
<p>On pourrait nous objecter, à juste titre d’ailleurs, que les réformes ne peuvent être menées que de manière autoritaire. En réalité, l’usage de la force dans un contexte de faible légitimité des institutions risque de se heurter à une opposition violente aux réformes. D’ailleurs les grèves répétées de différents corps de la fonction publique en sont une illustration, tout comme les hausses de salaire consenties par l’Etat. De fait, nos gouvernants n’auraient sans doute pas accordé de telles hausses salariales si nos institutions étaient de prime abord légitimes et crédibles.</p>
<p>La nature extractive de nos institutions, qui perdure depuis 50 ans, s’est profondément enracinée dans les comportements de toute la société, ce qui rend la situation d’autant plus complexe. Nous pouvons constater des situations de rente dans nombre d’endroits, notamment au sein de l’administration, mais également dans l’économie (l’informel, des situations de monopole, les importateurs, etc.) Ainsi, en ne favorisant pas le développement et en maintenant la logique rentière de la société, non seulement d’importantes poches de résistance aux réformes se sont formées, mais en plus, le coût social des réformes a été décuplé. En d’autres termes, plus on s’est évertués à maintenir dans le temps un système institutionnel «extractif», plus on a retardé les réformes structurelles, plus on a pris de mauvaises décisions pour la collectivité, et plus on a créé une situation des plus difficiles à réformer. Pour répondre à la question posée par cet article, nous pensons qu’en l’état actuel de nos institutions, l’Algérie ne peut malheureusement être reformée.</p>
<p>En effet, la tournure que prennent les événements ne laisse aucune lueur d’optimisme dans ce sens. En effet, nous assistons impuissants au phénomène irréversible d’amplification dramatique de la fracture entre le peuple et les institutions. Au lieu de tirer les enseignements du passé et de reconnaître le besoin d’une véritable révolution institutionnelle, nos gouvernants s’entêtent dans un déni dangereux de la réalité. Le résultat des législatives du 10 mai ne peut malheureusement que nous conforter dans cette idée. Nos gouvernants pensent, de manière illusoire, qu’ils peuvent renverser la tendance économique et sociale sans toucher aux fondements du régime. Or, le temps pour mener un changement pacifique et négocié nous est aujourd’hui de plus en plus compté, et arrivera le jour où les Algériens ne croiront plus en une quelconque volonté du régime de se réformer. Force est de constater que le sort de l’Algérie et celui du régime sont totalement liés à moyen terme. On ne peut donc pas réformer l’un sans réformer l’autre. La question qui se pose à nous est donc de savoir si le régime est aujourd’hui lui-même réformable.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Note : </strong><br />
1) &#8211; Elle n’affecte pas symétriquement tous les groupes : même si elle permet d’améliorer la situation globale, elle engendre des pertes pour les uns et des gains pour les autres.</p>
</div>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Un colloque organisé hier à Paris Algérie : l’échec de 50 années d’indépendance</title>
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		<pubDate>Tue, 22 May 2012 10:50:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Zoubir Benhamouche</dc:creator>
				<category><![CDATA[Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[Economie]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>

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		<description><![CDATA[EL Watan du 22.05.12 &#124; 10h00 L’Algérie est un pays sinistré et sans histoire. C’est à peu près la conclusion qui est ressortie du colloque organisé hier par l’Institut des études politiques de Paris (IEP), section Monde arabe, qui portait sur le bilan et les perspectives de l’Algérie après 50 ans d’indépendance. Paris De notre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1><a title="Taille du texte normale" href="http://www.elwatan.com//hebdo/france/un-colloque-organise-hier-a-paris-algerie-l-echec-de-50-annees-d-independance-22-05-2012-171662_155.php#"><img src="http://www.elwatan.com/img/trans.gif" alt="Taille du texte normale" /></a><a title="Agrandir la taille du texte" href="http://www.elwatan.com//hebdo/france/un-colloque-organise-hier-a-paris-algerie-l-echec-de-50-annees-d-independance-22-05-2012-171662_155.php#"><img src="http://www.elwatan.com/img/trans.gif" alt="Agrandir la taille du texte" /></a></h1>
<p>EL Watan du 22.05.12 | 10h00</p>
<p>L’Algérie est un pays sinistré et sans histoire. C’est à peu près la conclusion qui est ressortie du colloque organisé hier par l’Institut des études politiques de Paris (IEP), section Monde arabe, qui portait sur le bilan et les perspectives de l’Algérie après 50 ans d’indépendance.</p>
<div>
<p><em><strong>Paris<br />
De notre correspondant</strong></em></p>
<p>D’emblée, pour Lhouari Addi, sociologue et professeur à l’IEP de Lyon, si l’Algérie a échoué à se développer, c’est parce que toutes les politiques de développement économique menées jusque-là ont été conçues pour le peuple et non pas pour la société. Qualifiant le président Boumediène de «symbole de populisme», celui-ci a, selon lui, beaucoup idéalisé le peuple et méprisé la société. «Boumediène est le père du populisme algérien. Il a intégré le peuple dans l’Etat, mais pas la société. En réalité, il aimait le peuple mais détestait la société», a-t-il indiqué. Et d’expliquer que ce même populisme, claironné durant des années, a été battu en brèche par les échecs économiques et sociaux. Aujourd’hui, a-t-il ajouté, «même si les hommes politiques ne croient plus au populisme, ils sont encore liés par son héritage». Concernant l’histoire de l’Algérie indépendante, Malika Rahal, historienne, a estimé que celle-ci n’existe pas comme champ de travail. Pour la simple raison que dans la tête des dirigeants algériens, l’histoire ne concerne que la période coloniale et celle inhérente à la guerre. Comme si l’histoire du pays s’était brusquement arrêtée en 1962.</p>
<p>«L’écrasante guerre de l’indépendance monopolise les travaux d’historiens. Elle est utilisée par les régimes successifs pour demeurer en place. La preuve, il n’y a pas, à ma connaissance, de doctorants dans le département d’histoire qui travaillent sur la période d’après-1962», explique-t-elle. Malika Rahal a pointé du doigt le problème d’accès aux archives algériennes de l’après-indépendance. Et de prévenir que si cette histoire n’était pas assumée et regardée en face, elle s’écrira finalement de Paris ou de Londres.</p>
<p>Pour Benjamin Stora, l’histoire, telle qu’elle a été écrite par le régime algérien, ne parvient plus à fédérer le peuple comme avant. Bien au contraire, on assiste à la naissance de différents groupes qui prétendent à une autre histoire, différente de celle promue par le pouvoir officiel et qui reposait sur l’homogénéité et l’héroïsme des Algériens face à l’envahisseur français. «Il y a désormais une pluralité de discours sur la guerre d’Algérie», concède Benjamin Stora, qui a reconnu aussi que même du côté français, on donne de plus en plus la parole à des groupes de gens qui étaient marginalisés (harkis, pieds-noirs…) mais qui, aujourd’hui, veulent imposer leur propre grille de lecture de l’histoire de l’Algérie.</p>
<p>Enfin, l’historien a jugé qu’au lieu de faire des discours généraux sur la guerre d’Algérie, il serait plus utile de faire la lumière sur des évènements précis, comme la Bataille d’Alger ou le bombardement des régions du constantinois, etc.<br />
Dans le domaine économique, l’échec est encore plus flagrant, selon Zoubir Benhamouche. Pour cet économiste, l’Algérie est à la croisée des chemins. Autrement dit, soit elle essaye de se relever en utilisant les potentialités humaines et les richesses naturelles dont elle dispose, soit elle entrera dans une violence profonde et interminable.</p>
<p>Et ce ne sont pas les raisons de l’échec qui manquent, selon M. Benhamouche : fiscalité hors hydrocarbures très faible, banques à l’âge de pierre, système éducatif catastrophique, système rentier qui ne favorise pas la création d’emploi et absence totale de réformes. Tout cela a fait que, malgré les 200 milliards injectés, l’Algérie connaît chaque jour des émeutes. Un paradoxe.</p>
</div>
<h5>Yacine Farah</h5>
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		<title>Où va l&#8217;Algérie ? Première partie : la dynamique de l&#8217;implosion</title>
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		<pubDate>Thu, 17 May 2012 13:11:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Zoubir Benhamouche</dc:creator>
				<category><![CDATA[Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>

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		<description><![CDATA[Les cris d’alarmes sur les dangers qui menacent l’Algérie se font entendre de façon de plus incessante, certains augurant même d’une implosion de l’Algérie si « rien ne change ». Je partage l’avis général sur le fait que l’Algérie est aujourd’hui à la croisée des chemins et que celui qu’elle semble malheureusement emprunter conduira, tôt ou tard, à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les cris d’alarmes sur les dangers qui menacent l’Algérie se font entendre de façon de plus incessante, certains augurant même d’une implosion de l’Algérie si « rien ne change ». Je partage l’avis général sur le fait que l’Algérie est aujourd’hui à la croisée des chemins et que celui qu’elle semble malheureusement emprunter conduira, tôt ou tard, à une nouvelle ère de violence et de grande incertitude. Ce qui semble cependant faire défaut à nombre d’interventions, qui ont parfois un ton quasi messianique, c’est à la fois une analyse de la dynamique interne de la société (ainsi que celle des facteurs externes), et des propositions concrètes pour éviter le scénario catastrophe.</p>
<p>A l’aube du cinquantenaire de son indépendance, et à la lumière de toutes les tensions qui la secouent de plus en plus violemment, accentuant de façon inquiétante l’entropie sociale, l’Algérie doit faire « le bon choix ». Dans le cas contraire, comme argumenté dans ce texte, au mieux le pays sera plongé dans une ère de violence et de grande instabilité politique et sociale. Au delà des coûts sociaux, un tel scénario retarderait notamment la sortie de l’économie de rente au risque de voir à terme une grande partie de la population sombrer dans la pauvreté.</p>
<p>Définir clairement « le bon choix » qui doit être fait n’est pas une tache des plus aisées, mais une fois que l’on a mieux cerné les facteurs à l’œuvre derrière la crise sociale et politique que traverse le pays, la voie à suivre devient en réalité plus claire.</p>
<p>Je ne me propose pas ici de participer simplement à l’antienne sur l’avenir catastrophique qui attend l’Algérie, et je ne vais certainement pas asséner mes arguments comme si j’étais le seul à détenir la vérité ultime, comme le font malheureusement trop souvent la majorité écrasante des algériens. C’est un fait, et j’y reviendrai, l’un des obstacles, non négligeable, à l’émergence d’un consensus sur un scénario de sortie de crise, c’est une faible capacité de dialogue qui prend ses sources dans une combinaison d’artefacts culturels et des fondements du régime politique.</p>
<p>Les algériens son malheureusement devenus maîtres (à moins d’avoir affaire à un trait de personnalité) dans l’art de plastronner, bien évidemment au mépris de toute capacité d’écoute de l’autre, de respect et bien évidemment de compréhension de son point de vue.</p>
<p>Cette précision étant apportée, il faut lire les lignes qui suivent comme une réflexion partagée, nourrie par l’inquiétude de voir l’Algérie rater le grand tournant. En aucun cas je ne m’érige en donneur de leçons.</p>
<p>Dans une première partie j’expose une analyse de la dynamique « de mauvaise augure », celle pouvant conduire à ces scénarios cataclysmiques. Dans une seconde partie, mu par un optimisme dicté par un instinct de survie, j’esquisse ce qui est, de mon point de vue, l’un des rares scénarios pouvant limiter les coûts qu’engendrera l’impérieuse transition dans laquelle l’Algérie doit très rapidement s’engager.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>J’aimerais commencer par souligner le fait que l’actualité (souvent tragique ces dernières années) de l’Algérie de ces dernières années, et plus particulièrement depuis 2010, contredit manifestement l’idée que le peuple algérien se complait allègrement dans la situation sociale et politique actuelle. L’idée même est insultante, lorsque l’on sait l’état de misère morale, et même sociale, dans la quelle vit la majorité de la population. Cette idée, beaucoup trop répandue, ne fait que contribuer au dénie de la réalité, par les gouvernants notamment, et est ainsi à la source de choix économiques et politiques qui ne font que renforcer la dynamique d’implosion sociale. Pour le comprendre il faut entrer dans l’analyse de cette dynamique, identifier les facteurs structurels qui la sous-tendent.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La dynamique de la société peut être analysée selon deux axes, l’un économique et social et l’autre institutionnel. Ces deux axes sont indissociables, et il est fondamental de comprendre pourquoi, parce que là réside la clé de tous les maux de l’Algérie. Croire que le régime algérien est monolithique serait une simplification grossière d’une réalité plus complexe. Il semble qu’une partie du pouvoir a pris la dimension du mal profond qui ronge l’Algérie et des menaces qui pèsent sur elle. Cependant, ces composantes cherchent une sorte de pierre philosophale, qui créera des conditions économiques et sociales plus favorables, une société apaisée, sans toucher aux fondements du régime politique, et fondamentalement sans modifier la gouvernance et le fonctionnement des institutions qui la supportent. Or ceci s’avère impossible à ce stade.</p>
<p>En effet, faute d’avoir laissé perdurer la logique de l’ordre social, sans la modifier, même à la marge, l’amélioration significative des fondamentaux économiques et sociaux requière aujourd’hui un changement institutionnel de grande ampleur.</p>
<p>J’aimerais être très précis sur ce point, d’une part parce qu’il n’est pas aisé à appréhender, d’autre part parce qu’il est crucial pour comprendre les enjeux institutionnels auxquels l’Algérie fait face.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>L’Algérie demeure très loin de son potentiel de développement parce que ses institutions son conçues et fonctionnent d’une telle manière qu’elles brident le développement<a title="" href="#_ftn1">[1]</a>. Il faut d’ailleurs remarquer que  l’explication des écarts de performances économiques entre pays du fait de différences institutionnelles fait aujourd’hui l’unanimité<a title="" href="#_ftn2">[2]</a> au sein des spécialistes du développement.</p>
<p>Il est vrai que l’expérience de certains pays en développement montre qu’il suffit parfois d’une faible amélioration des institutions pour amorcer un développement économique rapide. Mais dans le cas de l’Algérie, c’était encore possible à la fin des années 1990, au moment où la majorité des algériens pensaient que le pays s’apprêtait à tourner une page de son histoire, à rompre avec la logique institutionnelle qui prévalait jusque là.  Malheureusement, au lieu de mener les réformes structurelles nécessaires pour réduire la dépense vis à vis des hydrocarbures, la logique rentière a été renforcée avec l’aisance financière du début des années 2000. Au lieu de renforcer les institutions, de reconstruire leur légitimité, elles ont été au contraire affaiblies, vidées de leur substance.  En conséquence, jamais l’informel, que ce soit pour le fonctionnement des institutions ou de l’économie, n’a été aussi important.</p>
<p>Les différentes composantes du pouvoir s’en accommodent parce qu’elles tirent leur pouvoir et leur part de la rente de cet affaiblissement des institutions formelles. La société s’en accommode également pour la simple raison qu’elle assimile le « formel » à des règles émanant d’un Etat dont elle nie toute légitimité aujourd’hui. Le pays se retrouve ainsi dans une situation paradoxale, dans laquelle les règles formelles sont rejetées par la société parce que vécues comme un instrument d’exercice d’un pouvoir non légitime. Paradoxale, parce que c’est justement ce qui alimente le manque d’Etat de droit.</p>
<p>Il est très important de bien avoir à l’esprit que la majorité écrasante de la population estime que les règles émanant de l’Etat ne sont pas faites dans le cadre d’un contrat social partagé par le plus grand nombre, mais par des intérêts privés, qui ont capturé l’Etat.</p>
<p>C’est notamment ce qui explique, dans un contexte de tension sociale très forte, que l’Etat a perdu l’autorité nécessaire pour mener de véritables réformes. Cette perte d’autorité et un informel généralisé (dominant tous les domaines, économique, institutionnel et sociétal) impliquent que les marges de manœuvre pour mener des réformes institutionnelles, même de faible ampleur, avec des impacts économiques potentiellement importants, sont aujourd’hui extrêmement réduites.</p>
<p>Le corollaire est une réduction très importante des capacités de développement à court et moyen terme, et donc une dégradation continue de la situation sociale. Il faut ajouter à cela que la hausse inconsidérée des salaires de la fonction publique et des dépenses sociales (en vue de contenir les protestations et acheter la paix sociale) pèsent désormais très lourd sur les finances publiques et érodent les capacités d’investissement public.</p>
<p>Qui plus est cette hausse des salaires dans la fonction publique a exercé une pression à la hausse sur les salaires dans le secteur privé, alors même que les gains de productivité ont été extrêmement faibles, voire nuls. Outre l’impact négatif sur la compétitivité des entreprises, le pays va de fait se retrouver piégé dans une spirale inflationniste sans fin. Pour compléter le tableau, il faut ajouter l’arrivée, chaque année, de centaines de milliers de jeunes sur le marché du travail. D’une part l’économie sera dans l’incapacité d’offrir le volume d’emplois nécessaires. D’autre part ces jeunes travailleurs (comme nombre de moins jeunes d’ailleurs) ne disposeront pas des qualifications dont les entreprises ont et auront besoin.</p>
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<p>Cependant, cette insuffisance de perspectives économiques ne peut à elle seule impliquer une explosion sociale à un horizon proche, surtout lorsque l’on sait que l’Etat dispose encore d’une marge de manœuvre budgétaire. Il est nécessaire de prendre en compte des facteurs supplémentaires, que je qualifierais de culturels, ou sociétaux, qui servent d’amplificateur aux problèmes économiques et institutionnels.</p>
<p>On a ainsi observé une sorte d’influence réciproque entre certains traits culturels et le régime politique. La culture clanique et hiérarchique a permis l’émergence et s’instauration du régime politique. La pérennité de ce dernier a été mise à mal par les aspirations de liberté qui vont de paire avec le développement. Ainsi, pour se maintenir, il a créé une organisation sociale, politique et économique qui a favorisé des comportements anti-développement. Pour faire court, la conséquence est une déstructuration de la société à travers une destruction de la confiance sociale, l’érosion des valeurs morales généralisées (la corruption généralisée en est une conséquence), une perte de repères au niveau collectif, une incapacité au dialogue social pacifique, une absence de  culture du compromis, et une société devenue extrêmement violente. Tout ceci a engendré une société divisée, sans doute au point où la nation algérienne a cessé d’être une réalité, aux fondements inaliénables, pour devenir une idée floue dans un imaginaire collectif. Je pense ainsi que si l’Algérie, jusqu’à présent du moins, a échappé au printemps arabe, ce n’est  pas avant tout du fait d’une  manne financière importante et aurait fait défaut aux pays qui ont connu des révoltes de grande ampleur.</p>
<p>Le facteur majeur, et dont l’effet a été renforcé par une redistribution effrénée de la rente, c’est l’état de la société civile, notamment l’absence de confiance sociale, et en corollaire les clivages et divisions qui empêchent l’émergence d’une alternative au régime politique actuel. Comment la rente agit-elle ? Elle permet simplement de maintenir un certain niveau de vie et d’assurer une distribution des richesses compatibles avec l’état actuel des rapports sociaux (et de l’état des institutions), et donc ne nécessitant pas leur chamboulement. Ceci signifie tout simplement que sans la rente, les algériens seraient dans l’obligation de transformer le fonctionnement de leur société, et donc le degré de confiance sociale notamment, pour parvenir à créer plus de richesse. Le régime a donc subtilement géré la crise, jusqu’ici, en usant de la rente et surtout en misant sur l’incapacité de la société à dépasser ses clivages pour créer un mouvement de protestation de grande ampleur à l’échelle du pays.</p>
<p>Cette incapacité de la société à construire une alternative crédible au régime politique actuel est bien évidemment renforcée par la perte de crédibilité des partis politiques et la dé-légitimation de l’action politique traditionnelle. Aucun des partis actuels n’est en mesure de rassembler suffisamment pour porter un nouveau projet de société, un nouveau contrat social. Les partis existants depuis plusieurs années, y compris les partis dits « islamistes », sont perçus comme des parties prenantes du régime ou des satellites. Les nouveaux partis sont également perçus comme tel car aucun ne s’oppose au régime. En fait, même dans le cas du combat politique, l’action se fait et se fera encore via l’informel, c’est à dire sans passer par des structures et canaux formels.</p>
<p>Pire, le fait que le politique ait été décrédibilisé a certainement engendré une situation où seuls des mouvements radicaux trouveront écho auprès de la population, parce que les forces progressistes qui ont une vision modérée de la forme que doit prendre une transition « démocratique » seront taxées de jouer le jeu du régime. Cette observation est très importante pour comprendre pourquoi non seulement l’idée que la mémoire collective est encore trop marquée par la décennie noire, mais également que l’on rate un élément important de la dynamique de l’implosion.</p>
<p>En effet, si l’on examine les chiffres du dernier recensement de 2010, on constate qu’environ 5 millions d’algériens ont entre 15 et 22 ans, et donc n’on pas connu avec acuité la période de violence des années 1990. Par contre, d’une part ils ont grandi dans une société violente, en proie à un perpétuel malaise social, en perte de repères et de valeurs, d’autre part ils auront reçu une faible éducation et une large fraction d’être eux sera soit dans l’informel soit au chômage. On peut donc estimer à quelques centaines de milliers le nombre de jeunes algériens qui, dans les années à venir, seront susceptibles d’être à ‘origine de troubles majeurs (d’ailleurs c’est déjà le cas, encore à une échelle supportable). Dans un contexte de manque de crédibilité des forces politiques, non seulement leur action ne pourra être que des plus violentes, mais seuls des mouvements politiques radicaux et informels pourront trouver un écho auprès d’eux.</p>
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<p>Nous comprenons ainsi pourquoi la victoire, apparente, du régime est une victoire à la Pyrrhus. La confiance sociale est tellement basse et les rapports sociaux (au sens le plus large) étant façonnés par des institutions informels, il a largement contribué à engendrer une société difficilement réformable de façon pacifique.</p>
<p>La réalité de a situation est donc bien plus complexe que celle d’un statut quo rendu possible, ad vitam aeternam, par une abondance de ressources naturelles.</p>
<p>En fait, tout se passe comme si le pays était à bord d’un navire à la dérive, chacun refusant de regarder par dessus bord soit par peur d’affronter la réalité en face soit victime de cette arrogance donne l’illusion de détenir la vérité et de mieux connaître la réalité que tous les autres.</p>
<p>L’équilibre social dans lequel se trouve le pays est des plus instable et précaire. Instable signifie que, comme dans le cas de la Tunisie où le suicide d’un jeune a embrasé le pays, un événement de faible ampleur peut conduire à déstabiliser l’ensemble du pays. Précaire signifie que la situation sociale continuera à être délétère, faute de capacités et de volonté à mener les réformes structurelles nécessaires.</p>
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<p>Enfin, il y a une observation fondamentale par laquelle j’aimerais terminer l’analyse de « la dynamique de l’implosion ». Les problèmes sociaux sont trop souvent imputés à un problème économique. C’est oublier que, comme le rappelle Amartya Sen (prix Nobel d’économie 1998), la liberté est une fin en soi, qu’elle n’est en aucun cas le luxe de l’homme riche. Comme ils l’expriment sur les réseaux sociaux ou lors de manifestations ou tout simplement lorsqu’on les interroge, les algériens aspirent à vivre plus dignement, à être acteurs de leur destin au lieu de le subir, et jouir de plus grandes libertés. On pourrait objecter que nombre d’algériens revendiquent simplement une part plus importante du « gâteau » pétrole, qu’ils souhaitent avant tout des postes de fonctionnaires et une distribution de logements etc. Certains demandent même un revenu permanent tiré de la rente.</p>
<p>A première vue on pourrait être tenté de penser qu’ils n’ont finalement pas de réelles revendications d’une plus grande liberté économique, d’opportunités de se réaliser par eux mêmes… Ce serait cependant oublier le contexte dans lequel s’expriment ces revendications. Ce contexte, décrit plus haut, est celui d’un pays ou l’Etat domine la société, réduit ses capacités d’action et tire ses revenus d’une rente. Fait important, les algériens considèrent que l’Etat n’agit pour l’intérêt général, mais qu’il est au contraire accaparé par des intérêts privés. En somme l’Etat n’est pas la partie au dessus de tout, le garant d’un contrat social, mais un acteur comme les autres. C’est dans ce contexte, particulier, que « le peuple » revendique une part plus importante de la rente, parce qu’il considère que ce qui ne lui revient pas est accaparé par des groupes d’intérêt privés.</p>
<p>Qui plus est, à l’heure des nouvelles technologies de l’information et des échanges incessants avec le reste du monde, les algériens sont davantage conscients du gâchis de leur potentiel, et de l’importance, sans aller jusqu’à parler de démocratie, d’avoir des gouvernants qui répondent de leurs actes devant le peuple.</p>
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<p>J’aimerais conclure cette première partie par indiquer qu’en réalité l’Algérie a été touchée par le printemps arabe. Elle est en train de le vivre, à sa manière, avec un effet retard.  La dynamique  exposée plus haut ne peut pas conduire à autre chose qu’une implosion sociale. La seule incertitude porte en réalité sur le ou les évènements qui la déclencheront et le moment où cela surviendra. Pour enrailler cette dynamique, il faut  une solution qui prenne en compte sa nature, les facteurs qui la nourrissent. Tout le monde, ou presque, s’accorde à dire que la violence ne pourra permettre à l’Algérie de s’extraire de cette trappe de mal-développement dans laquelle elle semble piégée. L’histoire de l’Algérie montre malheureusement que le changement ne s’est jamais fait sans violence. Pourtant je reste convaincu qu’il existe une solution à même de renverser la tendance, de rompre avec le fatalisme, et de propulser l’Algérie sur les rails du progrès économique et social. L’urgence de la situation commande un consensus national sur le type de changement à mettre en œuvre. Le risque d’attendre encore ou de faire de mauvais choix est trop grand. Comme le dirait un ami qui a une connaissance intime de « la rue algérienne », jamais le risque de balkanisation de l’Algérie n’a été aussi grand.</p>
<p>Dans la deuxième partie de cet article, j’exposerai, avec toute l’humilité qu’un tel exercice commande, ce que j’estime être l’une des rares solutions pragmatiques qui puissent permettre au peuple algérien d’éviter le pire.</p>
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<p>A suivre</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref1">[1]</a> Voir mon essai « Algérie, l’impasse » aux éditions Publisud, décembe 2011</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref2">[2]</a> Lire notamment le récent ouvrage de deux géants de l’économie du développement Daron Acemoglu et James Robinson  « Why nations fail » (crown Publishers, 2012), qui évoque notamment le printemps arabe.</p>
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