Jean-Pierre Escalettes, qui a démissionné lundi de la présidence de la Fédération française de football, six jours après le fiasco des Bleus à la Coupe du monde, termine en queue de poisson une carrière consacrée au football.
Escalettes a annoncé son départ dans un communiqué mis en ligne sur le site de la fédération, dans lequel il dit assumer « avec lucidité (sa) part de responsabilité » dans l’élimination de l’équipe de France au premier tour du Mondial et les dérives extra-sportives qui ont émaillé le séjour des Bleus en Afrique du Sud.

Jugée « inéluctable » par la ministre des Sports Roselyne Bachelot la semaine dernière, sa démission sera effective à l’issue du conseil fédéral de la FFF vendredi.

Contesté dans sa fonction depuis le fiasco de l’équipe de France à l’Euro 2008, ce natif de Béziers, âgé de 75 ans, dirigeait la FFF depuis le 12 février 2005. Seul candidat en lice élu avec 92,56% des voix après le désistement de Noël Le Graët, il succède alors à Claude Simonet.

Ancien joueur amateur, ce professeur d’anglais se fraie dès la fin des années 60 son chemin dans les coulisses du football régional puis national.

Le 24 mars 1995, il est élu président de la ligue fédérale du football amateur. Il y acquiert la notoriété qui lui permettra d’accéder à la fonction suprême dix ans plus tard.

En 2008, à l’issue de l’Euro qui voit la France éliminée au premier tour, Jean-Pierre Escalettes évoque un « échec retentissant » mais se bat pour maintenir Raymond Domenech au poste de sélectionneur.

Escalettes et ses soutiens ne plient pas malgré la pression qui s’accentue pour dénoncer la fracture entre la sélection et son public, et le mode de communication de Domenech.

« Gommer les aspérités d’un homme de 53 ans, ce n’est pas facile. Il a clairement admis devant le conseil fédéral une série d’erreurs », lâche le président de la FFF à l’issue du conseil du 3 juillet 2008 qui reconduit Domenech en le plaçant toutefois « sous tutelle ».

IL A SOUTENU DOMENECH JUSQU’AU BOUT

Plusieurs autres candidats, Jean Tigana ou Luis Fernandez, qui avaient fait acte de candidature, semblaient avoir le profil pour beaucoup de représentants du foot amateur et professionnel.

Alain Boghossian, issu de l’équipe de France championne du monde en 1998, qui souhaite s’impliquer dans la vie des Bleus, est nommé comme adjoint de Domenech.

L’ancien milieu de terrain endosse le costume de garde-fou d’Escalettes pour calmer la colère.

Mais la campagne de qualification pour le Mondial 2010 en Afrique du Sud est chaotique et fragilise encore un peu plus le président de la FFF.

« Je répète que même s’il faut qu’on se qualifie par les barrages, c’est la mission de Raymond Domenech et il faut qu’il aille au bout et il ira au bout », persiste Escalettes avant un match de qualification face à la Serbie.

Les protégés de Domenech se montrent incapables de proposer un jeu attractif. Le divorce avec le public est à son summum, le fonctionnement de la maison bleue et l’encadrement de la fédération sont pointés du doigt.

« Il a décidé de ne pas décider. Il nous a montré ses limites de président. Il a beaucoup trop souvent brillé par son incompétence », s’emporte l’attaquant champion du monde 1998, Christophe Dugarry, en septembre 2009.

L’obligation pour les Bleus de passer par les barrages face à l’Irlande cristallise l’exaspération. Certains membres du conseil fédéral militent, deux mois seulement avant le début du Mondial, pour un changement de sélectionneur.

Escalettes fait encore une fois le dos rond mais, comme pour lâcher un peu de lest, il annonce quelques semaines avant le début du Mondial que Laurent Blanc deviendra sélectionneur de l’équipe de France à l’issue du tournoi.

Cette communication lui sera lourdement reprochée, notamment par certains joueurs estimant qu’une telle annonce pourrait être déstabilisante à l’orée d’une si grande échéance.

Après la dramatique entame des Bleus (0-0 face à l’Uruguay et défaite 0-2 face au Mexique), le président de la FFF doit gérer une crise sans précédent née des insultes proférées par l’attaquant Nicolas Anelka au sélectionneur tricolore.

Les dernières décisions de son règne auront donc été d’exclure l’attaquant de Chelsa de la sélection nationale et de démissionner, lui qui s’était pourtant promis de « rester président jusqu’à la fin de son mandat en 2012 ».

Reuters