Avant que vous lisiez ces « quelques » lignes, je tiens à me présenter :

Je suis française, née en France de parents français. Ma grand-mère était Turque. Par elle, j’ai eu un aperçu de la culture orientale, elle avait voyagé et vécu dans plusieurs pays du Moyen-Orient, la différence ne me fait pas peur, l’Islam non plus.

Depuis cinq ans maintenant je suis – très heureusement- mariée à un algérien. J’ai donc eu l’occasion de découvrir l’Algérie l’année dernière. C’est un pays que je ne connaissais pas du tout et cela a été un très agréable voyage pour moi et pour ma fille : la beauté des paysages, la mer, la gentillesse des gens, les couleurs, les goûts des épices et des produits de la terre m’ont captivé.

Dans le monde entier, « le combat » pour l’égalité entre l’homme et la femme fait encore rage. Il faut dire que les femmes sont souvent les premières victimes de nombreux maux : abandon, analphabétisme prostitution, violences, viols, séquestration, esclavage, traite, etc.

Les femmes occidentales qui vivent en Europe ont de la chance, j’en suis consciente, elles peuvent faire des études, travailler et avoir un salaire égal à celui de l’homme. Remarquez que ça n’est pas toujours le cas ! Même en France on se bat encore contre de nombreuses injustices qui persistent.

Nous sommes libres de nos mouvements, indépendantes, et en cas de coups durs, nous pouvons compter sur notre justice pour nous défendre et condamner d’éventuels agresseurs.

Attention, je ne dis pas que le modèle occidental est idéal, il y a aussi des dérives qui font encore l’objet aujourd’hui de lutte de la part des femmes, notamment, l’utilisation du corps de la femme (et accessoirement aussi de celui de l’homme) pour vendre n’importe quel produit.

Il s’agit de la fausse idée que la libération de la femme passe par la « libération sexuelle« . Je n’aime pas cette expression car elle ne veut pas dire grand-chose aujourd’hui. Si autrefois cela voulait dire que les femmes ont le droit de disposer de leur corps librement, cela ne veut pas dire faire n’importe quoi avec son corps et surtout pas se plier aux diktats machiste et pornographique qui semblent toujours vouloir plus avilir les femmes et les transformer en objet sexuel.

Le sujet amène toujours le débat et bien sur il m’est arrivé de discuter avec des femmes algériennes lors de mon voyage. Je parle de femmes éduquées, citadines qui ont été à l’université, ouvertes sur le monde.

Quelle ne fut donc pas ma surprise d’entendre « Oui l’homme est supérieur à la femme, c’est comme ça » … Ah oui ? Et pourquoi donc ? Moi je travaille, je gagne ma vie aussi bien sinon mieux que certains hommes, je prends en charge ma vie, celle de ma fille et même celle de ma famille entière s’il le fallait.

Ce que je pense réellement, c’est que les femmes sont fortes. Elles donnent naissance et éduquent leurs enfants, font mille choses que les hommes sont souvent incapables de faire. Elles sont aussi, bien souvent, plus solides psychologiquement face à l’adversité que les hommes. Tout simplement parce qu’elles doivent tenir le coup pour leurs enfants, pour leur famille.

A ce sujet on me racontait le drame d’un jeune homme dont le père s’est retrouvé, sans travail, seul, sale, se laissant complètement aller. Mais pourquoi ? Parce que sa femme l’a quittée (le pauvre !). Et la réponse à la question « pourquoi l’a-t’elle quitté ? » est simple. La femme en question était battue et elle en a eu marre de se faire maltraiter. Alors avec des enfants déjà grands, elle a divorcé. Et voilà (le pauvre !) notre homme seul, sans son souffre-douleur, et sa bonne à tout faire, qui se retrouve désespéré à ne pouvoir rien faire… dîtes-moi qui est le sexe faible dans l’histoire ?

J’ai aussi entendu une maman dire très naturellement devant ses propres filles adolescentes « C’est un problème d’avoir des filles parce qu’il faut à partir de 16 ans penser à les marier« … et leur éducation, et leur formation ?

Est-ce que le mariage est l’ultime réussite d’une femme ? Mesdemoiselles, pensez d’abord à votre éducation. Le prince charmant n’existe pas. Instruisez-vous, formez-vous, travaillez.

Je ne dirai pas que c’est facile, aujourd’hui, ici, les femmes ont deux vies, celle du travail dans la journée et la seconde qui commence en rentrant à la maison: courses, ménages, enfants, cuisine etc…

Dans un couple où les deux travaillent à plein temps, les hommes donnent un coup de main, mais pour 1h d’aide à la maison les femmes en fournissent 3, et c’est encore plus quand les enfants arrivent. Comme c’est souvent le cas, se sont malheureusement les femmes qui sont les victimes de la pression de la société et qui elles mêmes reproduisent des schémas traditionnels contre lesquels elles devraient lutter.

Combien de situations dramatiques de femmes abandonnées pour différentes raison (divorce, veuvage) le seraient moins si seulement elles avaient l’éducation et aussi la possibilité de travailler pour gagner leur vie et prendre en charge leurs enfants. J’imagine aisément que dans un pays où le chômage des jeunes est une maladie chronique cela soit extrêmement difficile.

De plus, après avoir entendu parler de la lutte pour la révision du code de la famille en Algérie (Lire le rapport d’Amnesty International) , mais aussi l’article paru dans El Watan sur le nombre de plaintes pour viol ) il semblerait que l’Algérie ne fasse pas beaucoup d’efforts pour améliorer la défense des femmes qui souffrent et subissent des violences.

La France a fait pas mal de progrès sur le sujet (formation et accueil dans les commissariats, soutien des associations de défense des femmes, campagnes de prévention et de soutien aux femmes battues, augmentation des peines de prisons en cas de violence ou de viols), mais après une lutte et une pression constante.

Qu’en est-il réellement en Algérie ? Les chiffres que j’ai trouvés me semble vraiment dérisoires ! Je pense que face à la honte et à la peur de la vengeance, les femmes ne témoignent pas et ne portent pas plainte. Quelles peines pour les agresseurs ? Quelles séquelles irréparables pour ces femmes ?

C’est paradoxal bien sur, car dès qu’on aborde le sujet des femmes, les Algériens (comme souvent dans les cultures méditerranéennes) sont intarissables: on les aime, on les choie, la femme avec un grand F, elles sont merveilleuses… etc. Mais alors ? J’en reviens à ce que j’ai vu en Algérie: des mamans entourées de filles qui s’occupent des plus jeunes enfants, qui font le ménage, la vaisselle, les petites courses, qui vont et qui viennent, alors que les garçons sont dehors en train de jouer au foot. Ils ne rentrent que pour demander à manger et alors une nuée de servantes s’appliquent à sortir assiettes et nourriture pour les servir. Le soir venu, c’est encore maman qui fait la toilette après avoir supporté le caprice d’un grand garçon qui pourrait pourtant faire un effort d’émancipation… si seulement maman le permettait !

Devant mon étonnement, la réponse fut « les garçons c’est pas pareil ils font ce qu’ils veulent« . Oui mais plus tard s’ils se retrouvait sans femme, qu’adviendrait-il de notre garçon devenu homme… un (pauvre !) malheureux, handicapé ne sachant rien faire (ou pas grand chose) pour s’occuper de lui. « Allo maman bobo! ».

Je n’aborderai que très brièvement le sujet de la religion que je connais mal. Mais tout dépend de la manière dont on lit les textes, les algériens eux-mêmes hommes ou femmes le disent dès qu’ils sentent la question poindre « la première personne qui a suivi le prophète était bien sa propre femme Khadija » alors… ça explique tout. Enfin ça élude la élude surtout la discussion !

Mesdames et Mesdemoiselles, tenez-bon ! Il semble que les choses s’améliorent, que les femmes aient plus accès au travail, que les hommes changent, qu’ils participent, qu’ils aident, qu’ils comprennent.

Le chemin est long, il faut se serrer les coudes et s’entraider entre femmes, mais aussi entre hommes et femmes. Seuls la compréhension, la communication et un immense respect des deux côtés peu permettre de faire avancer les choses. Il faut oser être soi-même, regarder la réalité bien en face, essayer de ne pas céder aux sirènes de la société, de la publicité, des magazines ! Essayez d’éduquer vos filles et surtout vos fils de manière différente afin qu’ils ne reproduisent pas toujours les mêmes schémas ancestraux. Messieurs n’ayez pas peur ! la virilité ne s’évapore pas dès que vous mettez les mains dans l’eau de vaisselle !

Myriam, française.
Pour algérie-focus.com