Après être passé par l’incompréhension et le désarroi, c’est la colère qui envahit les personnes séropositives et leurs familles à Oran.

La cause : depuis deux mois, les quelques 900 patients de l’Hôpital d’ Oran qui suivent le traitement « antirétroviraux » ne parviennent plus à se procurer la trithérapie à cause d’une pénurie : la trithérapie qu’ils ne peuvent obtenir qu’au niveau du centre hospitalier qui leur fournissait jusqu’ici chaque mois leur quota de médicaments.

« Je ne comprend pas comment ça marche dans ce pays (…), ils sont capables de débourser des milliards pour organiser un pont aérien entre Khartoum et Alger pour le foot mais pour nous assurer la disponibilité des médicaments, rien … » lâche avec un profond sentument de dégoût un père de famille séropositif, dont ses deux enfants sont également atteints par cette maladie.

Et à un autre de surenchérir :« mais tu ne comprend pas qu’ils veulent se débarrasser de nous parce que l’on a le SIDA ! Ils savent que c’est la maladie de la honte et que personne n’ose parler de nous, de notre souffrance …. »

En effet, le SIDA reste encore un sujet tabou dans notre société, les séropositifs souffrent en silence cette terrible maladie, la cachant à leurs familles, à leurs voisins, à leurs collègues de bureau, ils n’ont pas trop le choix.

Pour aller consulter au service spécialisé d’Oran, ces malades viennent de tous l’Ouest et inventent à chaque fois une excuse pour justifier leur déplacement. On compte actuellement 900 malades originaires de l’Ouest.

Il y a 4 ans une précédente pénurie d’antirétroviraux avait aussi touché les 150 premiers malades bénéficiant de ce traitement. L’augmentations du nombre de personnes atteintes par le Sida renseigne sur l’évolution de cette maladie et à l’évidence la question de la disponibilité des médicaments reste pausé avec acuité.

Un médecin qui assure les consultations nous avoue son désarrois le plus total face à cette triste situation : « cela fait deux mois qu’il y a une rupture totale de médicament les antirétroviraux. Les malades ne cessent de venir se plaindre à moi, ils pleurent et supplient que l’on fasse quelque chose pour eux !… » raconte avec dépit notre interlocutrice. Et de poursuivre « l’on avait promis à des femmes séropositives qu’elles pouvaient avoir des enfants sains grâce aux traitements. Mais aujourd’hui en l’absence de traitement, la propabilité que ces ces femmes donnent vie à des des bébés porteurs du virus VIH est très élevée. Quelque part on se sent responsable en tant que médecin. On ne peut tolérer une telle situation … »

Thérapeutiquement parlant, une rupture brutale du traitement est catastrophique pour les malades, les risques de résistance du virus et le développement de cette maladie ainsi que d’autres infections chez les personnes atteinte du VIH demeure très élevés.

Du côté des responsables et des autorités, c’est le silence absolu. Faut-il croire que la vie de milliers de séropositifs en Algérie est devenue à ce point insignifiante ?

Lassés d’attendre, des malades veulent rendre public une lettre dans laquelle ils interpellent le chef de l’ Etat et où ils dénoncent « la non assistance à personne en danger ».

D’autres malades, pensent lancer un appel via internet pour demander à des ONG étrangères de leur envoyer des médicaments.

Fayçal Moulay