DZ Youtubeurs Connexion ou l’aventure démocratique sur le web

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C’est une évidence : Internet rapetisse le vaste monde, mais libère en même temps ses énergies humaines et l’expression aussi bien individuelle que collective.

C’est un phénomène de société mondial. Et l’Algérie n’y échappe pas. Prenons l’exemple de Youtube. Ce site est devenu, en quelques mois, le moyen d’expression de prédilection de centaines d’algériens, pour la plupart installés à l’étranger. D’autant plus adopté par la communauté algérienne, qu’elle ce l’est approprié sous l’appellation de « DZ Youtubeurs Connexion ».

Pour ceux qui ne connaissent pas, Youtube, utilisé par des millions d’individus dans le monde, est un site consacré à la vidéo, genre de petite télévision personnalisée où chaque abonné diffuse ses enregistrements en son et en image afin de mettre en évidence ses propres centres d’intérêts ou ses sensibilités. Autant dire que c’est une vraie thérapie pour certains ; une caisse de résonance à des coups de cœur, ou à des coups de gueule pour d’autres.

A retenir !

On parle de la société algérienne et de ses tourments : sexualité, religion, éducation, immigration, chômage etc

Au départ, ce site internet, coté aujourd’hui en bourse, après avoir été racheté pour la modique somme de 1,65 milliards de dollars par Google à ses trois inventeurs, servait de tremplin aux artistes musiciens à la recherche d’un public et par voie de conséquences d’un contrat avec une maison de disques. Mais par la suite la tendance s’est généralisée et Youtube s’est transformé en un espace de libres expressions hétéroclites. C’est un véritable capharnaüm, une caverne d’Ali Baba de la vidéo; On y trouve de tout : musique, extraits de films, de débats, parodies, sketches… et bien entendu des témoignages sous forme d’un journal intime filmé au fur et mesure que le youtubeur découvre, sous un pseudonyme, des pans de sa personnalité dans un feuilleton épisodique de 10 minutes.

Les algériens s’avèrent particulièrement prolifiques dans ce dernier exercice : les échanges par séquences vidéos enregistrées interposées –contrairement par exemple à MSN l’autre site de discussion en direct par webcam. Ainsi les DZ youtubeurs se livrent aux satisfécits des « téléspectateurs »- algériens pour la plupart- comme à leurs anathèmes. Car les interventions sans tabous, menées généralement dans la langue de la rue, engendrent des réactions épidermiques et passionnelles de la part des récepteurs.

Patriotes, mais pas chauvins

« Le web (Youtube NRLD) peut devenir un facteur de développement de notre pays, il peut aussi être un formidable moyen de communication et de libres débats. Et contribuer un petit chouïa à cette initiative est un honneur pour moi et un devoir dans ce sens où ça me permet de partager avec les miens toutes sortes d’expériences” explique Samir, alias Hchicha , un actif youtubeur kabyle, établi en France, qui côtoie aussi le milieu associatif et la blogosphère. Idem pour Madmax, alias Amine, un jeune ornais qui vit en Allemagne. « Je sais aujourd’hui que ma vie est en Europe, mais cela ne m’empêche pas de participer au développement de mon pays, l’Algérie. Je suis provocateur par nécessité. Si souvent je choque par mes propos, c’est juste pour capter l’attention de mes compatriotes. Certes la forme est à discuter, mais ce qui importe en réalité c’est le fond de ma pensée. Et je voudrais que les algériens se débarrassent des a priori, des tabous, et de la fausse timidité pour s’ouvrir aux débats démocratiques et au monde », lance Amine, pilote de ligne de formation, aujourd’hui consultant en sécurité aérienne et associé dans une entreprise de médias- multimédias.

De quoi parle-t-on sur Youtube ?

De la société algérienne et de ses tourments : sexualité, religion, éducation, immigration, chômage, etc. Des sujets traités maintes fois par les médias algériens, mais que ces youtubeurs abordent sous un autre angle : celui de leur expérience personnelle de jeunes algériens locaux ou de la diaspora qui ont leur mot à dire comme de simples citoyens patriotes, mais au message universel, cependant. Ils bannissent les frontières d’abord dans leurs têtes, ensuite dans cet élan démocratique virtuel qui les rassemble au-delà des distances et des tracés géographiques.

Mnanauk, le King des DZ youtubeurs.

C’est le vaudevilliste du site. Un musicien à l’attitude qui rappelle les personnages Hugoliens. D’aucuns des participants lui reconnaissent la paternité de ce mouvement algérien sur youtube. Et pour cause. Mnanauk, de son nom vrai nom Mohamed Barti, le King des Dz youtubeurs selon l’expression consacrée, a explosé à lui seul tous les records depuis la création, il y’ a plus d’une année, de son espace internet. D’abord le record du nombre de séquences vidéos mises en ligne et du nombre de visiteurs : près de 700 enregistrements, visionnés à chaque fois par des milliers d’internautes. Une pépite d’or pour un éventuel producteur qui saurait profiter de la notoriété naissante du personnage pour le mettre sur le marché de la musique. D’autant, que certaines vidéos sont devenues grâce au bouche à oreille des morceaux d’anthologie pour les algériens et autres maghrébins. Ensuite par l’humour et la liberté de ton qui caractérisent l’artiste habitant Londres depuis une décennie, mais qui n’a rien perdu de sa gouaille oranaise, mélangée pour la circonstance à du franglais (un improbable mélange de français et d’anglais). Son charisme charme et exaspère des milliers d’algériens qui suivent les péripéties de sa vie d’artiste sans le sou, étalée à longueur de vidéo où il aime « yeguasser » (déconner) avec ses compatriotes. Et c’est contagieux. Beaucoup- metteurs en scène, artistes, étudiants et jeunes lambda d’Algérie- ont pris exemple sur Mnanauk, et ont ouvert des comptes sur youtube pour, à leurs tours, prendre part à ce forum de discussion où les mots, Algérie, démocratie, liberté et progrès sont récurrents. Cependant, ce qu’on peut reprocher à Mnanauk, c’est l’usage parfois excessif de mots crus, qu’il décharge de leur sens, mais qui limitent malheureusement l’impact de son message, puisque qu’il s’adresse à un public averti, donc forcément restreint.

En tout état de cause, Dz youtubeurs Connexion demeure une initiative à saluer et à encourager. Une idée d’une démocratie en gestation. Et comme le dit si bien Malraux : « Les idées ne sont pas faites pour être pensées, mais vécues ».

Fayçal Anseur

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