ens La loi d’orientation sur l’éducation nationale algérienne promulguée le 23 janvier 2008 vise dans ses principaux textes « la formation de jeunes générations à l’esprit citoyen » et « à tout ce qu’il sous-tend comme valeurs et attitudes d’ouvertures, de tolérance et de responsabilité ». Au-delà des principes fondateurs de la nation algérienne (l’Amazighité, l’Arabité, et l’Islamité) sève nourricière où l’on puise sa conscience nationale comme énoncé dans les mêmes textes de loi, « l’apparition de nouveaux enjeux liés au processus de mondialisation » et « l’affirmation de l’importance du savoir et des technologies dans le monde contemporain interpellent le système éducatif » et « lui imposent la nécessité de répondre à une demande sociale qui exige le plus haut niveau de performance et des qualifications de plus en plus élevées ».

Une mondialisation qui dicte, de facto, à « préparer les élèves à vivre dans un monde où toutes les activités seront concernés par les technologies de l’information et de la communication ». L’école algérienne est pour ainsi dire « appelée à s’aligner sur les standards internationaux en terme de fonctionnement et de rendement » tout en « évoluant rapidement » aussi bien sur « la qualité des apprentissages » que sur « des profils élèves à la tête bien faite ». La réforme qui met fin à « l’école fondamentale » supplée par « l’enseignement fondamental » se fixe, pour clore ce chapitre de loi d’orientation succinctement rappelé, des objectifs à atteindre notamment « l’amélioration du taux de succès aux examens scolaires dans des proportions significatives de scolarisation » comprises entre «70 et 80 % », « la généralisation de l’éducation préparatoire » la maternelle pour ne pas la nommer, la « parité de scolarisation » à observer entre filles et garçons, et enfin, l’amélioration « des paramètres de scolarisation de manière à faire parvenir, d’ici à 2015, 90 % d’ une cohorte de première année primaire en 4e année moyenne ».

La polémique…toile de fond

Cette dernière réforme du ministère de l’éducation nationale qui clôt les précédentes entamées, dés 2005, et en concertation avec ses homologues du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique ainsi que le ministère de la Formation et de l’Enseignement professionnel concernés tout autant par le dossier de la réforme se retrouve confrontée à la dure épreuve du terrain que le syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (SATEF) qualifie de « réforme importée et inadaptée à la réalité algérienne. Elle a été imposée sans préparer les établissements ni les enseignants pour l’appliquer. C’est une réforme qui répond à des considérations économiques et non pédagogiques ».

Le SG du SATEF, Salem Sadali qui trouve inconcevable d’appliquer une réforme sans les moyens adéquats « Il y a un grand manque d’enseignants, un manque d’établissements scolaires (…) » exige l’augmentation du point indiciaire et l’introduction de nouvelles primes de logement et de la formation continue. Bien des observateurs avertis demeurent sceptiques, du reste, et sortent de leur réserve pour déclarer publiquement ce qu’ils en pensent. Il en est ainsi de Belkacem Mohamed Cherif, directeur général de l’Ecole supérieure de gestion (ESG) qui n’est pas allé de moins morte pour affirmer que « l’Etat algérien a échoué dans sa politique de refonte du système éducatif. Pis, il n’y a jamais eu de réforme de l’école au sens propre du terme. L’Etat a malheureusement fait dans le rafistolage et le bricolage ». Pour étayer ses propos, il a fait remarquer : « Une réforme doit impliquer tous les acteurs concernés, à savoir les enseignants, les parents d’élèves et les syndicats. Chez nous c’est ce manque de concertation et de dialogue qui a engendré l’échec total de toutes les réformes du système éducatif ». Qualifiant les changements opérés sur les trois paliers de simples « mesurettes », le Directeur de l’ESG s’interroge sur le silence entourant la commission Benzaghou composée d’éminents experts à même de pouvoir refondre le système éducatif algérien. Le seul changement qu’il trouve un tant soit peu intéressant est, sans doute, l’introduction du système LMD qu’il prend, néanmoins, avec des pincettes.

Seul… le système LMD

Ecoutons-le : « L’introduction de ce système dans les pays européens avait pour objectif de normaliser l’enseignement supérieur dans les pays membres de l’Union européenne. En Algérie, nous ignorons la portée d’une telle initiative ». Abd El-Nasser Cherigui, professeur à l’Université de Grenoble estime, de son coté, que « Le système éducatif actuel n’est pas prêt à affronter les nouveaux défis économiques, démographiques et financiers ». Et de souligner : « Pour l’essentiel, la problématique pour les responsables de l’université algérienne se pose de la manière suivante: que faire maintenant que nous avons gagné le pari de la quantité? Le parcours devra adresser trois phénomènes structurels: l’importance croissante de l’économie du savoir dans le processus de développement, les changements démographiques, et les contraintes de financement susceptibles d’entraver les efforts pour répondre aux nouvelles demandes confrontant les systèmes éducatifs (…) ».

Cette réforme qui succède à l’école fondamentale et l’ancien système d’enseignement général adopté dès l’indépendance est, aux yeux, de l’enseignant-écrivain, Rachid Chekri teintée « de carences en matière de savoir » caractérisant « les cadres » qui, bardés de « diplômes, licences, et autres certificats dont le niveau intellectuel laisse à désirer, résument bien l’incompatibilité de la connaissance imposée avec les exigences des temps modernes ». Et la toute fraiche montée au créneau du conseil national des enseignants du supérieur (CNES) qui, dans un communiqué publié le 9 septembre dernier, dénonce l’abrogation du décret 06-208 du 13 juin 2006 fixant les modalités de transfert du droit au bail du logement à caractère social, affectés aux administrations, institutions, et organismes publics comme annoncée par la circulaire du premier ministre finit par achever les plus téméraires d’entre tous. « La question du logement (…) a été toujours au centre des préoccupations du secteur et l’une des principales revendications des partenaires sociaux compte tenu de la spécificité de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, qui considère le logement comme un outil pédagogique devant contribuer à l’amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants » lit-on dans le communiqué. Et aux membres du CNES de prévenir : « Cette sentence en sus du retard considérable du régime indemnitaires compromettront la rentrée universitaire qui s’annonce ainsi sous de mauvais signes ».

Rabah DOUIK

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