Le plan Marshall ter de Bouteflika suscite le scepticisme des observateurs

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Le plan Marshall pour diversifier l’économie, annoncé en grandes pompes par le président Abdelaziz Bouteflika, lors du meeting de la Coupole de jeudi passé, s’avère ardu dans tous les cas de figures, relèvent des experts économiques.

En effet, M. Bouteflika, qui brigue son troisième mandat, veut diversifier l’économie nationale qui dépend maladivement des hydrocarbures en injectant la «bagatelle» de 150 milliards de dollars. Entre détracteurs et fanas, le plan Bouteflika peine à susciter l’engouement de la population.

En somme, le chef de l’État décide d’affecter ces 150 milliards de dollars au titre du programme de relance ter, après ceux de ces deux premiers mandats, pour moderniser l’infrastructure du pays en diversifiant l’économie pour améliorer les conditions de vie de la population qui vie une paupérisation des plus éprouvante.

Ce n’est donc qu’une enveloppe supplémentaire, ajoutée aux centaines de milliards qui ont été «engloutis» lors des mandats précédents. En fait, le plan Bouteflika dépasse celui de général américain Marshall dédié à la construction de l’Europe d’après la 2e guerre mondiale. Nonobstant l’échec cuisant des deux premiers programmes, ce plan ter s’articule sur les mêmes axiomes : le développement des Hauts Plateaux et du sud du pays, terminer coute que coute de l’Autoroute Est-ouest, la modernisation et l’extension de voies ferrées, métro et tramway, continuer l’installation des grosses usines de dessalement de l’eau de mer. Autant de projets pharaoniques pour donner une autre image de l’Algérie. Concrètement, les fruits de ces plans dits de relance, de ces centaines de milliards de dollars, étaient attendus en principe en grande partie en 2008-2009. Que nenni !

La candeur et l’optimisme

Abdelaziz Bouteflika a indiqué à la Coupole, «il était de mon devoir de rendre compte à la nation de l’usage que j’ai fait du mandat qu’elle m’a confié à deux reprises en 1999 et en 2004». «Je pouvais, légitimement, considérer avoir accompli ma part au service de la patrie».

L’optimisme du philosophe hollandais Leibniz se veut être fondé par la raison. En extrapolant et en théorie, chez M. Bouteflika, il est motivé par l’affect… voire la déraison. Lors du meeting de l’annonce de sa candidature officielle, le président a tenu à rappeler que «nous avons mobilisé pleinement nos ressources publiques et encouragé l’investissement privé national et étranger dans tous les domaines. Nous avons ainsi enregistré un total de près de 250 milliards de dollars investis, dont près de 160 milliards de dollars d’investissements publics dans divers secteurs, et notamment pour la satisfaction des besoins socioéconomiques de la population».

Le chômage qui plafonnait, selon les chiffrologie bouteflikienne, à plus de 30% en 1999, a été divisé par trois durant les deux mandats de A. Bouteflika, «ramené à moins de 12%», relève-t-on du discours de la Coupole. Le tribun président ajoutera : «de janvier 1999 à décembre dernier, notre pays a vu le recrutement de près de 3 millions et demi de personnes dans les administrations, les différents secteurs économiques, y compris agricole, et les multiples chantiers ouverts à travers le pays.

A cela, il y a lieu d’ajouter, durant la même décennie, plus de 2 millions et demi d’emplois équivalents créés par les divers dispositifs de lutte contre le chômage», a-t-il précisé. Cependant, au tableau gris de ces plans budgétivores, les réformes structurelles, si essentielles à la survie du pays, peinent à démarrer. Au terme de deux lustres de gouvernance du chef de l’État, l’Algérie n’est pas encore au rendez-vous de l’efficacité et de la compétitivité, loin s’en faut. Son économie reste tributaire pathologiquement des fluctuations des cours du baril de pétrole.

«Si le prix du baril descend à moins de 50 dollars, l’Algérie peinera à parachever le programme de relance”, avait-on annoncé. Le sevrage de l’économie nationale de sa dépendance maladive au pétrole n’est qu’un mirage, évoque-t-on.

Il faut souligner que les exportations hors hydrocarbures représentent seulement 2% des exportations globales. Le grand plan Bouteflika qu’a besoin le pays est de finir avec le climat des affaires encore contraignant i face à l’essor économique, le système bancaire archaïque, une administration bureaucratique, lente et de surcroit corrompue…Tant d’écueils qui non seulement imposent la tyrannie du statu quo au pays mais qui engloutissent des centaines de millions de dollars en les saupoudrant à tort et à travers, relève-t-on.

Comme le Candide de Voltaire, la population espère que son séculaire président perd ses illusions concernant la providence. Voltaire fait dire à Candide: «voilà une aventure bien peu vraisemblable que nous avons eue à…On n’avait jamais vu ni ouï conter que six rois détrônés soupassent ensemble au cabaret », ce à quoi Martin, un autre personnage du Roman répond : »Cela n’est pas plus extraordinaire que la plupart des choses qui nous sont arrivées.»

Benachour Mohammed