Par F | septembre 11, 2009 11:56

Baptisée en 2000 du nom d’une grande figure de la lutte de libération nationale, la nouvelle ville «Ali Mendjeli», tout près de Constantine, constitue, aujourd’hui, une réalité urbanistique qui confirme le statut futuriste du «Grand Constantinois». Sans doute échaudés par les expériences passées et bénéficiant de l’apport d’études urbanistiques jugées fiables, les concepteurs de ce mégaprojet ont, visiblement, fait preuve d’un certain sens de la perspective afin d’éviter à la nouvelle agglomération le cliché dégradant de «cité dortoir». Les études du plan d’occupation des sols, lancées en 1992, avaient accordé une importance primordiale aux commodités exigées par la vie moderne au niveau d’un site conçu pour accueillir 50.000 logements, 300.000 habitants et des dizaines d’équipements socio-éducatifs. A l’issue de réunions marathoniennes menées par un comité de suivi installé par la wilaya, le plan d’action fut adopté après avis de l’ensemble des services techniques concernant l’organisation et la fonctionnalité des boulevards et des rues, l’évacuation des terres agricoles, la mise en place d’un système d’évacuation et de canalisation du réseau réservé à Sonelgaz, les espaces verts et la projection d’une voie de contournement afin de relier «Ali Mendjeli» à l’autoroute Est-Ouest.

Des projets structurants au service d’une «dégourbisation» salutaire

Historiquement, le projet de création d’une ville nouvelle à Ali Mendjeli a eu lieu avant le coup d’envoi officiel donné en 2000. Des initiatives locales plutôt timides portant sur la réalisation de quelques logements çà et là avaient été opérées par les pouvoirs locaux de l’époque. On sait que les plus hautes autorités du pays avaient mis tout leur poids pour concrétiser le projet de nouvelle ville et surtout pour éradiquer les bidonvilles et lancer le long processus de «dégourbisation» autour de Constantine. Dix ans de travaux et le résultat est, aujourd’hui, plus que probant à en juger par ce seul fait que la nouvelle ville Ali Mendjeli n’a pas seulement résorbé, à plus de 70%, l’habitat précaire qui avait longtemps terni l’image de Constantine mais elle a offert à ses résidents un cadre de vie reconnu «agréable et aéré». Aujourd’hui, il fait bon vivre dans la nouvelle ville. C’est en tout cas un sentiment partagé par la majorité des 100.000 habitants qui y vivent depuis déjà plusieurs années, en attendant les 200.000 autres âmes dont l’arrivée sur les lieux est prévue pour bientôt, après l’achèvement des programmes de construction en cours. Sur un programme de près de 50.000 logements toutes formules confondues, plus de 17.000 ont été réalisés, 19.303 sont en cours de réalisation et 11.905 unités doivent être bientôt mises en chantier. La part du lion revient au logement social avec 12.260 unités réalisées, 4.300 en cours et 6.110 en voie de lancement. Les autres formules, telles que la location-vente ou le promotionnel, ne sont pas en reste. A titre d’exemple, sur 3.500 logements AADL prévus, 2.530 ont déjà été livrés. Il va sans dire que les travaux se poursuivent au rythme de l’affectation des terrains et leur viabilisation. En plus des partenaires étatiques qui sont l’AADL et l’OPGI, les nombreux chantiers de la nouvelle ville ont permis à plus de 40 promoteurs privés de travailler à plein régime et à des centaines de chômeurs d’y trouver un emploi dans le domaine de la construction.

«Plus aucun bidonville à Constantine d’ici 2010»

Affubler du sobriquet de «New York» l’un des plus grands bidonvilles qui avaient enlaidi Constantine des décennies durant, c’est faire preuve d’un sens aigu de la dérision, sinon de la provocation. «New York» était un immense bidonville qui séparait la cité Daksi et le très populeux quartier d’El Gammas. Plus de 2.500 familles y vivaient dans des conditions dégradantes. L’eau et l’électricité étaient piratées et la prostitution et le trafic de drogue faisaient bon ménage. Non loin de là, et en contrebas du quartier populaire de Oued El Had, un autre bidonville abritait plus de 5.000 habitants. On l’appelait tout bonnement «Al Qahira» (Le Caire). A mi-chemin entre les deux sommets de la ville (Djebel El Ouahch et Ziadia) et le centre-ville, se trouve le quartier antique Emir Abdelkader (ex-Faubourg Lamy) qui était complètement défiguré par les constructions illicites, l’anarchie urbanistique et les bidonvilles des carrières «Lantini et Gance» et «Tanoudji». Des milliers de «favélas» encerclaient la ville du Vieux Rocher de toutes parts et constituaient la ceinture de la pauvreté qui donnait à Constantine la peu enviable apparence d’une ville déchue. Au début des années 1990, les autorités avançaient le chiffre de 18.000 gourbis construits un peu partout (Mansourah, El Ménia, le Bardo, la zone industrielle, Boumerzoug, la cité El Bir et Aouinet El Foul). L’Etat et la société qui faisaient alors face à une grave situation sécuritaire, étaient forcés, dans le même temps, de gagner la bataille du logement et de l’urbanisme. Le pari de la nouvelle ville Ali Mendjeli était en définitive concluant, et ce sont des milliers de familles que l’on a sorties de l’enfer des bidonvilles. Mais le défi n’est pas pour autant gagné totalement et d’ici à l’année prochaine, assurent les autorités locales, «aucun bidonville ne persistera» à Constantine. Dans le domaine de l’équipement socio-éducatif, de nombreuses réalisations ont vu le jour et sont fonctionnelles depuis des années. D’une capacité d’accueil de 16.000 places pédagogiques et de 10.000 lits, sans oublier le centre sportif de 2000 places, l’université Ali Mendjeli permettrait à la nouvelle ville d’acquérir le statut de grand pôle universitaire national. Avec la réception, au mois d’avril 2010, de la ville universitaire qui abritera entre autres, une dizaine de facultés d’une capacité de 52.000 places pédagogiques, 19 résidences universitaires, un parc scientifique et un pôle sportif, ce sera, pense-t-on, le début d’un vrai avenir pour la nouvelle ville Ali Mendjeli longtemps considérée par certains comme une «aventure incertaine». En parallèle, 2 lycées, 12 groupements scolaires, 6 CEM et 1 centre de formation professionnelle ont été réalisés et permettent aujourd’hui à plus de 11.000 élèves de poursuivre leurs cours dans des conditions normales.

Les infrastructures

Au chapitre de la santé, un hôpital militaire ultramoderne, d’une capacité de 500 lits, y a été installé afin de permettre à l’APC de Didouche Mourad de combler son déficit en matière d’infrastructures sanitaires en prenant possession de l’ancien hôpital de l’ANP. La localité de Didouche Mourad avait subi, ces dernières années, une grande pression démographique. Des milliers de bénéficiaires de logements sociaux ont été affectés vers cette commune située à quelque 16 km au nord de Constantine, et qui va pouvoir désormais bénéficier d’une structure sanitaire adéquate. S’agissant des autres équipements d’accompagnement, de nombreuses infrastructures ont été réalisées à l’image du siège d’une sûreté urbaine, une agence des Postes et Télécommunications et une salle omnisports. D’autres installations sont en cours de réalisation entre sièges de plusieurs administrations, hôtels urbains et une unité de la protection civile. Administrativement, la nouvelle ville Ali Mendjeli est rattachée à la daïra d’El Khroub. Mais ce statut provisoire ne semble pas la rétrograder sur le plan social, au vu des réalisations qui y ont été implantées. Avec le futur stade olympique et la prochaine jonction avec la ligne de tramway, les concepteurs de la nouvelle ville Ali Mendjeli auront au moins réussi le pari de donner forme à un rêve que caressaient des générations entières de Constantinois: ériger un véritable pôle urbain qui ne soit pas considéré comme une simple extension de la ville de Constantine.

Polémique constructive ?

Gigantesque et grandiose, l’ambition de faire jaillir du néant toute une concentration urbaine avait tout pour susciter ce qu’on a appelé, ici dans la Ville des ponts, une «méga polémique» qui semble loin de s’estomper, au fur et à mesure que le projet avance ou n’avance pas. Pour ses partisans, il n’y a que des «esprits chagrins» qui refuseraient de se rendre à l’évidence et qui feraient mine d’ignorer l’impact positif d’une nouvelle ville près de Constantine. Les bidonvilles évacués de la capitale de l’Est vers la nouvelle cité, cheval de bataille des partisans, «vont générer une pagaille urbanistique, traditionnelle et comportementale», rétorquent les plus pessimistes. De ce côté-ci, on entend également dire que la nouvelle ville «risque de périr si des opérations de redressement ne sont pas entreprises au plus vite». «Désavouer et déprécier tout ce qui est nouveau est dans l’ordre des choses car d’autres pays ont connu de telles polémiques pour avoir vécu des mutations sociales et urbaines similaires», répondent encore, un tantinet philosophe, les défenseurs du maintien et de la poursuite du projet. C’est qu’à l’instar des autres grandes villes du pays, Constantine a payé très cher les frais d’un exode rural exceptionnel, aussi bien pendant la guerre de libération nationale que durant les dernières décennies. Aussi, les efforts consentis en faveur de la nouvelle ville Ali Mendjeli sont-ils considérés comme une véritable issue de secours, une bouée de sauvetage qui permettrait à Constantine de «ne pas mourir étouffée». Tout simplement. Aujourd’hui, pour beaucoup d’habitants, «Ali Mendjeli», bien qu’inachevée, est une ville à part entière qui possède une âme et des habitudes ancrées, mais qui a surtout l’ambition de se développer et de s’étoffer en infrastructures capables d’en faire, un jour, un «pôle rayonnant». Signe des temps ou évolution des mœurs, au moins 10% des 1.500 hectares affectés à ce site sont réservés aux espaces verts! Et c’est tant mieux pour les dizaines de milliers d’habitants supplémentaires que cette ville accueillera dans peu de temps, car les désormais «Medjelois» construisent déjà une identité à part, ils ont leur équipe de football fétiche, leurs couleurs et rêvent, au final, de se constituer en entité communale distincte.

Avec Le Financier


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