L’état de déliquescence de nos hôpitaux a été mainte fois au centre d’interminables débats depuis un certain temps. Des promesses ont été faites et des responsables ont été limogés, mais leur situation demeure préoccupante. Aghiles M, 20 ans, peut être considéré comme damné pour être tombé malade en Algérie. Il a passé plus de sept heures à faire la navette entre les établissements de santé publics et privés de la capitale avec six grammes de glycémie.        

Un parcours du combattant dont le premier acte s’est déroulé, hier dimanche 13 mars, au CHU de Beni Messous. Après une longue attente, durant laquelle nous avons eu l’opportunité de mesurer l’ampleur de la désorganisation des services d’urgences médicales, Aghiles est allé lui-même chercher son médecin, « deuxième couloir, indiquait la réceptionniste». Après avoir été sommairement ausculté, on lui établit un diagnostic basé sur des approximations qui s’est avéré par la suite faux.

Le patient présentait les symptômes classiques d’une hyperglycémie, vérifiés par nos propres moyens: «HI» indiquait l’appareil de mesure glycémique, soit plus de six grammes de sucre par litre de sang. Comble de l’absurde:  «l’hôpital ne dispose pas de moyens pour mesurer la glycémie», annonçait le médecin. Étonnant quand on sait qu’un budget spécial est consacré à l’achat des bandelettes réactives, car les glucomètres sont fournis gratuitement par les distributeurs. En plus des interrogations sur l’équipement de l’hôpital, Aghiles a dû faire face à un personnel nerveux, surmené et sous pression. «Nous sommes impuissants», expliquait un médecin, ajoutant, dépité: «Nous manquons cruellement de moyens».

Devant cette situation sans issue, le jeune patient, accompagné de sa mère, a du recourir aux services de la clinique privée Al-Azhar, sise à Dely Ibrahim. Arrivés sur place, le désenchantement n’était que plus fort. Les deux malheureux se sont sentis exploités par un établissement marqué du sceau du mercantilisme. À l’entrée de l’établissement, Aghiles et sa mère ont fait la rencontre d’une noble personne qui les a conseillés: «Allez ailleurs » leur a-t-elle dit. «Ici on va vous ruiner pour rien. L’hôpital ne dispose pas d’un service pour diabétiques», a-t-elle avoué.

L’acte trois de cette éprouvante journée se déroule à l’hôpital de Birtraria, à El-Biar. Un sentiment de soulagement est né dans cet établissement hospitalier. Aghiles a été pris en charge convenablement. «Une équipe formidable», a affirmé la mère d’Aghiles, qui a tenu à remercier l’infirmière Boussenoun Amina et le Dr Djahni qui étaient «exemplaires» (…) «un honneur pour les femmes algériennes, de véritables exemples», a-t-elle affirmé sur un air satisfait.

A Birtraria, Aghiles a passé plus de trois heures avec les médecins qui l’ont correctement et chaleureusement pris en charge. On lui a diagnostiqué un diabète type 1 insulinodépendant sur des bases concrètes et non sur des suppositions. Après avoir fait baisser son taux de sucre dans le sang, Aghilés a été conseillé quant aux nouvelles habitudes à adopter en matière d’hygiène alimentaire.

Cette virée à travers des établissements hospitaliers de la capitale a mis en exergue l’état de mauvaise santé de notre santé dans un pays qui recèle tant de ressources.

Massi Mansour

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