Photos de torture: pourquoi Obama recule

0
158

torture

Il a donc fait volte face.

Après s’être prononcé pour la déclassification de nouvelles photos de torture, Barack Obama a fait savoir qu’à la réflexion il s’opposait à leur publication (pourtant demandée par la justice).

Pourquoi cette volte-face, dénoncée par plusieurs organisations de défense des droits de l’homme?

Je vois quatre raisons.

1/ Celle invoquée d’abord : la publication de nouveaux clichés, encore plus durs dit-on que ceux d’Abu Ghraib déjà publiés, pourrait accroître l’animosité, pour ne pas dire la haine, à l’encontre des soldats américains sur la terrain, en Irak et en Afghanistan.

Au moment où justement des renforts arrivent à Kaboul, la révélation de ces photos pourrait gêner leur déploiement et leur action. Mais pourquoi Obama n’y a-t-il pas pensé avant?

Il fait dire qu’il n’avait pas encore vu les photos. C’est possible.

Mais, à l’évidence, il y a d’autres motifs.

2/ Obama vient de nommer le général McChrystal à la tête du contingent américain en Afghanistan. Or cet officier a été le patron des forces spéciales en Irak, celles qui ont mené la sale guerre contre Al Qaida. Il a dirigé la gigantesque opération ultra secrète visant à éliminer les chefs terroristes et leurs soutiens en Irak.

Certains de ces hommes ont semblent-il, eux aussi, torturé certains prisonniers.

La publication des photos pourrait donc inquiéter et donc démobiliser McChrystal et sa drôle d’équipe.

3/ Il y a, dans cette affaire, une importante dimension de politique intérieure. D’après différents journaux américains, l’actuelle présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi, a été informée dès 2002 des techniques pour le moins musclées employées contre certains prisonniers.

Or elle n’a rien dit.

Les républicains, qui redoutent que des anciens de l’administration Bush ne soient un jour poursuivis pour avoir autorisé ces pratiques, attaquent durement Pelosi en dénonçant ce qu’ils appellent l’hypocrisie des démocrates.

Arrêter le déballage pourrait être un signal lancé par Obama à ses opposants politiques, leur faisant comprendre qu’il veut une trêve sur le sujet.

4/ Enfin, Obama est sensible à l’évolution de l’opinion publique.

Les sondages récents montrent que la majorité des Américains est désormais hostile à la publication de ces photos (comme de plus en plus d’Américains se disent inquiets de la fermeture de Guantanamo).

Vincent Jauvert
Source: Nouvelobs