«Algérie : opportunités d’investissements stratégiques.» Tel était le slogan, en forme d’appel du pied, de la 43e Foire d’Alger qui se clôt ce lundi et à laquelle ont pris part 835 sociétés -dont 76 françaises venues de 40 pays. Les opportunités, ce n’est pas ce qui manque en Algérie. Un pays où seules quatre entreprises étrangères se sont installées l’an dernier, contre 102 en 2008, selon une agence gouvernementale. Un désamour qui s’explique par les tours de vis protectionnistes mis en place par le législateur.
Tout commence fin 2007, quand le cimentier français Lafarge s’installe dans le pays avec le rachat d’Orascom Cement, une entreprise égyptienne. Non consulté, le gouvernement algérien se sent trompé et impose en juillet 2009 un partenaire local majoritaire à 51% aux entreprises étrangères désirant s’installer. Résultat : l’Algérie n’attire plus les investisseurs venus d’ailleurs à l’exception de Macif Assurances arrivé il y a un mois.
Récemment, le pays a durci les conditions d’importation de marchandises. Depuis mars, les entreprises doivent avoir une licence pour que leurs biens passent les grilles du port. «Ces mesures sont faites pour favoriser l’esprit d’initiative de nos entreprises et le développement de nos PME, défend Hamoud Benhamdine, directeur général de l’investissement au ministère de l’Industrie. Elles permettent également aux entreprises étrangères de partager le risque d’investissement, ce qui est une bonne chose en période de crise.» À défaut d’attirer de nombreux investisseurs, ces lois conviennent parfaitement aux entreprises ayant fait dans le passé le pari de l’Algérie.

«Un vrai potentiel»

C’est le cas de Granit Négoce (groupe Axéreal). Présent depuis 2001, ce vendeur de blé et de grains réalise aujourd’hui un tiers de ses 725 millions d’euros de chiffre d’affaires dans le pays. Installé dans la banlieue d’Alger depuis sept ans, Jean-Jacques Daniel, gérant de la Société méridionale de caisserie, commente : «Pour moi, cette loi c’est l’idéal. Nous sommes seuls sur le secteur des palettes. Quelle PME concurrente peut se permettre de s’installer dans les conditions actuelles ?» Même son de cloche chez le biscuitier Lu, où le directeur général Claude Joly a monté une usine en 2007. En trois ans, l’entreprise est devenue le numéro deux du secteur, s’appropriant 28% de part de marché et créant 450 emplois. «La consommation de biscuit est, rapportée au nombre d’habitants, la moitié de ce qu’elle est en Tunisie. Il y a un vrai potentiel, mais les entreprises doivent s’adapter aux règles du pays.»
S’adapter, c’est précisément ce qui est demandé depuis près d’un an à Axa Assurance. L’État algérien exigerait de l’assureur qu’il crée un joint-venture, alors qu’il s’est installé plusieurs mois avant la réforme imposant un partenaire local. Le groupe ne bénéficie toujours pas d’autorisations pour déployer son réseau. De quoi semer le trouble chez les investisseurs pourtant attirés par un pays qui devrait enregistrer une croissance de 4,6% cette année selon le FMI. «Il faut savoir se montrer patient, conseille Hamoud Benhamdine. Il y a eu une période d’écoute avec les milieux d’affaires. Des textes d’application manquent, beaucoup de choses seront bientôt réglées.»

Le Figaro

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