Depuis plusieurs semaines, la Turquie a engagé une vaste offensive diplomatique, le plus souvent secrète, visant à empêcher l’adoption à l’ONU de nouvelles sanctions contre l’Iran. Aidée par le Brésil (le président Lula se rend à Téhéran dans quelques jours), elle tente d’organiser une médiation entre les Européens et la République islamique sur le dossier nucléaire, en proposant notamment d’organiser sur son sol une rencontre entre les parties. Mais quel que soit le résultat de son entremise, elle répète qu’elle ne votera jamais en faveur de sanctions contre Téhéran au Conseil de Sécurité, dont elle est membre non permanent.

Cette opposition frontale d’un Etat de l’Alliance atlantique pose un problème politique majeur aux Occidentaux, qui, eux, essaient de mobiliser la planète contre le régime islamique.

Pourquoi la Turquie agit-elle de la sorte, avec une détermination qui rappelle celle de la France dans son combat contre l’administration Bush avant le déclenchement de la guerre en Irak en 2003 ? Les raisons sont avant tout économiques.

D’abord, Ankara garde un très mauvais souvenir de l’embargo visant un autre de ses voisins, l’Irak. Un blocus qui avait paralysé son commerce pendant des années.

Ensuite, le gouvernement a promis de faire de la Turquie la dixième puissance économique du monde (elle n’est aujourd’hui qu’au 16e rang) d’ici à 2023, année du centenaire de la fondation de la République kémaliste. Pour atteindre cet objectif, le pays a un besoin considérable d’énergie, qu’il a décidé d’obtenir en Iran. C’est pourquoi, ces derniers mois, il a annoncé qu’il investira des milliards d’euros dans le secteur iranien des hydrocarbures. Des sanctions onusiennes risqueraient de ruiner ces efforts.

Enfin, les entrepreneurs turcs ont d’excellents rapports avec la République islamique. Pour s’y rendre, ils n’ont pas besoin de visas et, sur place, ils peuvent commercer avec une population dont une part importante, d’origine azérie, est turcophone. Cette classe en plein boom, dont l’influence politique ne cesse de croître à Ankara, est évidemment très hostile à toute entrave à ses échanges très fructueux et en forte croissance avec l’Iran.

Vincent Jauvert
Nouvelobs