Dix-sept ans après son lâche assassinat, le 25 juin 1998 à Thala Bounane, sur la route reliant le chef-lieu de la wilaya de Tizi-Ouzou à son village d’Aït Douala, en Kabylie, Matoub Lounès continue de hanter tous les esprits. Aussi bien ceux de ses fans que ceux de ses ennemis assumés ou occultes.
Ses fans, endeuillés, immortalisent ‘Le rebelle’ à chaque instant de leur vie en réécoutant religieusement sa très large et variée discographie. Une oeuvre, dont l’engagement infaillible contre l’arbitraire et l’obscurantisme et en faveur de la démocratie et le progrès, lui confère une sacralité qui ne cesse de prendre de l’intensité au fil des années. A tel point que sa maison, où est exposée sa voiture criblée de balles, et sa tombe sont devenus de véritables lieux de pèlerinage aux assoiffés de démocratie de tous bords. Hommage y est rendu à Lounes, comme aiment l’appeler ses fans, à longueur d’année. Le jour anniversaire de son assassinant demeure toutefois la date de l’année où Matoub se rebelle contre la mort et revient parmi les siens. Des concerts lui sont dédiés à cette occasion un peu partout dans le monde.
A l’opposé, ses ennemis, regroupant les commanditaires de l’attentat meurtrier, les exécutants et ceux qui en tirent bénéfice, tentent inlassablement, mais vainement, d’occulter ce personnage mythique de l’Algérie post-indépendance. Dix-sept ans plus tard, la vérité sur l’assassinat du poète n’a toujours pas eclaté. La famille du martyr la réclame encore.
Pour ses proches, notamment sa sœur Malika, présidente de la fondation qui porte le nom du chanteur, le procès de l’assassinat de son frère « n’a jamais eu lieu ». D’après elle, le procès de 2011 au tribunal de Tizi-Ouzou, duquel la famille du défunt s’était retiré, n’était qu’ « une parodie » de justice. Outre l’absence d’un véritable procès sur cet assassinat, que les observateurs s’accordent à qualifier de politique, le nom de Matoub Lounès est quasi-inexistant sur les frontons d’institutions et lieux publics. Hormis une petite placette baptisée dans la capitale du Djurdjura, il ne figure nulle part ailleurs dans son pays. En France, par contre, plusieurs rue portent le nom du Rebelle.
En attendant que la vérité éclate enfin, pour que la famille du défunt et ses fans puissent enfin faire leur deuil, Matoub continuera d’exister éternellement dans le cœur de ceux qui font de son idéal le leur. « Un poète peut-il mourir »?