Par F | novembre 13, 2013 4:05
Abdou-Semmar1

Mourir d’amour, voila l’autre destin tragique des jeunes algériens dont on parle si peu. Oui, mourir d’amour parce qu’une société arriérée diabolise encore et toujours ce sentiment noble, puissant, cette sensation abyssale, cette passion vitale. Mourir et se suicider lorsqu’on nous empêche de communier avec l’être aimé, de vivre et de partager le reste de notre vie avec cette personne pour laquelle on se réveille chaque jour. 

Mourir d‘amour, c’est le sort qui a été réservé à ces deux jeunes originaires de Jijel. Un jeune homme et une jeune femme qui s’aimaient éperdument. Un jeune homme et une jeune femme qui cultivaient intimement leur jardin secret sans déranger personne, sans inquiéter personne, sans menacer quiconque. Un couple qui respirait le bonheur lorsqu’il état uni face aux horizons lointains d’un pays incertain. Un couple qui puisait la force de son existence dans les sentiments qui le bouillonnaient jusqu’à l’extase. Mais voilà, le regard des autres, leur insupportable envie et leur désespérante méfiance à l’égard du sentiment amoureux, ce sentiment qui résiste à toutes les normes, tous les interdits, a fini par rattraper ce couple dans ses rêveries solitaires.

Le rêve devient cauchemar lorsque la jeune fille âgée de 18 ans et le garçon de 19 ans se retrouvent séparés par l’arbitraire d’une société qui ne croit pas aux mariages d’amour. Qui ne le tolère même pas à vrai dire. Les parents de la jeune fille décident ainsi d’intervenir pour mettre fin à cette passion amoureuse qui les indignaient jusqu’au plus haut point. Ils obligent ainsi leur fille de contracter un mariage forcé. Le comble du tragique. Un mariage forcé pour ravir leur fille à ce bien-aimé qu’ils n’ont jamais accepté. Un mariage forcé pour redonner la raison à leur fille qui n’écoutait que son cœur. Désespéré, le couple se jette sans réfléchir dans les bras de la mort. Les deux amoureux mirent fin à leurs jours ce mercredi à Jijel. Vers 6 heures du matin, ils se sont jetés du haut d’un immeuble, nous apprend à ce propos notre confrère Tout sur l’Algérie. Ce suicide intervient à la veille du mariage de la jeune fille avec son mari indésiré, inconnu et imposé par ses parents. Les amoureux ont donc résisté jusqu’au bout. Ils ont tout essayé en espérant que la folie arbitraire de la société qui les entoure cessera de s’acharner contre eux et épargnera leurs sentiments.

Ils ont cru jusqu’au bout à leur histoire et à leur amour. Mais face à la société algérienne, on ne peut rien y faire. Mourir d’amour, voila le choix qu’ils ont adopté. Ont-ils eu raison ? Rien justifie qu’on mettre fin à ses jours. Mais leur mort doit interpeller nos consciences. Pourquoi en 2013, une société s’oppose à l’union de deux personnes amoureuses ? Comment peut-on vivre et s’accomplir dans un pays où l’amour dérange, inquiète et demeure, quelques fois, sous le sceau de l’interdit ? Ces questions sont dramatiquement soulevées par le suicide de ce couple originaire de Jijel. Ces Roméo et Juliette de l’Algérie de 2013 saisissent notre âme jusqu’à dans ses tréfonds. Leur mort nous rappelle également le destin tragique de ce jeune originaire de Tipaza qui s’est immolé parce que le père de sa bien-aimé a tout fait pour l’empêcher de prendre pour femme. Leur mort nous rappelle les destinées émouvantes de plusieurs couples algériens qui s’aiment clandestinement, dans le silence le plus totale, parce qu’ils ne sont pas tolérés par une société allergique aux relations amoureuses et aux désirs ardents. Non, la mort tragique des deux amoureux de Jijel ne pourra jamais être vaine. Car à partir aujourd’hui, si nous ne laissons pas nos jeunes s’aimer en toute liberté, ils finiront tous par mourir d’amour…



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