Par F | mars 6, 2012 12:24

Le Forum France Algérie, un regroupement indépendant et apolitique de personnes et d’organisations souhaitant promouvoir la place des Franco-algériens dans la société française, interpelle les candidats à la présidentielle en France sur diverses questions, notamment sur celle relative à la reconnaissance par la France de ses crimes coloniaux.

A travers un questionnaire destiné à ces candidats et dont l’APS a obtenu une copie, le FFA veut attirer l’attention et éclairer le débat électoral sur un certain nombre de thèmes qu’il souhaite mettre en avant dont celui du mémoriel.

Sur cette question, l’association des Franco-algériens affirme que la France “se doit de reconnaître que sa politique coloniale a été menée en contradiction avec ses principes républicains de liberté, d’égalité et de fraternité”. “La reconnaissance des fautes et crimes commis durant la période coloniale permettrait à notre pays de faire une fois pour toutes le deuil de l’épisode algérien tout en se projetant vers le futur”, ajoutent-ils.

Le Forum appelle à la reconnaissance des crimes d’Etat sur le sol français en 1961/62, désignant la répression sanglante des Algériens lors de la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris, et la manifestation du 8 février 1962, au métroCharonne, contre les crimes de l’OAS et pour la paix en Algérie.

Le FFA réclame également le restitution des archives, affirmant qu’en 1962, la France a quitté l’Algérie en emportant les archives civiles du pays, contraignant ainsi les autorités algériennes à un épuisant travail de reconstitution  et rendant plus difficile la mise en place de l’administration du territoire libéré. Les candidats à la présidentielle sont aussi interpellés sur la diversité et la cohésion nationale en France. A ce titre, le Forum estime que la France peine encore à reconnaître la diversité de sa population dans toutes ses dimensions (ethnique, culturelle, religieuse, etc.).

“Une partie des élites n’hésite pas (…) à miner la cohésion nationale au profit d’objectifs opportunistes de court terme en stigmatisant une partie des français et des immigrés ou en attisant la peur de l’islam”, observe-t-il, demandant aux candidats à la magistrature suprême quelles mesures prendraient-ils pour renforcer la cohésion nationale et lutter contre la stigmatisation dont sont victimes en particulier les franco-maghrébins.

L’association évoque également une “discrimination” à l’emploi, signalant que la population d’origine maghrébine et africaine sub-saharienne est particulièrement touchée par la discrimination à l’emploi. Elle cite, à cet effet, une étude du BIT, publiée en 2007, qui indique que sur 2440 offres d’emploi, la candidature d’un Français d’origine européenne a été préférée près de 4 fois sur 5 à celle d’une personne d’origine maghrébine ou noire africaine. Seuls 11% des employeurs ont respecté tout au long du processus de recrutement une égalité de traitement entre les deux types de candidats. Au chapitre de la citoyenneté et de la représentation politique, le FFA relève que les dernières élections régionales ont mis en lumière le taux d’abstention particulièrement élevé des populations vivant en périphérie urbaine. Pour lui, cela n’a rien de surprenant car, explique-t-il, quelle que soit la couleur politique du gouvernement, la condition des populations et les représentations institutionnelles de ces territoires ne cessent de se dégrader.

Parmi ces populations, les Français d’origine non-européenne et les immigrés sont particulièrement touchés, signale le FFA, pour qui deux phénomènes étroitement liés semblent expliquer ce processus : la sous-représentation politique de ces populations et leur exclusion des processus de décision les concernant S’agissant de l’Islam et de la laïcité, le FFA dénonce les tentatives de dépeindre l’islam comme une “menace” à la laïcité et aux valeurs traditionnelles de la France. Il met en garde contre les attitudes de “stigmatisation des musulmansfrançais qui ont pour effet de rejeter ces derniers hors de la communauté nationale et de les pousser à privilégier l’identification à la oumma (communauté des musulmans), affaiblissant par la même la cohésion nationale”.

Le Forum France Algérie considère que la grande majorité des musulmans de France souhaite vivre sa foi de manière paisible en accord avec les lois et coutumes françaises. Il appelle à un changement de regard sur l’islam dont les représentants devront pour leur part contribuer à l’effort d’adaptation de l’islam aux réalités du 21ème siècle (Ijtihad) afin de garantir, escompte-t-il, la “meilleure insertion possible” de cette religion dans le paysage français.

Par ailleurs, le FFA constate avec “regret” les conditions de durcissement des lois relatives à l’entrée et au séjour des étrangers. Il réprouve l’utilisation du débat sur l’immigration à des “fins politiciennes et électoralistes” ainsi que les “entorses” aux droits de l’homme qui sont occasionnées par les nouvelles règles relatives à l’entrée et au séjour des étrangers. Le Forum estime aussi que les conditions d’octroi de visas de séjour en France ont été considérablement durcies au cours du dernier quinquennat, jugeant que le coût “excessif et dissuasif” devrait être revu à la baisse d’autant, rappelle-t-il, que ce montant n’est pas remboursé en cas de refus.

Dans son questionnaire aux candidats à la présidentielle, le FFA a soumis des propositions qu’il souhaite voire insérées dans leur programme électoral. Parmi celles-ci, l’organisation d’une campagne nationale dans tous les médias sur la reconnaissance de la diversité avec une implication “forte” du chef de l’Etat.

Concernant l’Islam, il estime que la reconnaissance de la culture musulmane au sein de l’identité française est un “point névralgique pour l’avenir collectif”, soutenant, par ailleurs, la proposition d’introduire une fête musulmane et d’une fête juive (en remplacement de deux autres jours fériés) dans le calendrier français. Un premier questionnaire du Forum France Algérie a été remis au candidat du Modem (Centre-droite) à la présidentielle, François Bayrou, lors de sa tournée vendredi à Mantes-la-Jolie, dans la banlieue parisienne.

Le FFA compte comme parrains les personnalités suivantes : M. Mouloud Aounit, Pr. Abdekrim Allouache, M. Ghaleb Bencheikh, Mme Khedidja Bourcart, Mme Hanifa Cherifi, M. Nacer Kettane, Mme Betoule Lambiotte, M. Benjamin Stora, Mme Wassyla Tamzali.

Le Forum compte organiser une conférence de presse le 10 avril prochain  au cours de laquelle il présentera les résultats de son enquête.

R.T



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