Le remaniement ministériel procédé par Bouteflika vendredi est, à tous points de vue, similaire à la performance des Verts face à l’Irlande: médiocre, inefficace et tellement prévisible.

Bouteflika a fait du surplace en tentant de faire croire qu’il a bouleversé l’ordre établi. Rien de rien ! La recette est la même que celle des précédents changements de ministres avec les mêmes ingrédients propres à la philosophie de prorogation du statuquo : des permutations insensées, des bouc-émissaires et des nouveautés qui ne le sont pas vraiment.

La lecture politique de ce remaniement fera dire à certains que Chakib Khelil a payé le tribut de l’affaire Sonatrach. Il faudra, dans ce cas, nous expliquer pourquoi Amar Ghoul n’a pas hérité du même traitement bien que les scandales de son secteur soient bien plus nombreux et conséquents que ceux qu’a connus le Département de l’Energie ? Aussi, on voudrait nous faire croire que Djaâboub et Bessalah ont été punis pour leur implication intempestive dans l’affaire «Djezzy», alors qu’ils en sont beaucoup plus concernés, relativement, que Mourad Medelci, qui est venu, lui aussi, mettre son nez dans cette affaire aux relents pour le moins douteux.

Enfin, le tout puissant ex-ministre de l’Intérieur Noureddine Zerhouni a été propulsé vice-premier ministre, un poste que personne ne connaissait avant ce remaniement et dont on ignore les missions et responsabilités, surtout lorsqu’il s’agit de cohabiter avec Ouyahia, maintenu lui faute de consensus. Deux puissantes figures du système qui se partageront, désormais, la Chefferie du Gouvernement au risque de déséquilibrer encore plus le fonctionnement de cette institution. Une question d’équilibre des pouvoirs entre Présidence et Militaires, diront certains. Il n’en est rien, c’est plutôt un facteur de déséquilibre.

Viennent ensuite les permutations improbables comme l’instauration d’un ministère tout entier rien que pour les Statistiques, confié de surcroît à Temmar. Sans oublier les nouveaux venus qui ont, en général, une durée de vie n’excédant pas les 12 mois, comme l’ex-DG de l’APS qui remplace Mihoubi dans un nouveau-ancien ministère de la Communication.

En réalité, ce remaniement est un non-événement parfaitement orchestré et annoncé avec un timing surprenant par un vendredi, à quelques heures d’un match des «Verts», passe-temps préféré des Algériens. Un effet d’annonce destiné à faire croire que Bouteflika est encore maître à bord alors que le sérail affiche clairement des signes de luttes intestines.

Parole d’un épicier : «Je ne croirais aux remaniements que lorsque Boubekeur Benbouzid sautera». Ce n’est pas si candide que ça !

Hicham A.