Israël : à droite toute

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Il faut aux médias un étonnant aveuglement pour analyser les élections législatives israéliennes du 10 février 2009 comme une victoire de Kadima et de sa chef de file Tzipi Livni. Si, selon les résultats non définitifs publiés mercredi matin, la liste de cette dernière semblait effectivement arrivée en tête, avec un siège d’avance sur le Likoud de M. Benjamin Netanyahou, la caractéristique principale du scrutin n’en reste pas moins un très net déplacement vers la droite et l’extrême droite du centre de gravité de la vie politique.

Les chiffres le prouvent : le Likoud est passé, entre 2006 et 2009, de 12 à 27 sièges, Israël notre maison, la formation de M. Avigdor Lieberman, de 11 à 15 et l’Union nationale de 9 à 4 (1), soit, au total, un bond de 32 à 46 députés – sur 120. Certes, de nombreux électeurs ont voté pour M. Lieberman en tant que Russe ou que partisan de la laïcité – et notamment du mariage laïc, inexistant en Israël. Mais cette nuance n’en diminue pas vraiment l’importance du coup de barre à droite. D’autant que, pour bien faire, il faudrait comptabiliser ici une partie non négligeable de l’électorat de Kadima (28 sièges, -1) et des formations religieuses (19 sièges, +1).

Cette poussée à droite correspond bien sûr à un nouveau recul de la « gauche » – si ce mot a un sens s’agissant du Parti travailliste, faucon à l’extérieur et néolibéral à l’intérieur. Si le ministre de la défense Ehoud Barak espérait que son offensive contre Gaza lui vaudrait un regain de popularité, il s’est – encore une fois – trompé : son parti est tombé de 19 à 13 sièges. Et, à ses côtés, le « nouveau Meretz », qui a soutenu le lancement de l’opération, n’a que 3 députés, contre 5 pour l’ancien. Quant aux partis dits « arabes » (le Front démocratique Haddash est un mouvement judéo-arabe), ils n’ont pas souffert du mot d’ordre de boycott, obtenant même un député de plus qu’en 2006 (11 contre 10).

Il est évidemment trop tôt pour proposer une analyse complète de ces tendances, qu’expliquent sans doute plusieurs raisons :

– Les premières tiennent à la conjoncture très particulière de ce scrutin, tenu sur la lancée de l’offensive contre Gaza. Dans un climat de manipulation des médias, l’inquiétude pour la capacité de défense d’Israël – remise en cause symboliquement par les roquettes du Hamas, après celles du Hezbollah – a fait passer les préoccupations sécuritaires loin devant les questions économiques et sociales. La quête d’un homme fort, capable « d’imposer les conditions d’Israël aux Arabes », a sans doute amené des électeurs opposés à la politique néolibérale de la droite à voter néanmoins pour MM. Netanyahou ou Lieberman…

– Mais ce consensus nationaliste, voire belliciste, renforcé par l’atmosphère guerrière, s’explique aussi par une donnée structurelle de la scène politique israélienne depuis une dizaine d’années : aucune force représentative ne porte une politique alternative. Le vieux mot d’ordre « Ein brera » (nous n’avons pas le choix) a d’autant plus facilement repris du service qu’aucun parti – sauf les formations dites « arabes » et, parfois, le Meretz –, ne répond : « Il y a un autre choix ». Seules les voix des anticolonialistes, singulièrement isolées, défendent la perspective d’un Etat palestinien indépendant, fondé sur les résolutions des Nations unies.

– Dernier point, sans doute le plus inquiétant : la mobilisation anti-arabe ne vise plus seulement les Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza, mais aussi, plus ouvertement que jamais, ceux d’Israël même. M. Lieberman a en effet été rejoint, à des degrés divers, dans la remise en cause du statut des citoyens palestiniens par M. Netanyahou et même par Mme Livni. Et cette atteinte majeure à ce qu’il est convenu d’appeler la « démocratie » israélienne s’accompagne d’une menace pour l’avenir : les « Arabes israéliens » auraient vocation à vivre… dans le futur Etat palestinien. Comme pour compléter les expulsions de 1948 et 1967…

Dominique Vidal
Source: Le monde diplomatique