La justice française a accepté mardi la libération conditionnelle anticipée de l’Iranien Ali Vakili Rad, condamné à perpétuité pour l’assassinat en 1991 de Chapour Bakhtiar, dernier Premier ministre du Chah d’Iran.

Selon son avocat Sorin Margulis, la demande de libération conditionnelle de l’Iranien Ali Vakili Rad a été acceptée mardi par un tribunal d’application des peines. Après 18 ans de détention, l’assassin de l’ancien Premier ministre du Chah Chapour Bakhtiar, en 1991, va pouvoir rentrer à Téhéran, le ministre de l’Intérieur français Brice Hortefeux ayant signé lundi un arrêté d’expulsion.
Cette décision du tribunal d’application des peines de Paris intervient deux jours après le retour, dimanche à Paris, de Clotilde Reiss, universitaire française accusée d’espionnage, retenue durant presque un an à Téhéran.

Le gouvernement français conteste tout marchandage mais l’opposition de gauche estime qu’il existe forcément un lien.
Le tribunal a ordonné la remise en liberté d’Ali Vakili Rad, qui devrait rentrer à Téhéran ce mardi, au lendemain d’un arrêté d’expulsion pris par le ministère de l’Intérieur.

Condamné en 1994 par les assises de Paris à perpétuité avec une période de sûreté incompressible de 18 ans, Ali Vakili Rad a purgé un peu plus du minimum de sa peine.

« Il n’y aucun rapport de main tendue entre cette mesure de libération conditionnelle et la libération de Mme Reiss », a dit Me Sorin Margulis, son avocat, qui assure que son client projette de travailler dans une « agence de voyages ».
Il y eu peut-être « effet d’aubaine » pour l’Iranien, selon l’avocat. « Mais ça ne peut pas être interprété comme un échange », a-t-il dit aux journalistes.
Arrêté en Suisse en 1992, Ali Vakili Rad faisait partie d’un commando de trois hommes qui avait assassiné Chapour Bakhtiar à coups de couteau le 6 août 1991 à Suresnes (Hauts-de-Seine).

DES PRÉCÉDENTS HISTORIQUES

Le parquet, qui ne s’est pas opposé à la libération conditionnelle – fait inhabituel concernant l’auteur d’un acte de terrorisme n’ayant purgé que le minimum de sa peine – a publié un communiqué affirmant que la loi a été appliquée.
Le processus ayant amené sa libération a commencé avant l’arrestation de Clotilde Reiss à Téhéran en juillet 2009, dit-il implicitement en rappelant le calendrier. Ali Vakili Rad avait droit à une libération conditionnelle, écrit-il.

Toutefois, le tribunal d’application des peines a différé sa décision à deux reprises, en février et mars, préférant attendre l’arrêté d’expulsion du ministère de l’Intérieur.

Clotilde Reiss, accusée d’espionnage et de participation aux manifestations de juin 2009 ayant suivi la réélection contestée du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, est revenue dimanche à Paris après avoir été condamnée à une amende de 285.000 dollars.

Un ancien membre de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE, les services secrets) affirme que la Française effectuait des tâches de renseignement, mais le gouvernement français le dément catégoriquement.
Mahmoud Ahmadinejad avait demandé à Paris, dans un entretien à France 2 diffusé en décembre 2009, de faire des gestes pour les détenus iraniens. Nicolas Sarkozy avait répondu alors qu’il n’en était pas question, parlant de « chantage ».

La libération d’Ali Vakili Rad est la seconde décision favorable à Téhéran en deux semaines, après l’arrêt le 5 mai de la cour d’appel de Paris refusant l’extradition vers les Etats-Unis de l’ingénieur iranien Majid Kakavand.

Washington lui reproche des achats jugés frauduleux de matériels électroniques militaires, mais la cour française a jugé que ces achats ne contrevenaient pas à la loi française.

L’histoire judiciaire a connu plusieurs épisodes de libérations controversées d’Iraniens. En 1987, le retour en Iran, avec l’aval d’un juge français, d’un interprète iranien soupçonné de participation à des attentats, Wahid Gordji, avait déclenché une tempête politique.
Gilles Boulouque, le magistrat qui avait rendu cette décision, très critiqué ensuite, s’est suicidé en décembre 1990.

En 1990, le Libanais Anis Naccache, condamné à perpétuité pour une première tentative de meurtre sur Chapour Bakhtiar en 1980, avait été gracié par le président Mitterrand et libéré.