Lettre ouverte. "Il ne peut y avoir de paix sans le Hamas"

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Ce sont quatorze anciens négociateurs de paix.

Il y a parmi eux un prix Nobel, d’anciens ministres des Affaires étrangères dont celui d’Israël (Shlomo Ben-Ami), un ex membre de la délégation palestinienne au processus de paix.

Il y a aussi des médiateurs qui ont négocié l’arrêt de conflits en ex Yougoslavie, au Sri-Lanka ou en Irlande du Nord.

Dans une lettre ouverte publiée jeudi dans le « Times », ils appellent à l’abandon du boycott du Hamas et à des négociations directes entre Israéliens et l’organisation islamiste au pouvoir à Gaza.

Au moment au Hillary Clinton s’apprête à accomplir sa première tournée dans la région, où le numéro deux du Hamas en exil, Moussa Abou Marzouk, s’est rendu pour la première fois à Gaza depuis trente ans, et après la publication du manifeste « Israël-Palestine: l’urgence d’un new deal », il m’a semblé important de traduire ce document en français.

Vincent Jauvert
Source: Nouvelobs

Lettre ouverte

Si chaque crise est aussi une opportunité, il est désormais temps de repenser la stratégie en vue d’obtenir la paix au Moyen-Orient. Le plus récent et le plus sanglant conflit entre Israël et le Hamas a démontré que la politique d’isolement du Hamas ne peut apporter la stabilité. En tant qu’anciens négociateurs de paix, nous croyons qu’il est d’une importance vitale d’abandonner la politique d’isolement du Hamas qui a échoué et d’intégrer le Hamas dans le processus politique.

Un règlement de paix israélo-palestinien sans le Hamas n’est pas possible. Comme l’ancien général et homme d’Etat israélien Moshe Dayan l’a dit : « Si vous voulez faire la paix, vous ne parlez pas à vos amis. Vous parlez à vos ennemis. » Il ne peut y avoir de processus de paix significatif en négociant avec les représentants de l’une des parties palestiniennes tout en essayant simultanément de détruire l’autre.

Que cela nous plaise ou non, le Hamas ne va pas disparaître. Depuis sa victoire aux élections démocratique de 2006, le Hamas s’est assuré le soutien de la société palestinienne malgré les tentatives de le détruire à travers des blocus, des boycotts politiques et des incursions militaires. Cette approche ne marche pas ; on doit trouver une nouvelle stratégie.

Oui, le Hamas doit reconnaître Israël en tant que partie d’une solution permanente, mais c’est un processus diplomatique et non un ostracisme qui les y conduira. Les conditions que le Quarter a imposées au Hamas ont établi un seuil trop élevé à franchir pour commencer les négociations. Le premier pas le plus important pour le Hamas est d’arrêter toute violence comme pré-condition pour leur inclusion dans le processus. Mettre un terme à leur isolement va en retour aider à la réconciliation du mouvement national palestinien, condition vitale à la tenue de négociations significatives avec Israël.

Nous avons appris de première main qu’il ne peut y avoir de substitut à des négociations directes et soutenues entre toutes les parties au conflit, et que rarement voire jamais on ne peut atteindre une paix durable sans elles. L’isolement ne fait que favoriser les durs et leur politique d’intransigeance. L’ « engagement » peut favoriser les éléments pragmatiques et leur capacité à faire les difficiles compromis nécessaires à la paix.

La nouvelle administration américaine et la nomination de George Mitchell comme envoyé au Moyen Orient sonne de l’espoir qu’une nouvelle stratégie fondée sur le réalisme et non l’idéologie peut être menée. Sans cela, il n’y aura pas de solution à deux Etats et pas de paix ni de sécurité entre Israéliens et Palestiniens. Nous devons reconnaître que discuter avec le Hamas ne revient pas à accepter le terrorisme ou les attaques contre les civils. En fait, c’est une pré-condition pour la sécurité et pour l’obtention d’un accord viable. »

Signataires :

Michaël Ancram, qui a mené les négociations qui ont conduit au processus de paix en Irlande du nord.

Lord Paddy Ashdown. Ancien Haut représentant pour la Bosnie Herzégovine.

Shlomo Ben-Ami. Ancien ministre des Affaires étrangères israélien (2000-2001). A été un négociateur clé du sommet de Camp David en 2000 et a conduit la délégation israélienne à Taba.

Betty Bigombe. Ancienne ministre ougandaise, elle a été la médiatrice en chef l’Ouganda et l’armée de résistance.

Alvaro de Sota. Coordonnateur spécial de l’ONU pour le processus de paix au Moyen Orient et envoyé du Quartet (2005-2007). Avant il avait conduit les négociations de paix à Chypre et au Salvador.

Gareth Evans. Ancien ministre des Affaires étrangères australien, il a participé au plan de paix au Cambodge des Nations Unies. Il est actuellement président de l’International Crisis Group.

Peter Gastrow. Ancien député d’Afrique du Sud, il a participé aux négociations de paix de 1991.

Gerry Kelly. Membre du Sinn Fein, il a joué un rôle moteur dans la négociation de l’accord « Good Friday » en Irlande du Nord (1998).

John Hume. Ancien leader du parti social démocrate d’Irlande du nord, il a été l’un des architectes du processus de paix nord irlandais. Il a obtenu le prix Nobel de la Paix en 1998.

Dr. Ram Manikkalingam. Conseiller de l’ancien président du Sri Lanka sur le processus de paix avec les Tigres du Tamoul.

Lord Chris Patten. Ancien commissaire européen pour les relations extérieures, il a présidé la « commission Patten », créée dans le cadre du processus de paix en Irlande du nord.

Sir Kieran Prendergast. En tant que secrétaire général adjoint de l’ONU pour les affaires politiques (1997-2005), il a supervisé les négociations de paix à Chypre, et a participé dans les processus de paix au Moyen Orient, en Afghanistan au Guatemala…

Yezid Saigh. Ancien négociateur dans la délégation palestinienne chargée des négociations de paix avec Israël entre 1990 et 1994.

Thorvald Stoltenberg. Ancien ministre norvégien des Affaires étrangères, il a été le négociateur de paix dans l’ex Yougoslavie (1993-1996).