Les luttes autour de la transcription de tamazight commencent et sont déjà assez vives. Si certains soulignent la nécessité d’une approche objective et pragmatique, d’autres, mettent en avant des préalables idéologiques pour défendre tel alphabet aux dépends d’un autre.

«Tamazight est actuellement enseignée dans les universités à travers une retranscription avec des caractères latins et il est envisageable de le faire avec des caractères Tifinagh», a affirmé, ce matin, Djamel Nehali, chercheur et spécialiste de la langue berbère et chef de département de la langue et la culture amazighe à Batna, sur les ondes de la radio nationale.

L’approche adoptée par cet universitaire marque une certaine rupture avec celle préconisée par la communauté scientifique spécialisée dont les recherches ont débouché sur consensus selon lequel les caractères gréco-latins sont les plus à même de garantir le développement de la langue amazigh.

De l’avis du Dr Lounaouci, sociolinguiste, la fonctionnalité d’une langue est « franchement accessoire » par rapport au choix du caractère dans la mesure où, d’une part,  » tout graphème porte en lui une symbolique à charge émotionnelle et identitaire », et d’autre part, où « l’écriture a toujours été la propriété des décideurs qui en font un instrument efficace de pouvoir… »

Dans la conjoncture actuelle, il est clair que l’adoption de tifinagh comme alphabet véhiculant la langue représente un obstacle pour l’essor de cette langue et un gâchis, si on venait à prendre en compte les décennies de latinisation de l’enseignement de tamazight.

Entre ces tendances, la mouvance islamo-conservatrice, qui n’a jamais rien produit dans le domaine, s’inscrit dans la négation des deux formes qui représentent « une atteinte à la sacralité de lalangue du coran porteuse de division et de discorde ».

La polémique entourant cet aspect purement technique concernant l’enseignement de la langue amazigh à été, depuis de nombreuses années, l’objet de toutes les manipulations de la part du pouvoir politique qui a renié ce trait inaliénable de la société algérienne jusqu’a l’aube des années 2000, où les autorités ont été contraintes de reconsidérer une politique fortement contestées par une communauté amazighe déterminée à se faire entendre.

La question de l’amazighité de l’Algérie a de tout temps été une question politique. Les autorités algériennes semblent opter à travers la création d’une académie de la langue berbère rattachée à la Présidence pour une monopolisation de cette question afin de l’étouffer définitivement à un niveau institutionnel.

Le parti pris pour l’usage des caractères tifinagh n’est qu’un aspect de cette volonté politique d’enterrer la question identitaire. Si le pouvoir politique réussit a imposer les caractères tifinagh dans le cadre de l’académie de la langue berbère, l’enseignement de cette langue, et par extension la culture amazighe, se trouveront définitivement prisonnière d’un modèle d’enseignement archaïque se heurtant à des difficultés techniques majeures et une attractivité culturelle réduite.

Massinissa Mansour

Article précédentEquipe nationale de football/ Benzia et Ounas réfutent leur engagement
Article suivantAbdelaziz Bouteflika désavoue Ahmed Ouyahia/ L’article 51 sur les binationaux amendé