Le décès du grand militant que fut Hocine Aït-Ahmed remet au goût du jour l’enseignement de l’Histoire dans notre pays. Il a donc fallu son décès pour que le commun des Algériens découvrent les multiples dimensions du personnage de cette figure emblématique de notre histoire. En 2015, peu d’Algériens savent réellement que le défunt fut l’un des plus grands dirigeants du Mouvement national et de la révolution algérienne ! 

Et oui, durant les années de l’indépendance, des générations d’Algériens ne savaient de cet homme et d’autres que très peu de choses. Le rôle de Hocine Aït-Ahmed a été réduit à de simples apparitions furtives dans des événements historiques qui ont marqué notre pays. Ainsi, après l’avoir traîné dans la boue et qualifié de tous les sobriquets, des figures du pouvoir politique, dont beaucoup n’ont pas changé depuis l’indépendance, reviennent au devant de la scène pour dire aux Algériens que cet homme a été « un père fondateur » de l’Algérie. Cela est vrai. Mais ces dirigeants devront un jour expliquer aux Algériens, notamment les jeunes générations, comment et pourquoi on leur a caché cette vérité durant des décennies.

Cet ostracisme ne concerne malheureusement pas que Hocine Aït-Ahmed.  D’autres figures, encore en vie, sont pratiquement bannies de l’historiographie officielle. C’est le cas de Djamila Bouhired. La dame, qui symbolise la lutte et le courage de la femme algérienne face à l’oppression coloniale, ne figure pratiquement dans aucun document historique. Pis, durant des années, des Algériens pensaient que celle qui avait brandi un sourire narquois à un juge qui venait de prononcer sa condamnation à mort n’était plus de ce monde. Les dirigeants algériens, à commencer par Houari Boumediène, Abdelaziz Bouteflika et d’autres faisaient même croire aux dirigeants étrangers, qui cherchaient à la voir, que Djamila Bouhired vivait en France. Pourtant, son appartement est situé à seulement deux pas de la Présidence de la République et du ministère des Affaires Etrangères.

En janvier 1992, des millions de jeunes algériens découvrent, stupéfaits, qu’un homme qui s’appelait Mohamed Boudiaf avait joué un rôle important lors de la guerre d’indépendance. Mais durant 30 ans, son nom n’était cité que lorsqu’il ne pouvait être évité. De la même manière que ce même pouvoir, qui monopolise et la mémoire et l’Histoire du peuple algérien, continue à dire et à écrire que Ramdane Abane est « tombé au champ d’honneur », lui qui était assassiné par ses compagnons d’armes.

Cet état d’esprit transparaît même dans le message d’Abdelaziz Bouteflika dans lequel il est écrit que feu Hocine Aït-Ahmed « s’opposait » pour exprimer son « désaccord » avec « certains dirigeants politiques ». Une manière de signifier que le défunt n’était pas forcément contre le pouvoir actuel. Une autre supercherie historique qui s’ajoute à celles qui ont marqué ce pays depuis l’indépendance.

Essaïd Wakli

 

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