Par Docteur Abderrahmane MEBTOUL (1)

Une réunion aura lieu le 15 juin 2010 à Luxembourg relative au 5ème conseil de l’ Accord d’association entre les UE et l’Algérie et qui devra fait le point après 5 ans, l’Algérie étant liée par un Accord à l’Europe pour une zone de libre échange applicable depuis le 01 septembre 2005 comportant plusieurs volets: politiques économiques, commerciales, industrielles – services, douanes, transport, énergie, environnement, agriculture, pêche-et sociales-affaires sociales, société de l’information, recherche, innovation, audiovisuel, culture et éducation . Mais il semble bien qu’existent des tensions entre l’Algérie et l’Union Européenne concernant l’Accord d’Association signé entre les deux parties le 01 septembre 2005 surtout depuis les nouvelles dispositions du gouvernement algérien de limiter l’investissement étranger. Pourtant, le devenir de l’Algérie et de l’Europe étant solidaire au sein du bassin méditerranéen, seul un dialogue serein pour un développement équilibré permettra de surmonter ces obstacles. D’ailleurs ces tensions dépassent le cadre restreint Algérie/Europe et pose fondamentalement l’urgence d’un renouveau des relations économiques internationales comme le montre la très grave crise actuelle qui est une crise globale et systémique. C’est à ce titre qu’il convient d’analyser l’Accord qui lie l’Europe pour une zone de libre échange avec l’Europe signé le 01 septembre 2005 en rappelant que les Etats-Unis d’Amérique et l’Europe principaux partenaires commerciaux de l’Algérie font obstacle à son adhésion à l’Organisation mondiale du Commerce sous prétexte fondamentalement qu’elle reste encore une économie administrée.

I- Des avis divergents

Dans cet esprit, les divergences se sont accentuées suite aux décisions du gouvernement algérien courant 2009 de postuler 51 pour cent aux algériens dans tout projet d’investissement et 30 pour cent dans les sociétés d’import étrangères avec au départ un effet rétroactif , ce qui serait contraire au droit international , qui explique la réaction européenne de Catherine ASHTON, ex commissaire européenne au commerce extérieur actuellement Ministre des affaires étrangères de l’Union européenne, qui avait demandé l’annulation de ces directives dans une correspondance officielle adressée au gouvernement algérien le 12 juin 2009 . Elle avait invoqué que l’Algérie aurait violé les articles 32, et 37 , 39 et 54 de cet Accord ce qui a condit le premier ministre algérien effectivement à annuler son propre décret concernant le volet commerce en septembre 2009. Par ailleurs lors de sa visite à Alger le 6/7 juin 2010,le Commissaire européen à l’élargissement et à la politique de voisinage M. Stefan Füle, ne partageant pas l’analyse du ministre algérien des affaires étrangères a indiqué que la part de l’UE dans les importations de l’Algérie a régressé passant de 57,4% en 2002 à 51,9% en 2008 au bénéfice de la Chine , que le déséquilibre des flux commerciaux observé s’explique par la surconsommation de l’Algérie due à sa dépense publique , donc à un problème de demande intérieure et que la responsabilité du gouvernement algérien est entière , qu’il ne suffit de signer un traité pour que les choses fonctionnent, , qu’ il faut des réformes structurelles profondes et si l’Algérie n’a pas tiré profit de l’accord d’association, c’est parce que les réformes structurelles n’ont pas été menées. Encore que la commission prévoit d’introduire des discussions sur l’agriculture et les services, l’Algérie ne profitant pas des contingents tarifaires consentis par l’Union Européenne pour les produits agricoles. Donc aucun changement de fond de la position européenne avant les négociations du 15 juin 2010 dont les arguments reposent fondamentalement sur l’article 32 de l’Accord qui stipule que l’Algérie réserve a l’établissement de sociétés communautaires sur son territoire un traitement non moins favorable que celui accordé aux sociétés de pays tiers, l’article 37 que les parties évitent de prendre des mesures ou d’engager des actions rendant les conditions d’établissement et d’exploitation de leurs sociétés plus restrictives qu’elles ne l’étaient le jour précédant la date de signature du présent accord, s’engageant à envisager le développement du présent titre dans le sens de la conclusion d’un accord d’intégration économique au sens de l’article V de l’AGCS, de l’article 39 que la Communauté et l’Algérie assurent, à partir de l’entrée en vigueur du présent accord, la libre circulation des capitaux concernant les investissements directs en Algérie, effectués dans des sociétés constituées selon la législation en vigueur à la législation ainsi que la liquidation et le rapatriement du produit de ces investissements et de tout bénéfice en découlant., la mise en place des conditions nécessaires en vue de faciliter la circulation des capitaux entre la Communauté et l’Algérie et d’aboutir à sa libéralisation complète, et enfin l’article 54 que la coopération vise la création d’un climat favorable aux flux d’investissements et se réalise notamment à travers :

a)-l’établissement de procédures harmonisées et simplifiées des mécanismes de co-investissement ainsi que des dispositifs d’identification et d’information sur les opportunités d’investissements, favorables aux flux d’investissements

b)-l’établissement d’un cadre juridique favorisant l’investissement le cas échéant, par la conclusion entre I ‘Algérie et les États membres, des accords de protection des investissements et d’accords destinés a éviter la double imposition; et enfin

c)-l’assistance technique aux actions de promotion et de garantie des investissements nationaux et étrangers. Pour la partie européenne, les produits industriels algériens ont été admis en Europe dès le début de l’entrée en vigueur de l’Accord sans droits de douane et les produits européens faisaient l’objet d’un démantèlement tarifaire progressif pour entrer en Algérie et que ce démantèlement s’étalera jusqu’en 2017 ».

Ce n’est pas l’avis de la partie algérienne pour qui les importations algériennes auprès de l’UE ont augmenté de près de 80%, passant de 11,2 milliards de dollars en 2005 à 20,8 milliards de dollars en 2008, et c’est l’Europe qui n’a pas respecté les engagements contenus dans l’Accord qui lie l’Algérie à l’Europe, dont notamment la mise à niveau de l’économie algérienne l’Algérie ayant surtout besoin du savoir faire technologique et organisationnel et non de capitaux, posant indirectement la question s’il est utile que l’Algérie reste attachée à cet Accord par la faiblesse de l’investissement utile. Par ailleurs les baisses tarifaires auraient entrainé un manque à gagner variant selon les déclarations contradictoires entre le Ministre des finances et l’ex ministre du commerce entre 1,5 et 2 milliard de dollars annuellement pour l’Algérie. Dialogue de sourd : l’Algérie reproche à l’Europe le manque d’enthousiasme dans l’investissement et l’Europe reproche à l’Algérie le manque de cohérence et de visibilité dans les réformes micro-économiques et institutionnelles.

II- Bien poser les problèmes pour régler les différents

Aucun pays n’a obligé l’Algérie à signer cet Accord, comme personne ne l’oblige à adhérer à l’OMC, Accord signé en toute souveraineté par le gouvernement et ayant des implications fondamentales). Deux exemples avec des impacts stratégiques : premièrement, les produits industriels subiront progressivement un dégrèvement tarifaire allant vers zéro (O) horizon 2014, ce qui a un impact sur toute la future politique socio-économique 2010/2014. Deuxième, exemple dont j’avais mis en garde le gouvernement algérien depuis plus de trois années : avant de se lancer dans des unités pétrochimiques ou unités fonctionnant au gaz destinées à l’exportation, nécessitant des dizaines de milliards de dollars d’investissement sur fonds publics , si l’on veut éviter des problèmes avec les structures européennes et américaines à la concurrence qui peuvent interdire l’entrée de ces produits au sein de leur espace, résoudre le problème de la dualité du prix du gaz et d’une manière générale les subventions et la qualité , l’argument du Ministère de l‘Energie postulant la couverture des frais du gaz plus un profit moyen n’ayant pas encore convaincu l’organisation mondiale du commerce, seul organe habilité pour ces discussions et non seulement l’Union Européenne, contrairement à ce qui a été avancé récemment par l’agence officielle de presse algérienne (APS). Personne ne pouvant se targuer d’être plus nationaliste qu’un autre, la facilité et la fuite en avant est de vouloir imputer les causes du blocage seulement à l’extérieur. L’extérieur est-il responsable de la montée en puissance de la bureaucratie destructrice et de la corruption dominante ; l’extérieur est-il responsable de notre mauvaise gestion et du gaspillage de nos ressources. Enfin l’extérieur peut-il engager à notre place les réformes structurelles dont l’Etat de droit et l’économie de marché concurrentielle conciliant efficacité économique et une profonde justice sociale avec cette concentration excessive du revenu national au profit de rentes spéculatives, et ce afin d’asseoir une production hors hydrocarbures, assistant à un pas en avant et deux en arrière dans les réformes. Et si l’Europe ouvre son marché à l’Algérie qu’exportera l’Algérie en dehors des hydrocarbures à l’état brut ou semi brut du fait du dépérissement de son tissu industriel ?

III- la nouvelle donne du gaz et la stratégie de Gazprom affaiblit les négociations de l’Algérie avec l’Europe

En effet, lors de la conférence internationale tenue à Berlin le 21 mai 2010 ayant pour thème « dialogue énergétique: Russie-UE, aspect gazier », le président de GDF Suez Jean-François Cirelli, l’allemand E.on Ruhrgas et le président de l’Union européenne de l’industrie du gaz naturel (Eurogas) Domenico Dispenza ont estimé que les accords à long terme sur la livraison de gaz à l ‘Europe doivent pouvoir subir des modifications compte tenu de la conjoncture économique et demandé à Gazprom de baisser le prix du gaz prévu par leur contrat à long terme ou de changer certaines clauses dans les contrats. Or, Gazprom, qui indexait jusqu’ici ses prix sur ceux du pétrole, a accepté de vendre une partie du gaz aux prix spot (à court terme) qui sont environ 25% inférieurs aux prix des contrats à long terme, l’écart pouvant être plus important si le cours du pétrole est élevé et le prix du gaz reste au niveau de 4 dollars le MBTU. Et selon l’influent quotidien économique espagnol, l’Expansión, en date du 24 mai 2010, l’Espagne demanderait à l’Algérie une révision à la baisse du prix du gaz et paradoxe, c’est l’Algérie qui demandait dans un récent passé un relèvement des prix de cession du gaz à l’Espagne et à Gaz de France, remettant en cause le prix de cession du gazoduc Medgaz,, exploité par un consortium composé des groupes espagnols Endesa (12%), Iberdola (20%), Cepsa (20%), du français GDF Suez (12%) et de Sonatrach (36%). Cela peut par ricochet se répercuter également sur le prix du gazoduc Galsi( Europe via Italie), puisque le projet Nigal dans ces conditions ne sera plus rentable devant relier le Nigeria à l’Europe- via l’Algérie , d’ une capacité de 20 à 30 milliards de m3/an destinés en majorité au marché européen, où selon l’étude de faisabilité confiée à la société britannique Penspen/IPA le projet pour se matérialiser coutera plus 13 milliards de dollars contre une prévision au départ de 7 milliards de dollars ramené par la suite à 10 milliards de dollars qui au départ, sans compter la résolution de certains conflits frontaliers , qui devait permettre à l’Algérie de concurrencer Gazprom et la Norvège pour passer horizon 2015 de 10% actuellement à 15% pour l’approvisionnement de l’Europe. Et les contrats de l’Algérie avec la Turquie sont encore plus problématiques car dans la pratique des affaires il n’ ya pas de sentiments Le groupe Sonatrach a annoncé qu’il négociait actuellement des contrats de livraisons à long terme de GNL avec quelques pays asiatiques. Or pour le cas Asie , il s ‘agit de prendre en compte la concurrence des pays d’Afrique et surtout de l’Iran qui avec les tensions géo-politiques a besoin de financement (plus de 15% des réserves mondiales) et surtout pour le GNL du Qatar qui avec des complexes d’une capacité presque du double à ceux de l’Algérie avec des entités privées, d’où d’ailleurs sa réticence à la réunion à Oran du 19/21 avril 2010 avec la Russie de refuser de réduire l’offre, donc d’importantes économies d’ échelle et surtout le cout du transport, l’Algérie devant contourner toute la corniche d’Afrique pour arriver à l’Asie. L’Algérie a programmé d’importants investissements tant à travers les canalisations (Medgaz et Galsi) que la construction de deux GNL ( Skikda et Arzew ), les exportations devant tourner autour de 60% de GN et 40% de GNL horizon 2014/2015, et pour ces investissements, au départ, il était prévu que Sonatrach approvisionne la cote Est des Etats Unis d’Amérique et l’Europe. Par ailleurs , le repositionnement qui s’opère aux Etats-Unis vers le gaz non conventionnel au détriment du GNL ( les USA risquant à l’horizon 2020 de devenir exportateur net de gaz, le Department of Energy ayant revu à la baisse sa prévisions de demande de GNL de plus de 60 % à l’horizon 2020; d’où le gel voire l’abandon de plusieurs projets de regazéification.) va modifier la donne au plan mondial -La mise sur le marché de capacités additionnelles de liquéfaction (57 Gm3) et de regazéification (260 Gm3) entre 2009 et 2013, ces surcapacités ne conduiront-ils pas à des taux d’utilisation très faibles des terminaux d’importation GNL avec comme résultat dans les prochaines années l’offre de GNL surpassant fortement la demande gazière globale, avec pour conséquence une pression accrue sur les prix , qui, selon Cedigaz ,dans son rapport de décembre 2009 devrait reculer , la mise sur le marché d’une offre disponible supérieure de 100 Gm3 ces deux dernières années, combinée à une forte réduction de la demande, rallongeant jusqu’à 2015-2016 la période actuelle de bulle gazière. Face à cette situation, et en plus par la prise en compte de l’entrée croissante dans le marché du gaz de nombreux pays en Afrique et en Amérique latine concernant le gaz conventionnel, sans compter les nombreux projets de canalisation à travers le monde notamment vers l’Asie et les Balkan. Se pose alors la question de la place de Sonatrach dans cet échiquier stratégique mondial et de la rentabilité des installations tant par canalisation que du gaz naturel liquéfié alors que la rentabilité du GN doit être environ de 8/9 dollars et celle du GNL entre 11 et 14 dollars. Et se pose cette question : va-t-on donc vers des renégociations à la baisse du prix de cession du gaz algérien avec l’Europe et cette nouvelle donne du gaz n’affaiblit-elle pas le pouvoir de négociations Algérie/ Europe qui constituait en fait un de ses atouts majeurs.

IV- Dépasser la situation de l’entropie par une nouvelle gouvernance

Pourquoi ce blocage à l’investissement utile en Algérie ? Après analyse je pense fermement que pour bénéficier des effets positifs de l’Accord avec l’Europe que d’une éventuelle adhésion à l’OMC,( sinon les effets pervers l’emporteront) qu’il faille faire d’abord le ménage au sein de l’économie algérienne et que ce sont les freins à la réforme globale du fait de déplacements des segments de pouvoir (les gagnants de demain n’étant pas ceux d’aujourd’hui) qui explique le manque de cohérence dans la politique économique et par voie de conséquence le dépérissement du tissu productif car il faut s’attaquer à l’essentiel et non au secondaire.. Toute analyse opérationnelle devra relier l’avancée ou le frein aux réformes en analysant les stratégies des différentes forces sociales en présence, la politique gouvernementale se trouvant ballottée entre deux forces sociales antagoniques, la logique rentière épaulé par les tenants de l’import (13.000 mais en réalité seulement 100 contrôlant plus de 80% du total) et de la sphère informelle malheureusement dominante et la logique entrepreneuriale minoritaire. Cela explique que l’Algérie est dans cette interminable transition depuis 1986, ni économie de marché, ni économie administrée, expliquant les difficultés de la régulation, l’avancée des réformes étant inversement proportionnelle au cours du pétrole et du cours du dollar, les réformes depuis 1986 étant bloquées ou timidement faites avec incohérence lorsque que le cours s’élève . Cela explique également que malgré des dévaluations successives, il a été impossible de dynamiser les exportations hors hydrocarbures (2% du total), certes 50% dans le produit intérieur brut 2007/2008 mais sur ces 50% plus de 80% étant eux même tirés par la dépense publique via les hydrocarbures ce qui donne aux entreprises créatrices de richesses publiques ou privées (souvent endettées vis à des banques publiques) une part négligeable, le blocage étant d’ordre systémique. La baisse de la salarisation depuis plus de deux décennies au profit des emplois rentes traduit la prédominance de l’économie rentière et la faiblesse de la dynamique de l’entreprise créatrice de valeur ajoutée. Les infrastructures ne sont qu’un moyen, ayant absorbé près de 200 milliards de dollars entre 2004/2009, avec des restes à réaliser de 130 milliards de dollars, restant au nouveau programme 2010/2014 156 milliards de dollars toujours avec plus de 70% consacrés aux infrastructures. Outre que le bilan n’as été fait pur analyser les surcouts et les impacts, cette masse monétaire colossale déversée faute de capacité d’absorption, ne risquent-elle pas comme par le passé d’entrainer une amplification de la corruption sans mécanismes de contrôle appropriés passant par la mise en place des institutions ? Or, l’expérience récente malheureuse de l’Espagne du fait de la crise actuelle, avec l’effritement de son économie (taux de chômage prévue en 2010 plus de 20%) qui a misé sur ce segment doit être méditée attentivement par les autorités algériennes.. Aussi, pour pouvoir attirer les investissements porteurs, le gouvernement algérien devrait donc mette en place des mécanismes de régulation afin d‘attirer des investisseurs porteurs, évitant des changements périodiques de cadres juridiques, des actions administratives bureaucratiques non transparentes source de démobilisation et qui risquent de faire fuir les investisseurs sérieux qu’ils soient locaux ou étrangers. Car, le cadre macro-économique relativement stabilisé est éphémère sans de profondes réformes structurelles qui ont commencé timidement comme en témoigne la faiblesse des exportations hors hydrocarbures (moins de 2/3% des exportations totales en 2007/2009). Au cours de la table ronde organisée par le quotidien El Moudjahid le 31 mai 2010, le directeur général de l’Algex, note que les exportations algériennes ont baissé significativement en 2009, cette décroissance serait de l’ordre de 40% à 50% qui concerne les produits hors hydrocarbure, passant de 1,9 milliard de dollars en 2008 à 1,3 milliard en 2009. Et même, si l’Europe ouvre son marché à l’Algérie, qu’exporterons nous en dehors des hydrocarbures ? Les réformes de structures impliquent la refonte du système financier – douanier, fiscal – administration et une nouvelle régulation sociale au profit des plus démunis. Il ya urgence d’objectifs politiques plus précis et une nouvelle organisation institutionnelle afin de donner plus de cohérence et une accélération de ce processus complexe mais combien déterminant pour l’avenir du pays. L’expérience de bon nombre de pays en transition vers l’économie de marché peut fournir des enseignements pour Algérie. Je pense fermement que l’essence du blocage de l’investissement réside en Algérie au système bureaucratique que je qualifie de terrorisme bureaucratique, qui produit d’ailleurs la sphère informelle fonctionnant dans un Etat de non droit qui accapare 40% de la masse monétaire en circulation renvoyant à l’urgence de la refonte de l’Etat, car le but du bureaucrate est de donner l’illusion d’un gouvernement même si l’administration fonctionne à vide, en fait de gouverner une population infime en ignorant la société majoritaire. Aussi, après analyse je pense et qu’il faille faire d’abord le ménage au sein de l’économie algérienne. L’entrave principale au développement d’une bonne gouvernance en Algérie, provient de l’entropie (désordre). Le défi majeur, est de réfléchir aux voies et moyens nécessaires pour contrôler et réduire cette entropie à un niveau acceptable. Et tout cela renvoie à l’urgence d’une gouvernance rénovée impliquant la refonte de l’Etat. Car, au XXIème siècle, les batailles économiques se remportent grâce à la bonne gouvernance et la valorisation du savoir impliquant une participation plus citoyenne au sein d’un Etat de droit. Car avec ce retour au tout Etat, l’adhésion à l’organisation mondiale du commerce pour l’Algérie n’est pas pour demain. Le patriotisme économique ne saurait s’assimiler au tout Etat bureaucratique des années 1970, dans des pays où dominent la propriété privée, pour ne citer que quelques cas, comme les USA, la France, l’Espagne, l ’Italie, les citoyens sont fiers d’être américains, français, allemands, espagnols ou italiens. Le monde a fondamentalement changé impliquant une nouvelle culture de nos responsables,, lorsqu’on sait que l’assainissement des entreprises publiques en Algérie a coûté au trésor public plus de 40 milliards de dollars entre 1971/2009 sans résultats probants, plus de 70%des entreprises publiques étant revenues à la case de départ. Cependant pour éviter les effets pervers du marché comme le montre la crise mondiale actuelle, il y a urgence d’un rôle plus accrue de l’Etat régulateur , différence de taille pour toute politique économique fiable devant tenir compte de cette dure réalité, d’une économie de plus en plus globalisée. Aussi, je déplore qu’aucun débat public sérieux n’ait eu lieu sur le futur rôle de l’Etat en Algérie, débat indispensable pour éclairer la future politique économique et sociale.

V- Déclaration des représentants d’organisations d’entreprises de la région euro-méditerranéenne, réunis à Barcelone les 3 et 4 juin 2010,

La déclaration finale souligne la déception face à la lenteur de mise en place de l’Union pour la Méditerranée, dans le domaine du business. Annoncée pour 2010, la grande zone de Libre Echange Euromed n’existera au mieux que vers 2015. . «Depuis sa création en 2008, l’UPM n’a pas encore répondu aux attentes créées. Après deux ans, l’UPM continue à se concentrer davantage sur son implémentation, par exemple sur ses structures et responsabilités, que sur ses résultats. L’UPM lutte actuellement pour atteindre son principal objectif: offrir un climat de confiance à ses membres en créant des projets concrets sur le terrain», lit-on dans le document, relevant que l’annulation du Sommet politique des chefs d’Etat et de Gouvernements de l’UPM, prévu pour les 7 et 8 juin 2010, «est une déception et un autre signe qui démontre que l’UPM n’agit pas de façon profitable, pour la zone euro-méditerranéenne ». Et de préciser qu’il est essentiel que le secteur privé participe plus clairement et activement à l’élaboration de politiques pour la construction de l’UPM. Il devrait être un acteur du processus et non pas un simple exécuteur. Le secteur privé est l’un des principaux catalyseurs de la croissance économique, de la création d’emploi et du développement social dans la région Euro-méditerranéenne. Le feedback du secteur privé sur leurs besoins réels et leurs priorités sont indispensables pour la création d´une UPM complète et solide», souligne les Leaders Économiques de la Méditerranée. Et afin de stimuler le secteur privé, le développement des PME, la compétitivité, ainsi que le commerce et l’investissement en Méditerranée, une série de réformes économiques et structurelles sont nécessaires Il s’agit notamment de, lutter activement contre le protectionnisme à travers des mécanismes clairs qui permettent de configurer et résoudre les problème, d’accroître l’investissement direct étranger, en améliorant les instruments financiers et réglementaires, ainsi que la sécurité juridique, d’améliorer l’accès au financement, notamment pour les PME et les start-ups et enfin d’encourager la diversification des économies méditerranéennes, en soutenant les secteurs émergents qui ont un effet multiplicateur sur la création d’emplois et le développement économique durable. Les représentants de la Communauté Euro-méditerranéenne des affaires et des organismes d’accompagnement des entreprises, demandent aussi la mise en place d’une initiative méditerranéenne de développement d’affaires en se concentrant sur les PME, précisant que plus de 90% des entreprises Euro-méditerranéenne sont des PME. Elles sont le moteur de la croissance économique et de la création d’emplois dans la région. Elles sont en même temps celles qui ont le plus de difficultés à accéder au financement et à recevoir une assistance administrative et technique

VI- Relations Algérie /Europe : entreprendre ensemble

Selon nos sources, la réunion du 15 juin 2010 ne procèdera pas à la révision des clauses stratégiques contenues dans cet Accord mais peut être à certains aménagements d’ordres techniques mineurs, l’Europe ne voulant pas créer un précédent, surtout que l’Algérie étant en position de faiblesse dans les négociations, malgré ses réserves de change. Car, que représente cette somme modique par rapport aux dizaines de milliers de milliards d’euros qu’elle vient d’injecter pour faire face à la crise et un PIB algérien de 160 milliards de dollars contre un PIB européen en 2009 dépassant 17.000 milliards de dollars. Invoquer la situation mono exportatrice de l’Algérie, ne tient pas également la route, la majorité des pays de l’OPEP étant d’ailleurs membres de l’OMC. Pourtant, il faut reconnaître que la création du partenariat euro méditerranéen, officialisé lors du sommet de Barcelone de novembre 1995 a eu un résultat mitigé et que l’Union pour la Méditerranée (UPM), processus complémentaire et non concurrent au processus de Barcelone, auxquels les pays du Maghreb sauf la Libye ont adhéré le 13 juillet 2008 à Paris pour être efficace doit s’appesantir sur des projets concrets mais est également à son point mort. Aussi, l’Europe doit dépasser sa vision mercantile considérant l’Algérie uniquement sous l’angle d’un marché d’importation mais l’Algérie doit également éviter d’avoir une vision administrative bureaucratique autoritaire pour encadrer l’investissement mais de mettre en place des mécanismes concurrentiels évitant tout monopole qu’il soit public ou privé pour encourager l’investissement utile. L’Europe doit avoir une autre vision du développement du Sud d’une manière générale basé sur le co- développement et l’Algérie doit éviter ce chauvinisme étroit qui mène nulle part sous le couvert d’un discours nationaliste chauviniste d’un autre âge, certaine couches sociales profitant de cette entropie pour bénéficier des intérêts de la rente nuisibles au développement à long terme du pays . Car, il faut être conscient que les nouvelles relations internationales ne se fondent plus essentiellement sur des relations personnalisées entre chefs d’Etat mais sur des réseaux et organisations décentralisés à travers l’implication des entreprises et de la société civile qui peuvent favoriser la coopération, le dialogue des cultures, l’émigration ciment de l’inter culturalité pouvant être un vecteur dynamisant. Aussi, le défi majeur pour l’Algérie 2010/2020 , la population algérienne estimée à plus de 35 millions en 2009 et dans 25 ans à plus de 50 millions au moment où il y aura progressivement épuisement des recettes d’hydrocarbures, est de préparer l’après hydrocarbures dans des segments s’inscrivant dans le cadre des avantages comparatifs mondiaux (cout/qualité) et cet Accord a des incidences sur le choix sectoriels des futurs investissements porteurs, l’Algérie ayant toutes les potentialités pour devenir un pays pivot au niveau de la région, sa place naturelle étant dans l’espace euro méditerranéen, tout en n’oubliant pas le continent Afrique. Dans le cadre d’un partenariat fructueux, je préconise une université euro méditerranéenne, lieu de fécondation des cultures et de combat pour la tolérance, une banque d’investissement euro méditerranéenne lieu de mise en œuvre des affaires, dont l’Algérie et l’Europe peuvent être des acteurs dynamisant, et ce dans le cadre du renforcement de l’intégration magrébine à laquelle je suis profondément attachée si l’on veut attirer des investisseurs potentiels intéressés non par des micro- espaces mais par un marché de plus de 100 millions d’habitants.

(1)Docteur Abderrahmane MEBTOUL, Expert international, professeur d ‘université en management stratégique, conseiller et directeur d’Etudes des Ministères Industries Energie (1974/1980- 1990/1995- 2000/2006.

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