Par Nassim Brahimi

Dans le genre has been, la télé nationale est plutôt efficace, nous diffusant un long et creux discours présidentiel, suivi d’une chorale tout aussi ringarde, récitant le fameux «Mawtini», dont nous connaissons tous la parodie populaire cent fois plus célèbre.

Le tout était bordé par une émission bizarre qui parlait de la réunion, à huis-clos, du jury de la Lièvre Ac (le Conseil constitutionnel), afin de désigner le lapin qui devra courir moins vite que la tortue.

Ineptie.
En vérité, c’est en cherchant (désespérément) une chaîne où je pourrais regarder l’inratable Manchester United-Inter de Milan que je suis tombé, par malheur, sur une réplique de l’Unique.

En Prime Time, la TV nationale nous avait offert, en exclu, un One men show des plus passionnants. Tant pis pour le match, l’accroche était bonne. Et de toute façon, c’était cause perdue.

Au début, j’étais un peu perdu et ne comprenais pas pourquoi la présence applaudissait quand il ne le fallait pas et ne le faisait pas quand il le fallait!
Un silence glacial régnait dans la salle, par exemple, quand l’orateur annonçait d’importantes mesures bancaires pour réduire les prix de l’immobilier, alors que les murs de cette même salle n’arrivaient pas à supporter cris et acclamations quand il alertait sur l’asphyxie économique du pays!

Et puis, j’ai remarqué certains faits et gestes qui m’ont donné des éléments d’explication à cet étrange phénomène.
Avec une vision d’ensemble, j’ai pu comprendre que le comportement de la présence, ressemblait plutôt à celui de figurants qui réagissaient, machinalement, à certaines attitudes du conférencier.

C’est ainsi que l’hystérie semblait s’imposer dès lors qu’il répétait un mot trois fois ou qu’il marquait une pause, histoire de respirer. C’était Pavlovien. Et moi qui croyais que je ratais l’essentiel et ne captais que ce qu’il ne l’était pas. Imbécile.

Pour le reste, il me paraissait que le président lançait, de temps en temps, des blagues que je n’arrivais pas à déchiffrer, puisqu’ elles ne faisaient rire que ses ministres, alors que d’autres m’amusaient tellement, mais ne semblaient pas être de leur goût.

Là aussi, le behaviorisme a du boulot, puisque ce qui est drôle pour les proches de Bouteflika ne l’est pas pour moi et vis-versa.

Explication: je trouve qu’il n’y a rien de drôle à adresser la parole à Soltani en plein meeting, alors qu’eux en riaient à se déchirer le ventre. D’un autre côté, c’était très cool d’entendre le président dire qu’il était temps de s’occuper des travailleurs, au moment même où il parlait de prendre soin des entrepreneurs. Ça ne semblait pas emballer la présence.

Terrible ma soirée : applaudissements à outrance, rires déplacés, discours insensé avec une impression de déjà vu et même trop vu; les riches étaient devant, les pauvres en arrière-plan, le président se lève, la caméra le suit, la salle se vide, l’ENTV ferme, c’est tout pour ce soir.

Eh, oh! Quelqu’un peut-il me dire le score de Manchester-Inter?

La réponse est dans le titre, imbécile.

N.B.