Pour la quatrième fois depuis 2006, le Conseil de sécurité de l’Onu a infligé mercredi une série de sanctions à l’Iran en raison de son programme nucléaire jugé suspect par les Occidentaux.
Immédiatement après le vote du Conseil de sécurité, des appels ont été lancés, y compris de la part des Etats-Unis, en direction des autorités iraniennes pour qu’elles ne s’enferment pas dans le rejet et acceptent de reprendre le dialogue sur le contrôle de leurs activités nucléaires.
La résolution a été approuvée par 12 voix pour, deux contre et une abstention, soit le plus faible soutien enregistré à une mesure du Conseil de sécurité visant Téhéran.
Le Brésil et la Turquie, membres temporaires du Conseil qui ont oeuvré à une médiation dans ce contentieux, se sont opposés aux sanctions, tandis que le Liban s’est abstenu.
La Turquie a expliqué son refus de soutenir la résolution en faisant valoir qu’elle entend poursuivre ses efforts diplomatiques pour parvenir à un accord sur l’enrichissement de l’uranium iranien à l’étranger.
Les cinq membres permanents, y compris la Chine et la Russie traditionnellement rétives à sanctionner l’Iran, ont approuvé le texte soutenu par les Etats-Unis et ses alliés britannique, français et allemand.

« LA PORTE RESTE OUVERTE »

L’adoption de cette résolution est le résultat de cinq mois de tractations intenses, notamment entre Washington d’une part et Moscou et Pékin de l’autre.
Américains, Français, Britanniques et Allemands souhaitaient des mesures plus coercitives, notamment contre le secteur iranien de l’énergie, mais Russes et Chinois ont obtenu un allégement des dispositions contenues dans les dix pages de la résolution.
La présidence américaine a diffusé un communiqué indiquant qu’elle restait ouverte au dialogue avec l’Iran qui « doit respecter ses obligations et démontrer clairement à la communauté internationale le caractère pacifique de ses activités nucléaires ».
« Nous reconnaissons les droits de l’Iran, mais avec ces droits existent des responsabilités », a commenté Barack Obama.

Adoptant une position similaire, la France a également affirmé que « la porte du dialogue reste ouverte », estimant que les sanctions ne sont pas « une fin en soi ».
L’Allemagne a exprimé son soutien à une solution diplomatique et a plaidé pour la coopération et la transparence mais a rappelé que la communauté internationale devait clairement signifier qu’il était inacceptable que Téhéran dispose d’armes atomiques.
La Russie a justifié son soutien à la résolution en estimant que celle-ci était totalement nécessaire. L’ambassadeur Vitali Tchourkine a expliqué que ces sanctions constituent une mesure « dont l’adoption a nécessité une approche qui a été soigneusement et proportionnellement pesée ».
La Chine a, elle, appelé « tous les membres de la communauté internationale à appliquer la résolution dans son intégralité et de bonne foi », a dit l’ambassadeur Li Baodong aux membres du Conseil. Selon lui, il est « impératif de revenir sur la voie du dialogue et de la négociation ».

AHMADINEJAD REJETTE LA RÉSOLUTION

S’exprimant au nom des « Six », Catherine Ashton, haut responsable de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, a proposé de rencontrer au plus tôt le négociateur iranien en chef pour les questions nucléaires, Saeed Jalili.
Ces mains tendues juste après la sanction n’ont pas apaisé les autorités iraniennes qui ont réagi très vivement à ces nouvelles sanctions, estimant qu’elles étaient une « erreur » et ne faisaient que compliquer la situation.
Le président Mahmoud Ahmadinejad a jugé la nouvelle résolution de l’Onu « sans valeur », ajoutant qu’elle pouvait être mise à la poubelle « comme un mouchoir usagé ».

Le parlement iranien va, lui, revoir le niveau de coopération désormais possible avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), a indiqué un élu cité par l’agence de presse officielle Irna.
A Vienne, au siège de l’AIEA, l’Iran a fait savoir qu’il ne suspendrait pas ses activités d’enrichissement d’uranium.

La résolution prévoit notamment des mesures contre des banques iraniennes à l’étranger qui pourraient être soupçonnées de liens avec des programmes nucléaires ou militaires.
Elle appelle également à une vigilance accrue à l’égard de toutes les banques iraniennes, y compris la banque centrale d’Iran.
Elle prolonge l’embargo de l’Onu sur les ventes d’armes à Téhéran et établit une liste noire d’entreprises et d’individus visés par les sanctions.

Reuters