Protestation contre le massacre à Gaza: La rue et la foule sources de crainte pour le pouvoir algérien

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Salah ZIAD

Le génocide qui se déroule à Gaza depuis une semaine permet de tirer deux constats : la rue algérienne, connue pour sa propension à l’émeute et à la jacquerie, n’est plus un espace d’expression politique au sens réfléchie et concertée. Le second constat est que désormais il n’existe plus en Algérie de formations politiques, d’organisations ou associations en mesure de mobiliser les citoyens autour de questions les concernant directement.
Autrement dit, ce qu’on a longtemps ressassé sous le vocable de « société civile », visible et bruyante lors des élections et des célébrations officielles, n’a aucune existence réelle et effective. Pour ne pas heurter la sensibilité de certains, notamment des syndicats autonomes, disons que l’exception qu’elle présente confirme la règle.

Actuellement, une question taraude le simple citoyen algérien dont les yeux sont rivés sur la chaîne Al Djazeera qui couvre aussi les manifestations populaires dans plusieurs villes et capitales arabes. Le simple citoyen s’interroge sur son incapacité et sur l’impossibilité pour lui d’investir la rue pour manifester, à l’instar des millions d’autres citoyens à travers le monde, son refus et sa colère contre le massacre des populations civiles à Gaza par l’armada israélienne.
Il est persuadé qu’il sera confronté aux forces de l’ordre d’une part et d’une autre il attend désespérément qu’un quelconque « sigle » prenne l’initiative pour appeler à une telle entreprise.

Du coup, il réalise que les centaines d’associations et de partis politiques, habitués à occuper l’espace public quand il s’agit de déclarer leur allégeance au président de la république, se sont éclipsées.
Habituées à réagir sur la base des ordres émanant des différents centres du pouvoir, ces associations et organisations sont dans l’incapacité d’initier une quelconque action de leur propre chef, conclut-on.
Plus grave, le drame de Gaza a révélé un autre risque propre à la société algérienne : la peur qu’inspire la foule, pour ne pas dire les masses, aux services de sécurité et partant au pouvoir.
La rupture entre les anonymes et les représentants de l’autorité semble consommée et irrémédiable.
Suspects, porteurs de tous les risques, capables de tous les dérapages, voilà comment sont perçus les algériens par ceux censés les protéger et leur offrir les conditions idéales pour exprimer leur point de vue.
Lundi dernier, lorsque quelques dizaines d’intellectuels oranais ont tenté de marcher à la Place du premier novembre pour protester contre les massacres de Gaza, des policiers ont essayé de les empêcher. L’argument avancé par les éléments des forces de l’ordre ne souffrait aucune ambigüité « des jeunes risquent de glisser parmi vous et provoquer des troubles ». D’ailleurs, la marche improvisée s’est terminée sans que ses initiateurs, tous universitaires, ne soient inquiétés. Par contre deux jeunes ont été interpellés.
C’est justement cette peur des masses et notamment des jeunes qui explique le choix des leaders politiques, notamment de la coalition présidentielle, d’opter pour des meetings dans des espaces clos.
Celui présidé par Bel Khadem et Sidi Said (patron de l’UGTA) au palais du peuple à Alger a été d’un pathétique ! Les deux caciques ont dû mesurer leur impopularité dans leur propre formation politique. Quant à l’indigence de leur intervention elle n’avait d’égale que l’indécence de leur démarche.
Actuellement, les responsables politiques des partis de la coalition, sont inscrits dans une course, dont les dessous sont des calculs électoralistes, visant aussi à contenir la colère grondante des foules.
Donc, à tour de rôle, les partis politiques de la coalition rivalisent en réunissant leurs militants et sympathisants.
Le véritable enjeu est d’étaler la force du parti et donc la place et le rôle que revient à chacun d’eux dans la prochaine campagne pour les présidentielles.
Apparemment, en optant pour la coupole, le MSP a marqué un point en regroupant une foule nombreuse. A Oran, des intellectuels, ne se réclamant d’aucune chapelle politique, ont eux aussi réuni des citoyens de différents bords à la salle CRIDISH, jeudi dans l’après midi.
Quant à l’investissement de la rue, désormais un des enjeux politiques majeurs en Algérie, des syndicats autonomes, dont le CNES, le SNAPAP, le CNAPEST, le SATEF et le SNTE ont décidé de sortir dans les rues d’Oran mardi prochain. Soulignons dans ce sens cette interrogation de Kaddour Chouicha, un universitaire syndicaliste, lors d’une discussion informelle :« comment trouver le moyen de s’adresser aux masses. Voilà ce qui nous manque ».
Ceux qui disposent de cadre d’expression, en l’occurrence la mosquée, ont réussi à braver l’interdit d’investir la rue.
Selon un reportage photographique diffusé dans l’après midi de vendredi par Echourouk on line, des fidèles, sortant de la mosquée Ennour d’Alger, ont pu organiser une marche improvisée.
Jusqu’à présent, nous disposons de très peu d’informations sur cette marche. Rappelons qu’elle intervient quelques jours après celle d’Oran qui n’a regroupé qu’une centaine de personnes.
En attendant un éclaircissement des choses, notons que certaines forces politiques, déclassées, seraient tentées de rebondir et se placer sur la scène politique. Mais faisons confiance aux capacités de discernement des citoyens….