Par Salah ZIAD

Lors d’une soirée offerte mercredi aux participants au 151ème sommet de l’OPEP, Chakib Khalil, ministre algérien de l’énergie et président en exercice de ce cartel, n’a pas caché sa satisfaction quant aux résultats issus de la rencontre d’Oran.

Mais la satisfaction du ministre aura été sans doute de courte durée. Les prix ont continué leur dégringolade puisque le pétrole s’échange sur la place de Londres et de New York aux alentours de 35 $. Autrement dit, il a perdu plus de deux fois le gain qu’il avait réalisé au courant de la dernière semaine. Plus grave encore, juste après l’annonce de la décision de l’OPEP de réduire le volume de sa production de 2.2 millions de barils /jour, les prix se sont orientés vers la baisse. Pourtant, cette réduction a été jugée historique. Comment saisir donc cette réaction négative ? Ce qui s’est passé lors de ce sommet n’est pas totalement étranger à ce désenchantement. En premier lieu, l’attitude de la délégation saoudienne a sapé, probablement à l’insu des premiers producteurs mondiaux, ce sommet. Dès son arrivée à l’hall de l’hôtel Sheraton d’Oran, le ministre saoudien a déclaré à la presse, présente en grand nombre, que la réduction serait de l’ordre de 2 millions de barils jour. C’était avant le début des travaux de la commission des experts et surtout vingt quatre heures avant l’ouverture du sommet. Ce qui a donné suffisamment de temps au marché mondial du pétrole d’assimiler l’information. La veille, Chakib Khalil s’est contenté de dire que la réduction serait substantielle, sans pour autant avancer de chiffre. Quelques heures après, les prix sont partis à la hausse, dépassant même le seuil de 50 $ sur le marché new yorkais. Donc comment expliquer ce youyou des prix en l’espace de 24 heures, sinon par l’annulation pure et simple des effets psychologiques, extrêmement importants dans la détermination des prix de cette matière première sujette à la spéculation. Autrement dit, l’affirmation du ministre saoudien, considéré de fait comme l’acteur principal puisque son pays assure 12% de la production mondiale, a rendu nul tout effet de surprise. Pour rattraper le coup, Chakib Khalil a parlé, à sa sortie du sommet, de « surprise ».

L’autre fait qui a un peu participé à l’échec ou réussite teintée de ce sommet (c’est selon) est incontestablement la venue de Bouteflika qui était en visite de travail à Oran à l’hôtel Sheraton. Tous les regards étaient braqués sur l’attitude de la Russie lors de ce sommet, dont la délégation a été la plus importante. L’arrivée du chef de l’Etat a éclipsé au second plan la présence des russes, qui finalement se sont contentés d’une déclaration sujette à toutes les interprétations. En effet, les russes, désormais observateurs permanents alors que la question de leur adhésion était sur toutes les bouches, se sont prononcés pour une réduction de leur production en cas où les prix continueraient leur chute libre. Ce qui a été assimilé par certains analystes à une promesse plutôt qu’à un engagement. Il faut dire que la coïncidence du calendrier a quelque peu « bousillé » la décision de l’OPEP. Au même moment où ce cartel a annoncé le volume de sa réduction, l’Institut américain du pétrole a publié le bulletin sur les réserves des stocks de ce pays. Au lieu d’une augmentation de l’ordre de 300.000 barils, attendus par la plupart des analystes, on indiqua 500.000 barils. Or, les prix du pétrole obéissent d’avantage à de la demande qu’à l’offre. Dans ce sens, la vague de froid qui s’abat sur certaines Etats américains ne manquera pas de relancer la demande. Ce qui se traduira par un raffermissement des prix probablement à partir de la semaine prochaine.

De manière générale, désormais les analystes tablent leur prévision pour les mois prochains sur un prix tournant autour de 30 $ le baril. La réduction décidée par l’OPEP ne prendra effet qu’à partir du mois janvier. Reste la question la plus importante concernant le respect des décisions prises. Or, ce qui a entamé la crédibilité de cette organisation est justement le manque de rigueur de ses membres. Le discours de Bouteflika aux participants à ce sommet a été clair dans ce sens. « Décidez et appliquez » tonnera t-il. Mais d’une façon globale, le 151ème sommet, tenu à Oran, a permis au moins de stopper l’hémorragie des prix. Mais désormais certains pays de l’OPEP doivent se préparer au courant des mois à venir à des prix très loin des 75 $ le baril, prix estimé pouvant arranger producteurs et consommateurs. Autant dire que l’ère après pétrole a sonné pour certains. Notamment pour l’Algérie……..

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