Par Nassim Brahimi

A tout égard, Gaza s’irakise. Comme l’armée américaine, Tsahal s’empêtre dans ses crimes abominables et ses bavures préméditées.
Israël se cherche une sortie glorieuse, ou au moins peu ridicule. En outre, les médias se sont décrédibilisés en n’ayant une oreille attentive qu’aux souffrances du sud, pendant que le nord massacre et demande des prolongations pour tuer du Palestinien.

Inaudibles bombes phosphoriques, à fragmentation ou à détonation sulfureuse! Sont-elles devenues si silencieuses? On préfère ne rien entendre, ne rien écouter, c’est trop choquant et vindicatif.
Plus de place au «droit d’ingérence humanitaire» (marque déposée et droits d’auteur Bernard Kouchner). Peut-être qu’il n’y a rien d’humain à Gaza, juste des Gazaouis sans grande importance pour ne susciter que pareilles réactions.

Mater un peu le vocabulaire en vogue ces dernières trois semaines: Le génocide est ainsi vulgairement appelé «guerre», «hostilités» ou «conflit» carrément ; l’invasion d’un peuple par un autre est réduite scandaleusement à une action «défensive» ; la honte de tuer à volonté s’est transformée en un «droit d’auto-défense» ; les écoles, les hôpitaux et les ambulances sont devenus des «maquis» pour «terroristes» ; les résolutions de l’Onu ne sont plus contraignantes que pour les faibles ; le droit universel de manger et d’être soigné est désormais appelé «couloir vert» ; bombardé d’ailleurs en toute impunité, le devoir de réprimander les Etats voyous est restreint à de simples et timides appels au «cessez-le-feu»… De quoi réinventer les dictionnaires et inverser les valeurs.

Mais la langue n’est-elle pas comme l’Histoire? Il suffit d’être le plus puissant de son époque pour en imposer les définitions. Qui a dit que la justice était universelle? C’est ce qu’il y a de plus subjectif et relatif.

Elle change de peau en fonction de la victime et du bourreau. On disait, au début, que Gaza s’irakise. Elle l’est effectivement, parce que, dans ce conflit, on ne distingue que deux gagnants: Le Bushisme et Ben Laden, qui n’auraient pu, un jour, espérer mieux pour se ressusciter.

D’abord le Bushisme parce que tout y est: Un mensonge aussi gros que le nucléaire de Saddam, des armes destructrices mais pas à l’endroit où l’on nous l’indique, une information guidée en toute liberté d’expression, une diabolisation de tous les pacifistes, taxés de traitres car refusant la guerre comme moyen d’existence et un chèque à blanc pour tuer de l’Arabe, moins important que son sol ou sous-sol.

C’est la victoire de Ben Laden ensuite, parce que la frustration par les images ramène les plus modérés à l’extrémisme comme solution de rechange. Ce qu’il sait très bien et exploite intelligemment.
Ben Laden n’aurait pas mieux espérer pour vendre son idéologie de la confrontation par les kamikazes, à une jeunesse arabe piégée entre les caméras d’Al Jazzera, le désespoir de leurs pays et la «directive retour».

En y pensant de plus près et, au-delà des morts de Gaza, Israël a vraiment, vraiement foutu la pagaille.

Courage Gaza!

N.B.