Terroristes ou corrompus, mais jamais résistants ou partenaires pour la paix. C’est la définition qu’Israël donne aux Palestiniens et qui est reprise souvent en chœur en Occident.

Le 27 novembre 1967, quelques mois après l’occupation de Gaza, dans une conférence de presse tenue au Palais de l’Elysée, le général De Gaulle déclarait : « Israël ayant attaqué, s’est emparé, en six jours de combat, des objectifs qu’il voulait atteindre.

Maintenant, il organise, sur le territoire qu’il a pris, l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions, et il s’y manifeste contre lui une résistance, qu’à son tour, il qualifie de terrorisme ». Le général faisait-il une projection en tant qu’homme politique bien averti, ou était-il l’homme de la résistance qui a compris la logique de l’occupation ? Occupation engendre résistance que l’occupant qualifie de terrorisme.

Jean-Paul Bled, professeur d’Histoire à la Sorbonne, explique : « Le général, en disant cela, avait en tête l’expérience française de résistance et des maquis pendant la seconde guerre mondiale qui étaient qualifiés par les nazis comme actions et mouvements terroristes. Cette qualification est systématique tant qu’il y a de l’occupation militaire ».

Gaza, c’est la plus grande prison à ciel ouvert où se regroupent quelques centaines de milliers de Palestiniens, exactement 1,4 million de personnes, originaires pour la plupart des anciennes villes palestiniennes, qui sont devenues des villes israéliennes aujourd’hui, et qui se retrouvent à l’intérieur d’Israël actuel. Quelques grands-parents dans les camps de réfugiés de Gaza détiennent encore les clés de leurs maisons à Haïfa, à Askalan, ou à Jaffa. A ce moment même, la troisième génération de Palestiniens sont sous les bombardements dans leur ghetto qu’est Gaza, car « les terroristes du Hamas, qui détiennent le pouvoir, menacent les civils israéliens par leurs roquettes ». Des roquettes qui, et avec tout le respect pour les morts, en 12 ans ont fait 30 tués parmi les civils israéliens. Depuis le début de l’agression israélienne, fin décembre dernier, le nombre de morts palestiniens a dépassé les 800, dont la moitié des enfants et des femmes.

Le « désengagement unilatéral » de Gaza, ou le retrait israélien depuis deux ans, sans pourtant mettre terme à l’occupation militaire, a signifié non seulement « un développement séparé », mais un apartheid appliqué à la lettre, comme ce programme du « développement séparé des races » appliqué en Afrique du Sud. Le désengagement de Gaza a coûté plusieurs milliards de dollars pour indemniser chaque colon avec 200 000 dollars, tandis que les habitants palestiniens du « ghetto » de Gaza subissent un blocus sévère, souffrent du chômage, vivent depuis 1967 dans la misère et encore grâce à l’Unrwa et l’aide internationale.

En Cisjordanie où les gens vivent derrière « le mur de séparation », construit sur la terre palestinienne, l’Autorité palestinienne subit une autre guerre israélienne. Israël la qualifie tantôt de corrompue, tantôt de « pas un partenaire pour la paix ». Cette Autorité palestinienne est également critiquée par les mouvements palestiniens de résistance pour « avoir abandonné la lutte armée sans le prix adéquat qui est un Etat indépendant et souverain ».

« En Afrique du Sud, la résistance de l’ANC (African National Congress) se poursuivait pendant que Mandela tenait des négociations avec le gouvernement de Frederik de Klerk », a expliqué une fois Lakhdar Brahimi, ancien ministre des Affaires étrangères algériennes.

N’est-ce pas cet abandon de la lutte, sans résultat tangible, qui a amené le peuple palestinien à voter pour le Hamas ? Shimon Pérès, comme de nombreux politiques israéliens, a dit que ces opérations militaires ne sont pas dirigées contre le peuple palestinien, mais contre le Hamas ! C’est peut-être comme le dit Mohamad Hassanein Heykal à ce propos : « Les faibles n’apprennent que de leur bourreaux ! ». Faut-il donc accepter que tuer des civils et des enfants, bombarder des écoles et des mosquées sont des actes défensifs justifiés ?
Et faut-il aussi, puisqu’on y est, admettre qu’un bon Palestinien est un Palestinien mort, puisque les autres sont soit terroristes, soit corrompus ? … Racisme et dénégation donc.
Mahmoud Darwich le dit bien :

Je suis l’une des voix de la fin
Je me jette de mon cheval au dernier hiver
Je suis l’ultime soupir de l’Arabe.

Amr Zoheir
Source: Al-Ahram