Depuis qu’il a été annoncé que le pays participerait à un programme de plusieurs milliards d’euros qui a des chances de devenir un des projets d’énergie internationaux les plus importants jamais déployés, la Tunisie augmente ses investissements dans les projets d’énergie renouvelable afin, d’une part, de réduire sa facture d’électricité et, d’autre part, de paver le chemin à de nombreuses exportations.

Alors que la Tunisie soutient depuis longtemps le développement de plusieurs sources d’énergie renouvelables, le gouvernement semble aujourd’hui se tourner plus spécifiquement vers la solution solaire (ce qui ne l’empêche pas de continuer à appuyer d’autres formes d’énergie de substitution, telle que l’énergie éolienne et la biomasse).

A la fin de l’année dernière, l’Etat a lancé un programme d’une valeur de 2.05 milliards d’euros afin de réduire la dépendance du pays à l’égard de l’énergie provenant des hydrocarbures. Le programme vise à financer plus de 40 projets d’énergie renouvelable différents tout en subventionnant des panneaux solaires, de façon à réduire le coût de cette technologie et d’encourager les citoyens et les entreprises à en installer.

Le Plan Solaire Tunisien prévoit un mélange de fonds publics et privés pour financer le programme. L’Etat dirigera certains des projets les plus importants, y compris trois projets solaires à grande échelle et le secteur privé participera à 29 programmes différents. Le gouvernement espère, entre autres, que l’initiative réduira de 22% la demande pour les sources d’énergie conventionnelles et baissera de 1.5 million de tonnes par année les émissions de carbone, tout en augmentant la production d’énergie renouvelable à 550 MW d’ici 2016.

Afin de faciliter l’atteinte de cet objectif et d’encourager le recours privé à l’énergie solaire, le gouvernement a réduit d’environ 30% le prix des panneaux solaires. En effet, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) a coopéré avec le secteur bancaire afin de mettre sur pied un système de facturation facile, qui permet aux acheteurs de payer leurs installations par versements, sur une période de cinq ans.

Les profits sont un autre élément qui incite le secteur privé à mettre sur pied un système de génération d’énergie de substitution. Ainsi, le gouvernement a édicté une législation qui permet de vendre les surplus, soit jusqu’à 30% de la production totale, à la STEG. Si les ménages profiteront sans doute peu de cette mesure, celle-ci permettra en revanche aux entreprises du secteur privé qui investissent dans les installations d’énergie renouvelable d’amortir en quelques années les coûts engendrés par l’achat de cette technologie, et ce, en plus des économies qu’elles réaliseront en répondant à leurs propres besoins en électricité.

Bien qu’il soit important, l’investissement prévu par le Plan Solaire Tunisien ne représente qu’une part infime de celui qui est proposé dans le cadre d’un programme ambitieux, qui pourrait faire de la Tunisie un exportateur d’énergie d’importance dans les décennies à venir. En effet, la Desertec Industrial Initiative (DII) prévoit 303 milliards d’euros pour l’établissement d’un système de génération solaire d’électricité dans des pays d’Afrique du Nord comme la Tunisie et l’installation d’un réseau de transport de courant continu à haute tension pour permettre l’exportation de l’électricité vers l’Europe.

Selon Bernd Utz, responsable technologie de la division de l’énergie renouvelable chez un des partenaires clés du projet DII, l’entreprise allemande Siemens, grâce à son expérience dans le domaine de l’énergie solaire, la Tunisie est bien placée pour jouer un rôle important dans le programme et, par conséquent, d’en tirer profit.

« Je pense que le fait qu’il y ait, pour la première fois, plus d’énergie renouvelable constitue l’avantage principal pour les pays d’Afrique du Nord », a expliqué M. Utz dans un entretien accordé à la presse internationale à la fin du mois d’avril. « D’abord, le projet permet d’avoir davantage d’énergie dans le réseau, ce qui permet de satisfaire la demande grandissante. Ensuite, il permet de créer des emplois pour du personnel qualifié et d’engendrer des compétences qui favorisent le développement économique. Finalement, le projet créera des possibilités en termes d’exportations et de recettes. »

Bien que le tout soit encore bel et bien à l’étape de projet, la DII on propose même des programmes où la production débuterait en 2020 et où 15% des besoins en électricité européens seraient satisfaits par le soleil africain d’ici 2050.

La Tunisie est aussi engagée dans les premières étapes du Plan Solaire Méditerranéen, un programme soutenu par l’Union Européenne, qui prévoit d’investir plus de 38 milliards d’euros dans la construction d’une centrale d’énergie solaire dans les pays méditerranéens et d’Afrique du Nord. La production de ces centrales serait ensuite exportée en Europe, qui respecterait ainsi son engagement à recourir à des ressources renouvelables pour 20% de sa consommation en électricité.

En même temps, la Tunisie investit également dans l’énergie éolienne pour en faire une solution de rechange aux sources d’électricité conventionnelles. Actuellement, quelque 6% des besoins en électricité du pays sont satisfaits par les parcs éoliens et on s’attend à ce que la production augmente à 300 MW d’ici l’année prochaine puis à 1 000 MW dans les années à venir.

Bien qu’il travaille à développer d’autres sources d’énergie renouvelables, le gouvernement tunisien investit surtout ses ressources dans le secteur solaire pour répondre à la demande d’électricité locale, tout en profitant des besoins cuisants en énergie supplémentaire de l’Europe.

Oxford Business Group

25 May 2010