Par F | décembre 19, 2012 8:31
Francois Hollande, Socialist Party candidate for the 2012 French presidential election, attends a meeting at his campaign headquarters in Paris

Le président français François Hollande sera accueilli les 19 et 20 décembre 2012 en Algérie pour une visite officielle de deux jours. Cette visite d’État est perçue différemment par les divers acteurs de la classe politique du pays. Qu’en attendre ?

Alors que les deux chambres du Parlement algérien se sont réunies le lundi 17 décembre en session extraordinaire à la convocation du Président Abdelaziz Bouteflika, à l’effet de préparer les modalités relatives à cet important événement, les partis islamistes brandissent déjà la menace de  boycotter le discours de François Hollande devant le parlement – un discours qu’ils considèrent déjà « vide de sens ». Ils mettent en avant les crimes commis durant la « longue nuit coloniale » qui nécessitent, « réparation » et des « excuses officielles » au nom du peuple français. L’Alliance verte, confédération politique regroupant plusieurs formations islamistes (Mouvement de la société pour la paix, El Islah et Ennahda), a vu le jour quelques mois seulement avant les élections législatives du 29 mai 2012 pour constituer un front commun dans le Parlement et fait le forcing pour faire passer un projet de loi criminalisant le colonialisme.

Avec cette insistance à faire plier le chef de l’État français devant leur exigence aux visées politiques lointaines, l’alliance verte cherche certainement l’augmentation de sa cote auprès de la population à travers ce buzz médiatique. Pourtant cette stratégie semble quelque peu paradoxale, eu égard par exemple aux ambitions des jeunes Algériens qui attendent une augmentation du nombre de visas octroyés par la France. Ensuite, le boycott de François Hollande paraît presqu’incongru puisque le Président français a déjà  franchi un pas en tenant à reconnaitre, au nom de l’Etat français, les crimes du 17 Octobre 1961 à Paris – un geste loin d’être anodin sur l’échiquier relationnel entre les deux pays qui restent liés par une histoire douloureuse.

En revanche, cette position « dure » ne semble pas partagée par les partis au pouvoir, à savoir le front de libération national (FLN) et le rassemblement national démocratique (RND) qui ont préféré garder le silence et opté pour la politique du wait and see. Même positionnement chez le plus vieux parti d’opposition, le front des forces socialistes (FFS), duquel n’émane aucune lecture.

Pour les deux premiers, la balance penche largement du côté des dividendes que la partie algérienne doit tirer de cette visite – afin de mieux assurer une embellie économique. Les Français étudieront bien sûr les moyens de préserver leur place sur le marché  algérien, histoire de ne pas se laisser distancer par la Chine. Mais pour l’Algérie, la France reste le premier partenaire, avec 11 milliards de dollars d’échanges commerciaux et elle est le premier investisseur hors hydrocarbures, avec près de 400 entreprises. Ces dernières ont créé près de 30.000 emplois directs et plus de 100.000 emplois indirects.

La déclaration de partenariat qui sera au programme d’action des cinq années à venir, explique largement le « silence » des deux partis du pouvoir sur le volet de la colonisation. Plusieurs autres dossiers importants comme les contrats commerciaux dans l’agroalimentaire, l’agriculture et l’industrie seront à l’étude. Idem pour celui  relatif à l’installation d’une usine de montage de véhicules Renault à Oran qui  sera aussi au menu des débats entre les responsables des deux pays. Cette future usine implantée à Oran sera détenue à 51 % par l’État algérien – via la Société nationale des véhicules industriels (SNVI) et le Fonds national d’investissement, Renault possédant les 49 % restants. Elle devrait disposer, à partir de mi-2014, d’une capacité de production annuelle initiale de 25 000 véhicules, avant d’atteindre les  75 000 exemplaires. Une aubaine pour des centaines de sans-emplois algériens.

Le discours du chef de l’état français sera ainsi très attendu par l’opinion publique en général et les parlementaires en particulier. Il revêt une dimension toute spéciale puisque jamais un président français n’a eu l’opportunité de discourir devant les parlementaires algériens. Nombreux sont ceux qui souhaitent que ce discours soit de nature à répondre aux attentes des Algériens qui aspirent à plus d’ouverture et de souplesse notamment dans le mouvement des personnes et des biens entre les deux rives de la méditerranée. « C’est une visite décisive pour l’avenir des deux peuples liés les uns aux autres. Elle sera certainement de nature à aplanir les différends qui ont tendance à encombrer les relations entres les deux pays » nous fait remarquer un ancien député qui a souhaité garder l’anonymat.

L’ouverture de la France à l’égard du peuple algérien ne doit cependant pas être vue comme une planche de salut. L’ouverture majeure dont a besoin le peuple algérien demeure encore celle de son propre régime, en matière de promotion des libertés économiques et de lutte contre la corruption notamment : faire en sorte de mettre fin à « l’apartheid économique » algérien entre ceux qui sont proches du pouvoir et les autres. Si le Président français décide de faire des excuses pour la colonisation, espérons qu’il aura la bonne idée de faire aussi passer cet autre message nettement plus crucial pour l’avenir des algériens, et ce, de manière subtile et diplomatique bien sûr, à ses hôtes.

Kaci Bensaid est le nom de plume d’un observateur de la vie politique algérienne.

Cet article a été initialement publié sur LibreAfrique.org



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